«La monogamie a une dimension tragique»

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Andrea Bieler
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«La monogamie a une dimension tragique»

Heimito Nollé, ref.ch
23 octobre 2018
La théologienne protestante Andrea Bieler, qui enseigne la théologie pratique à Bâle doit intervenir ce mardi 23 octobre lors de la conférence des femmes de la Fédération des Églises protestantes de Suisse sur la diversité des genres et sur le désir humain. Dans le discours des Églises, la sexualité reste un sujet largement passé sous silence, dénonce-t-elle. Interview.

Madame Bieler, théologiquement, qu’est-ce qu’une bonne relation sexuelle?

Une bonne relation sexuelle implique à la communication physique, elle se fait volontairement et avec le consentement des deux partenaires. Cela implique que les deux personnes agissent de manière responsable et fiable. Ceux qui ont donné leur consentement à des rapports sexuels souhaitent que la communication pendant l’expérience sexuelle soit maintenue. Il peut aussi s’agir d’une alternance joyeuse et ludique de rôles passifs et actifs. Je parlerais de relation sexuelle délétère si ce consensus n’existe pas, si le sexe est forcé. Mais bien sûr, il y a beaucoup de zones grises. La sexualité n’est pas bonne ou mauvaise en soi.

Dans notre tradition chrétienne, une pensée en noir et blanc prévaut encore aujourd’hui en ce qui concerne la sexualité. D’une part, la sexualité est diabolisée, perçue comme quelque chose d’incontrôlable qu’il faut s’efforcer de juguler. C’est un péché. D’autre part, le sexe est glorifié et chargé d’une promesse exagérée de bonheur. Dans la vie quotidienne, la sexualité est souvent plus floue. Elle est vécue comme changeante et contradictoire. Cela peut entraîner des blessures.

Comme dans le cas d’infidélités?

Prenons l’exemple de la relation monogame avec la promesse de loyauté qui lui est attachée. Beaucoup de gens l’associent au souhait que leur partenaire les perçoive comme unique et irremplaçable. Ce désir de reconnaissance de son unicité est profondément humain et se trouve au coeur de la religion chrétienne. Mais il arrive que les couples s’éloignent, qu’ils se séparent, qu’ils se trompent. Les fondements de l’estime de soi et de la relation sont alors ébranlés. Cela montre bien que l’importance que l’on donne à la fidélité doit se confronter à l’expérience de la vie. Ce n’est pas une évidence dès le début.

Une attitude réglementaire domine encore aujourd’hui le thème du sexe dans les Églises. Cela signifie qu’il s’agit généralement de savoir ce qui est permis ou non. En conséquence, nous ne nous demandons que rarement comment nous percevons réellement nos propres comportements.
Andrea Bieler

Dans un essai, vous critiquez le fait que d’éprouver du désamour à l’encontre de soi-même, fait partie des sujets qui ne sont pas suffisamment abordés en Église.

Une attitude réglementaire domine encore aujourd’hui le thème du sexe dans les Églises. Cela signifie qu’il s’agit généralement de savoir ce qui est permis ou non. En conséquence, nous ne nous demandons que rarement comment nous percevons réellement nos propres comportements. Le travail éducatif de l’Église pourrait ici avoir pour fonction de percevoir la sexualité dans sa beauté et son ambiguïté. Cela inclut, par exemple, le fait que la dimension tragique de la monogamie ne soit pas dissimulée. Au même titre que la sexualité chez les personnes âgées, ou chez les adolescents, et la consommation de porno. Et que dire de ce qu’il advient de notre désir lorsque nous travaillons 60 heures par semaine?

La conférence des femmes a pour titre «La sexualité entre le péché et le septième ciel». N’est-il pas démodé de parler du péché en relation avec la sexualité?

Personnellement, je préfère parler d’aliénation. J’entends par là, que je peux vivre la sexualité comme une aliénation de moi-même ou des autres. Par exemple, lorsque je subis ou que j’inflige une relation violente. Ou même si le sexe est devenu si routinier que je me sens vide. Ce sont des expériences dont nous devrions parler sans moraliser.

Propos recueillis par Heimito Nollé, ref.ch
Traduction Protestinfo

 

 

«La sexualité entre le péché et le septième ciel — Perspectives d’une éthique sexuelle protestante»

La Conférence des femmes de la Fédération des Églises protestantes de Suisse (FEPS) se tient ce mardi 23 octobre à Berne. Les participantes y réfléchissent, entre autres, aux manières de parler de sexualité de manière contemporaine dans l’Église.