Respecter la règle, ce n’est pas être immaculé

CC0 Ramdlon / Pixabay
i
Suffit-il de respecter la loi pour être d’une honnêteté attestée de manière indiscutable?
CC0 Ramdlon / Pixabay

Respecter la règle, ce n’est pas être immaculé

26 octobre 2018

Ce matin, j’ai reçu coup sur coup plusieurs informations. Dans un premier communiqué de presse, j’ai lu que dans l’«affaire» des voyages d’élus vaudois en Russie, «le Procureur général du canton de Vaud a abouti à la conclusion qu’aucune infraction n’avait été commise par Mme la Conseillère aux États Géraldine Savary et M. le Conseiller d’État, Pascal Broulis.» Peu après, c’est Pascal Broulis lui-même qui prend la parole dans un message aux médias: «comme je l’ai constamment affirmé depuis le début et comme l’ont démontré les investigations préliminaires auxquelles j’ai pleinement collaboré, les voyages en groupe, privés, que j’ai effectués durant mes vacances n’étaient constitutifs d’aucune infraction et je n’ai profité d’aucun avantage.» Enfin son parti, s’est fendu d’un message à la presse: «Le PLR Vaud espère que le climat de suspicion actuel, qui est de nature à affecter la confiance que les citoyens peuvent avoir envers leurs élu(e)s, prenne rapidement fin.»

Bref, le procureur communique «les investigations n’ont révélé aucune infraction pénale» et Pascal Broulis en conclut que «mon intégrité et mon honnêteté sont attestées de manière indiscutable.» En fanfaronnant ainsi, l’élu me fait penser à un gamin dans une cour de récré qui nargue ses petits camarades en criant: «vous voyez, je vous avais bien dit que la maîtresse ne me gronderait pas!»

Je me suis alors interrogé: suffit-il de respecter la loi pour être d’une honnêteté attestée de manière indiscutable? Cette question m’ a fait penser à un article de ref.ch dont Réformés.ch vous a proposé cette semaine la traduction française. «Une attitude réglementaire domine encore aujourd’hui le thème du sexe dans les Églises. Cela signifie qu’il s’agit généralement de savoir ce qui est permis ou non. En conséquence, nous ne nous demandons que rarement comment nous percevons réellement nos propres comportements», y dénonçait la théologienne Andrea Bieler.

Non, rechercher une attitude éthique ce n’est pas juste se demander si ce que je fais est permis ou pas, c’est remettre toujours en causes ses actes pour se demander s’ils contribuent au mieux, au bien commun. «Le protestantisme en est venu à penser l’ordre démocratique comme étant le plus conforme aux valeurs de liberté, de justice et de solidarité indispensable à la survie de l’humanité et à un vivre ensemble moins inhumain», résume Denis Müller dans l’article consacré à la morale de l’Encyclopédie du protestantisme. Dans ce même texte, il montre aussi que ces valeurs défendues par une éthique protestante de la politique sont largement partagées, pour ne pas dire universelle.

Une bande de copains secrète, mais au grand pouvoir

Dans le cas présent, rien ne laisse penser qu’il y a eu corruption, pour le reste les élus sont libres de faire ce qu’ils veulent de leurs vacances, me direz vous. Peut-être que je cherche la petite bête, mais ce qui me chiffonne dans cette affaire, c’est qu’elle nous apprend qu’il existe dans ce canton une petite clique de personnes qui passent leurs vacances ensemble et qui sont issues de la droite, de la gauche, de l’économie, de la formation et des médias.

Peu importe qui a payé! Au vu des pouvoirs qu’ils concentrent, l’existence d’un tel groupe de copains n’est pas anodine et jusqu’ici elle était cachée. Ainsi, si quelques journalistes n’y avaient pas vu quelque chose de problématique on ne saurait pas que des voyages ont eu lieu en Russie, ce grand pays des droits de l’homme, auxquels ont participé la socialiste Géraldine Savary, le PLR Pascal Broulis, Frederik Paulsen, président non exécutif de Ferring, l’ancien président de l’EPFL Patrick Aebischer et Éric Hoesli, l’ancien directeur éditorial des publications romandes de Tamedia.

Comme journaliste, j’ai appris que, déontologiquement, je devais refuser un cadeau que je n’oserais pas poser sur la table de rédaction devant mes collègues et que si un tiers participait d’une façon ou d’une autre à la réalisation d’un sujet, l’on se devait de le mentionner. L’idée, c’est que lorsque l’on se trouve dans une zone grise, la question se tranche par la transparence.

Alors si l’on apprend aujourd’hui que la loi a été respectée dans l’affaire des voyages en Russie des élus vaudois, qu’on ne vienne pas me faire croire que l’éthique aurait défendu que tout cela est strictement privé et que cela n’avait pas à être connu du grand public!