Comment produire des célébrations interculturelles?

Simon Sakaria et la mime Corina Ramona Ratzel lors d’une célébration matinale. / © COE
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Simon Sakaria et la mime Corina Ramona Ratzel lors d’une célébration matinale.
© COE

Comment produire des célébrations interculturelles?

UNANIMITÉ
Inclusifs, réjouissants, profonds : les cultes qui ont ouvert quotidiennement la 11e assemblée du COE à Karlsruhe ont convaincu un public très divers. Une harmonie qui résulte d’un travail minutieux.

«Le meilleur moment de nos journées, c’est les cultes du matin!» La remarque est revenue souvent dans la bouche des participants au sommet de Karlsruhe. La structure liturgique est restée identique, ancrée autour de deux points communs à toutes les confessions: la prière du Notre Père et le texte biblique. Mais sur scène un nombre inédit de traditions culturelles et artistiques ont été mêlées: chants en thaïlandais, espagnol ou arménien, louange en langue des signes, spectacle de mimes… Comment expliquer que tout un chacun se soit senti inclus malgré des cultures si différentes? L’équipe organisatrice a développé une véritable méthode de célébration interculturelle. 

Un seul fil conducteur : la musique

La musique a constitué le fil conducteur de chaque célébration. Les communautés participantes ont envoyé des propositions. Mais comment choisir des chants? Une série de critères a opéré: le contenu des textes, qui devait évidemment résonner avec le thème quotidien de la discussion. Le rythme de chaque chant et sa tonalité, pour faciliter l’harmonie dans les enchaînements. Mais, par rapport aux célébrations ayant eu lieu lors des assemblées précédentes, le processus artistique est allé encore plus loin. «Les gens ne s’en sont sans doute pas aperçus, mais en réalité nous n’avons pas joué un chant après l’autre, mais réalisé des ponts entre des musiques issues de différentes traditions», explique Swee Hong Lim, responsable musical pour le COE et membre de l’Église méthodiste de Singapour. «Notre équipe comprend quatre ou cinq arrangeurs capables de comprendre les différences culturelles de chaque région, mais aussi de les connecter.» 

Travailler avec des musiciens professionnels a donc été fondamental. «Quand je dirige un chœur, je m’assure qu’avant chaque prestation les choristes aient répété le chant, que chaque mot soit compréhensible, que la musicalité soit présente. Et que l’émotion soit sincère. Nous transmettons un message, il nous faut toucher le coeur des gens: ils doivent s’en souvenir une fois rentrés chez eux », insiste Simon Sakaria, l’un des chefs de chœur, membre de l’Église luthérienne de Namibie. 

Les arrangements ont ensuite été soumis à chaque communauté concernée «pour être sûrs que le contexte et l’arrangement que nous avons proposé conviennent, car nous souhaitons être respectueux de chaque tradition». 

Trois ans de travail

Pas moins de trois ans de préparation ont été nécessaires pour parvenir à ces huit célébrations de trente minutes quotidiennes. Qu’il s’agisse de chant ou d’autres expressions (danse, symbolique, mime, théâtre), l’enjeu pour l’équipe de préparation était de parvenir à une expression artistique compréhensible. «Si on utilise du langage non verbal, il faut s’assurer qu’il communique effectivement ce que l’on veut dire.» Et soit acceptable par tous, sur le plan théologique. 

Un travail de titan, qui a permis aux artistes présents de progresser dans leur domaine. «Au départ, ce mélange des styles a été difficile. Mais, pour finir, j’ai beaucoup appris, l’exposition à d’autres cultures et d’autres confessions a amélioré ma musicalité, je vais clairement emmener et transmettre cette expérience en Namibie», explique Simon Sakaria. 

«L’art est une manière de communiquer», conclut Swee Hong Lim. «C’est une expérience cruciale, car elle permet de méditer et d’expérimenter Dieu à travers sa propre vie spirituelle.»