Une église en carton

Cathédrale de Christchurch, Nouvelle-Zélande
i
Une église en carton. Copyright Wikipedia.
Cathédrale de Christchurch, Nouvelle-Zélande

Une église en carton

10 septembre 2020

La langue française connait diverses expressions incluant le mot carton : faire un carton, faire ses cartons, voire faire une église en carton

En 2011 la Nouvelle-Zélande a connu un séisme meurtrier qui a notamment détruit la cathédrale de Christchurch. En 2012, un architecte japonais (ce n’est pas un hasard) spécialisé dans la construction d’urgence a soumis les plans d’une église pouvant accueillir 700 personnes et dont la structure est en… carton. Malgré des orages qui ont nécessité de recommencer partiellement les travaux avant la mise en place du toit, l’église est en fonction depuis plusieurs années et ce pour une durée estimée à 50 ans.

50 ans, c’est le temps que le temple de la Roseraie à Genève aura vécu sous la férule de la paroisse de l’Arve, de son édification en 1961 à sa vente puis sa destruction en 2011. Baptême, catéchisme, mariage, enterrement… ont laissés de nombreux souvenirs aux paroissiens et usagers de passage et voilà que ce lieu n’est plus, victime de la désaffection des églises historiques et de la chute du nombre de protestants.

La paroisse de l’Arve s’est centrée alors sur son deuxième édifice, le temple de Plainpalais, qu’elle a rapidement ouvert à d’autres usagers, avant de faire ses cartons en décembre 2019 dans l’espoir qu’un renouveau parmi les jeunes se fasse voir dans cet espace ainsi débarrassé de tout ce qui pourrait paraître entraver l’innovation et la liberté d’entreprendre. Du passé faisons table rase, fut-elle de communion, et pour la paroisse reste cette parole de l’épître aux Hébreux « car nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous sommes à la recherche de la cité à venir ».

Il s’agit maintenant de faire un carton afin d’assumer les coûts d’entretien et de rénovation très élevés qu’engendrent ce type de bâtiment, dans une église séparée de l’Etat qui ne vit que de dons.

L’avenir nous dira si se couper du passé est un pari réussi pour aller de l’avant et pérenniser l’innovation. Il est vrai que les préoccupations de nos aînés ne sont pas forcément celles de nos jeunes, mais les jeunes d’aujourd’hui seront un jour les aînés de demain. Il leur faudra alors apprendre de celles et ceux qui les ont précédés à laisser la place à de nouveaux projets visant à faire un carton sans pour autant être… en carton aux yeux de ceux qui les ont précédés.