Le bonheur de l’œcuménisme

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Le bonheur de l’œcuménisme

21 janvier 2020

Au cœur du chaos de la guerre en Syrie, « l’œcuménisme est un bonheur » nous rappelle un prêtre dont je lis le témoignage : Homs, l’espérance obstinée. Au cœur même des bombardements et de la généralisation de la haine, l’auteur, Ziad Hilal, s’efforce avec son supérieur de garder ouverts leur église et leur centre de rencontre afin d’y accueillir des familles de toute provenance, des chrétiens comme des musulmans. Né dans les décombres de la Syrie, « cet œcuménisme de terrain profite aux citoyens de toutes confessions, (…) j’y vois le terreau d’une réconciliation future » écrit-il.

 

Aussi en Suisse

Jeune pasteure dans le Jura bernois, j’ai vécu de près l’intolérance et la haine ; j’ai pris conscience qu’il était facile de monter les personnes les unes contre les autres. Arrivée peu de temps après les plébiscites de séparation du canton du Jura, j’ai constaté combien les relations humaines étaient envenimées, la société – et même certaines familles - divisée en deux clans : impossible de rester neutre. L’Eglise catholique romaine avait pris position en faveur de la séparation. L’Eglise réformée a essayé de maintenir l’unité par-delà la nouvelle frontière cantonale. Les associations sportives et culturelles étaient à l’agonie, la vie quotidienne empreinte de méfiance, de violence, d’hostilité. Vivre concrètement l’œcuménisme comme nous le faisions le curé Piguet, mon collègue le pasteur Clerc et moi constituait un défi qui a alors donné lieu à quelques menaces et heureusement bien des réconciliations.

 

On a besoin de vivre l’unité des chrétiens surtout quand on est majoritaire.

Dans la démocratie suisse - contrairement à ce qui se passe en France ou dans d’autres pays - un changement politique ne signifie pas que le courant qui a pris le dessus détruit ce que l’autre a construit. Notre habitude et habilité profonde à trouver des solutions communes pour le bien du pays s’est manifestée au temps de la Réforme et des années qui ont suivi. Les guerres de religion ont heureusement été assez courtes, des accords ont été signés, en essayant de donner une place à chacune des Eglises, dans une recherche d’apaisement des conflits. C’est le sens, par exemple, de la création de la Chambre des cantons - le Conseil aux Etats - pour compenser la grande influence du protestantisme réformé sur la politique suisse de l’époque.

 

Divergences et antagonismes : occasion d’indifférence, d’affrontements ou de rapprochement ?

Cette disposition au dialogue œcuménique contribue à une culture qui sous-tend la politique suisse. En travaillant à être le plus proches de l’Evangile et de Jésus priant son Père « Que tous soient UN », les Eglises contribuent avec d’autres à apaiser les relations, à intégrer le pluralisme des convictions et opinions, et à surmonter les antagonismes. Les désaccords peuvent devenir fructueux quand le débat se poursuit, que les relations perdurent et s’intensifient envers et contre tout. Céderons-nous à l’air du temps si propice aux divisions, aux affrontements sans issue et à la loi du plus fort ? Ou saurons-nous développer des collaborations respectueuses, fructueuses et audacieuses avec bonheur et une espérance obstinée en vue d’un réchauffement œcuménique ?

Il en va de l’œcuménisme dans notre pays ; il en va surtout de notre responsabilité civique !