Quel message pour fédérer les jeunes?

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Le Réseau des jeunes de Bienne propose de nombreuses activités font du ski nautique dans le cadre de son pôle d'activités "Bol d'air", ici sur le lac de Bienne © Adrien Despont

Quel message pour fédérer les jeunes?

Transmission
Pour cibler les jeunes et faire vivre les Eglises, la transmission de l’appartenance protestante doit se réinventer. Que proposent les institutions?

Culte interactif, camp humanitaire, concert de rock, festival: les jeunes (15-25 ans) sont au cœur de nouvelles manières de vivre l’Eglise. Il y a urgence, car la sécularisation a été massive en Suisse romande, ces dernières décennies. 

La diversité religieuse au sein des familles, le désintérêt des parents et la saturation des activités destinées aux enfants et adolescents font que le catéchisme a perdu son rôle de transmission d’une appartenance ecclésiale. Toutes les Eglises de Suisse romande cherchent des solutions. Elles questionnent non seulement le schéma traditionnel de l’éducation protestante mais aussi le sens même d’un parcours de foi. 

Pistes d’action

Simon Weber, responsable du Service formation et accompagnement de l’Eglise évangélique réformée vaudoise, explique que le Synode a décidé cet été d’ouvrir une nouvelle ère dans la catéchèse, en arrêtant de vouloir la calquer sur les âges scolaires, car «cela ne fonctionne plus dans notre société». Au programme : multiplication d’activités intergénérationnelles afin de «créer, de manière souple et libre, des opportunités pour les gens d’entrer en contact avec l’Evangile et avec l’Eglise». 

Le défi est le même à Genève : comment «être l’Eglise de ceux qui n’y sont pas?», pour reprendre la formule d’Alexandra Déruaz. Codirectrice et responsable communication de l’Eglise protestante de Genève, elle a cosigné cet automne une lettre et une brochure adressées directement aux 15-25 ans pour leur faire connaître l’institution et ses offres. De plus, le Consistoire de Genève a décidé en septembre de faire de la jeunesse et des familles un «axe stratégique» et de réfléchir rapidement à de nouvelles pistes d’action. 

Quelques exemples? Le Lab, à Genève, a introduit des canapés dans le temple de Plainpalais. Connexion3d, la plateforme qui soutient les projets jeunesses de l’arrondissement du Jura, proposait cet automne une «balade ethno-gourmande» organisée par des jeunes. ReformAction fêtera le jubilé 2017 au son de concerts rock et d’un grand rassemblement à l’Arena.

Témoignage et conviction

Pour tenter de garder les «post-KT», ou de faire venir ceux –de plus en plus nombreux– qui n’ont jamais été au catéchisme, les changements ne sont pas que cosmétiques. Les Eglises protestantes sont passées en quelques décennies du statut d’institutions "nationales" et d’Eglise établie, à celui de communauté «de convictions» ou «de témoignage» parmi d’autres, dont la spécificité par rapport à d’autres associations est de parler du Christ et de la Bible. Autrement dit, les paroisses ne vont pas se transformer en centres de loisirs. Cela implique de mettre en avant des fondamentaux théologiques qui peuvent être transmis aux jeunes sous la forme, par exemple, de l’amour de Dieu, ou de témoignages. «Tu es aimé de Dieu tel que tu es», dit la brochure genevoise. 

Les Eglises et les pasteurs sont plus que jamais conscients de la diversité des convictions parmi les jeunes. Ils sont favorables à «un travail interconfessionnel» et encouragent «la participation des jeunes ne se réclamant pas forcément du protestantisme», à l’image de ce qu’annonce sur son site internet Connexion3d. Pour Céline Ryf, l’une des animatrices, l’important est avant tout de vivre l’Evangile avec les jeunes, et cela se fait tant par des moments ludiques que par des projets de solidarité. 

Poussant l’idée, le Lab se veut «un espace ouvert à tous... quels que soient ta culture, ta religion, tes convictions, ton orientation affective, ton genre». Sur le fond, on observe donc une oscillation entre un resserrement du message autour de l’Evangile et une ouverture au brassage des identités.

Les Eglises évangéliques ont-elles trouvé une manière d’attirer les jeunes? 

Le sociologue des religions de la Faculté protestante de Strasbourg, Jean-Pierre Bastian, répond que nombre de gens sortent de l’univers évangélique «relativement coercitif pour goûter à d’autres lieux de socialisation plus ouverts et moins contraignants en termes de morale sexuelle et comportementale». Il n’est donc pas certains que les Eglises évangéliques gardent les jeunes adultes.