
L’aube de Pâques, clef de voûte du christianisme?
Quel est le sens de l’aube de Pâques dans la tradition chrétienne?
TIMOTHÉE REYMOND: Célébrée tôt le matin, l’aube de Pâques concrétise le passage des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie. Elle annonce ainsi la résurrection du Christ qui a été crucifié, en même temps que le jour se lève. Cette célébration est ancrée dans l’expérience de cematin particulier.
L’aube de Pâques a-t-elle une place spéciale dans le «cycle annuel» du calendrier?
L’aube pascale occupe une place centrale dans l’année liturgique, puisqu’elle permet d’entrer dans l’espérance et la joie de la résurrection. Et c’est bien la résurrection célébrée à Pâques qui est au coeur de la foi chrétienne. Les premières communautés chrétiennes ont choisi de célébrer le jour où le Christ est ressuscité d’entre les morts, soit le premier jour de la semaine, le dimanche. Pâques est donc le coeur qui vient irriguer notre foi et animer l’ensemble de l’année liturgique.
Y a-t-il différentes manières de célébrer ce moment?
Il y a déjà quelques décennies, des paroisses réformées de Suisse romande se sont mises à célébrer l’aube de Pâques, en s’inspirant beaucoup de la «Vigile pascale» de la tradition catholique qui a lieu le samedi soir, et de la liturgie orthodoxe de la Résurrection qui se déploie au milieu de la nuit.
Avant le lever du jour, après avoir préparé un feu sur le parvis, on allume le grand cierge pascal avec lequel on entre dans l’église pour proclamer de la résurrection: «Christ est ressuscité! Il est vraiment ressuscité, Alléluia!» et le partage de la lumière avec les bougies.
Des lectures bibliques font mémoire de l’histoire du peuple des croyant·es et de l’annonce de la mort et de la résurrection du Christ. Puis est proclamé l’Evangile de la résurrection.
C’est aussi l’occasion de redire sa foi comme au jour du baptême, et de célébrer le Repas du Seigneur. Puis la sortie de l’église se fait dans la lumière. Toutes les paroisses ne suivent pas forcément ce déroulement traditionnel, mais le coeur de ce qui est vécu partout est commun:célébrer la Vie du Christ plus forte que sa mort.
En quoi est-ce un moment de réjouissance et d’espoir pour la chrétienté?
Célébrer la résurrection du Christ au lever du jour, est une confession de foi: la mort, avec son cortège d’injustices, de souffrances et de misère, n’a pas le dernier mot aux yeux de Dieu. Nous croyons au Dieu vivant, source de toute Vie et de tout Amour. Alors oui, même dans des moments difficiles, il est bon de se retrouver pour choisir ensemble l’espérance et la joie. La résurrection est la colonne vertébrale de notre confiance et de notre quotidien, même si cela n’est pas évident à vivre tous les jours. Vivre un temps fort de réjouissance et d’espoir pour notre monde est fondamental pour nourrir notre coeur et notre élan.
Qu’est-ce qui vous touche dans l’aube de Pâques?
Le chant des oiseaux, dans la nuit, peu avant le lever du jour. C’est comme si la nature se réjouissait de la lumière qui revient et redonne la vie. Et quand le chant des oiseaux accompagne le feu préparé sur le parvis, la célébration de Pâques prend tout son sens. Ce qui me touche aussi, ce sont les paroles chantées: «Lumière du Christ!» ou encore «Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité!» dites en plusieurs langues, rappel de l’universalité de l’Église et de la diversité des origines et des cultures, toutes rejointes par le Christ et unies dans une même joie partagée. Le partage de la lumière du cierge pascal à toute l’assemblée avec de petites bougies qui illumine toute l’église, et c’est aussi notre coeur qui reçoit la Lumière du ressuscité.



