Grégoire de Nazianze: «Sans le Christ, quelle injustice!»

Saint Grégoire de Nazianze, mosaïque du XIIe siècle, à la Martorana, à Palerme, Sicile. / ©Jastrow, CC BY 2.5 Wikimedia Commons
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Saint Grégoire de Nazianze, mosaïque du XIIe siècle, à la Martorana, à Palerme, Sicile.
©Jastrow, CC BY 2.5 Wikimedia Commons

Grégoire de Nazianze: «Sans le Christ, quelle injustice!»

Inquiétude
Pétri d’inquiétudes, Grégoire de Nazianze n’a qu’une seule bouée pour tenir à flot dans l’agitation de l’existence: la foi en Christ.
Je suis venu au monde, oui… Mais pourquoi suis-je agité par les flots tempétueux de la vie? Je dirai une parole audacieuse: si je n’étais à toi, ô mon Christ, quelle injustice ce serait!
Poème de ma vie (IVe siècle)

«Si je n’étais à toi, ô mon Christ, quelle injustice ce serait!» Grégoire de Nazianze n’a pas de mots assez forts pour dire la consolation de tout chrétien: appartenir au Christ, lui qui donne un sens à tous les tourments traversés et à l’apparente inconstance des jours. Des paroles fortes, si l’on considère le contexte décidément pessimiste, voire absurde, de la prière où ces mots sont insérés: «Tout n’est que tyrannie… Je suis venu au monde. Mais pourquoi suis-je agité par les flots tempétueux de la vie? Naissance, mort, achèvement. Sommeil, repos, réveil, activité. Santé et maladie, joie et tourments. Toute chose sur la terre participe aux saisons que produit le soleil: jusqu’à la mort, à l’épuisement de la chair. Voilà le sort de toute créature, certes sans gloire, toutefois innocente. Que me reste-t-il d’autre? Rien, ô Dieu, rien. Je dirai une parole audacieuse; oui, audacieuse, mais je la dirai: si je n’étais à toi, ô mon Christ, quelle injustice ce serait!»

Pasteur et poète

Grégoire de Nazianze est un personnage déconcertant, pétri d’inquiétudes… Sa vie, en Cappadoce (Turquie actuelle) au IVe siècle, est faite d’hésitations continuelles, de volte-face et de retours incessants à la solitude. Ordonné prêtre, puis sacré évêque contre son gré, il renonce à chaque fois, quelque temps après avoir commencé son ministère. Plus qu’un pasteur, sa nature spontanée et sa sensibilité très vive font de lui un poète. En tant que théologien, il ne compose dès lors pas que des écrits savants, mais également de nombreux vers. Dont ceux-ci justement, où affleure son anxiété, contre laquelle la confiance au Christ offre un solide rempart.

Car, comme chrétien, appelé dans la foi par le Christ, il répond à celui dont il reconnaît qu’il l’a précédé et «saisi». Une expérience que beaucoup sont conscients d’avoir faite, et qui devient presque évidente lorsque la vie spirituelle s’approfondit. En effet, la personne réellement saisie par le Christ ne pourra que vivre avec lui un lien que rien ni personne ne pourra briser.

Connaissance supérieure

L’apôtre Paul parle de «la supériorité de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur» (Philippiens 3: 8). Et l’audace de cet adjectif possessif – que l’évêque de Nazianze reprend dans le passage cité – indique qu’il ne s’agit pas là de la connaissance d’un moment, mais d’une relation de confiance toute personnelle qui peut soutenir l’existence entière, malgré ses ébranlements.

Car face à certains abîmes existentiels, sur lesquels nous n’avons aucun pouvoir, la résurrection du Christ et sa présence agissante produisent dans la personne croyante ce que celle-ci ne saurait réaliser.

Elle va jusqu’à renverser, confirme Grégoire de Nazianze, les flots tempétueux de l’injustice et la tyrannie de la vie. 

L’égalité selon Grégoire

Grégoire de Nazianze, évêque et poète, était aussi le défenseur de «l’égalité primitive», selon laquelle Dieu n’a pas fait les personnes riches ou pauvres. En cohérence avec cette certitude, il s’est lui-même détaché de tous ses biens. Pour lui, la propriété ne doit être que confiée en gestion au propriétaire, qui en dispose au service de l’intérêt général. Une approche qui relativise grandement le droit à la propriété et constitue une invitation toujours valable à une plus juste répartition des biens.