Pas comme ça, Madame la Conseillère fédérale!

Karin Keller-Sutter
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DFJP, Gaetan Bally/admin.ch
Karin Keller-Sutter

Pas comme ça, Madame la Conseillère fédérale!

16 novembre 2020

La Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter se bat bec et ongles contre l‘initiative pour des multinationales responsables et en faveur du contre-projet indirect qu‘elle a concocté en collaboration avec le Parlement. Je me demande si c‘est bien là le rôle d‘une conseillère fédérale. Elle a certes le droit de rappeler que le Conseil fédéral est opposé à l‘initiative. Mais doit-elle vraiment se jeter ainsi dans l‘arène et courir d‘interview en interview, de table ronde en table ronde ? Il me semble qu‘une conseillère fédérale devrait garder un peu de hauteur, se souvenir qu’elle représente un gouvernement qui est celui de toutes et tous. Ne devrait-elle pas veiller à préserver une certaine cohésion du peuple plutôt que de participer aussi massivement à la polarisation et à la division ? On en vient à se demander qui elle représente finalement. Ce n‘est pas étonnant qu‘une caricaturiste de Vigousse l‘ait dessinée comme une marionnette qu‘économiesuisse, dans les coulisses, dirige par les ficelles pour la faire proclamer la fin des entreprises. Et dans une interview, Dick Marty disait qu‘un porte-parole de Glencore ne saurait guère faire mieux qu‘elle...

Ce qui me frappe également, c‘est l‘extrême froideur avec laquelle elle défend les multinationales. Elle reproche aux défenseurs de l‘initiative d‘être trop émotionnels. Voilà bien un travers qui ne la guette pas ! J‘aurais bien aimé l‘entendre dire une seule fois au moins que les villageois rendus malades aux abords d‘une cimenterie, les paysans indiens tués par des pesticides, les enfants qui meurent dans les étroits couloirs des mines d‘or africaines, les paysannes péruviennes chassées par des jets de pierres des terres qu‘elles cultivent, que tout cela lui fait pitié, oui, vraiment pitié.

Mais ce qui est le plus intolérable, c‘est quand, prise par son ardeur au combat, elle outrepasse les bornes du respect. On a apparemment fait venir en Suisse (aux frais de qui ?) M. Harouna Kaboré, le ministre du commerce du Burkina Faso, afin qu’il atteste en conférence de presse qu‘il n‘y a pas de travail d‘enfants dans les mines de son pays, que l‘initiative est inutile, pire, qu‘elle nuirait à l’économie de son pays en affaiblissant les multinationales sur place. Ce qu’on ne dit pas en l‘occurrence, c‘est que Terre des hommesa montré qu’il y avait bien du travail d‘enfants dans des mines d’or du Burkina Faso, et que dans la hiérarchie du respect des droits humains dans le monde, le Burkina Faso figure au 104e rang !  Alors, je dis : Non, pas comme ça ! Pas une ministre de la Justice ! Quels que soient les intérêts en jeu, ils ne peuvent justifier des moyens pareils.