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Temple de Martigny

Écouter le culte

Le dimanche des Rameaux un homme entre sur un âne à Jérusalem et la foule l’accueille comme un roi. Contre toute apparence, portés par leur foi les gens saisissent la présence de Dieu. Ils célèbrent l’accomplissement de leurs espérances. L’épître aux Hébreux nous invite à croire au-delà de nos certitudes, à saisir des bribes de la présence de Dieu qui s’illuminent autour de nous.

Prédication

Référence(s)
Jean
Chapitre
12
Versets
12
à
19
Hébreux
Chapitre
11
Versets
1
à
3

Prédication – 1ère partie (Niels John)

Chers frères et sœurs dans la foi,
« Mettre sa foi en Dieu, c'est être sûr de ce que l'on espère, c'est être convaincu de la réalité de ce que l'on ne voit pas. » (Hébr 11,1)

Mais que voyaient-ils ? 
Que voyaient-ils il y a 2000 ans à Jérusalem ? 
Ou plutôt, que ne voyaient-ils pas ?
Qu'espéraient-ils ?
Qu'espéraient-ils voir ? 
Qu'osaient-ils espérer ?

Une foule considérable s’était rassemblée aux portes de Jérusalem. Et ils ont vu un homme sur un âne. Ils l’ont vu et ils l’ont acclamé.
Ils l’ont célébré comme un roi ! Comme un roi ? Un roi sur un âne ?
Un roi devrait au moins monter à cheval ! C'est un peu comme si, aujourd'hui, les rois et les reines venaient sur un vieux vélo. Les gens acclamaient un roi, alors qu'en réalité, ils n'avaient rien vu de très royal.

« Mettre sa foi en Dieu, c'est être sûr de ce que l'on espère, c'est être convaincu de la réalité de ce que l'on ne voit pas. »

Bien sûr, ce n'était pas n'importe quel homme sur n'importe quel âne. Bien sûr, ils avaient déjà entendu parler de cet homme. Même à une époque sans réseaux sociaux, les nouvelles se répandaient rapidement.

« As-tu déjà entendu l’histoire de Lazare ? » 
« Il était mort, vraiment ! Et Jésus l’a ressuscité. » 
« Lazare est vivant ! »

C’était bien cet homme qui entrait ce jour-là sur un âne à Jérusalem. Cet homme dont on disait qu’il avait ressuscité Lazare. Et bien sûr, ils connaissaient aussi les anciennes prophéties. Les promesses d'un roi de paix, d'un roi qui viendrait sur un âne.

« Éclate de joie, Jérusalem ! Crie de bonheur, ville de Sion ! Regarde, ton roi vient à toi, humble et monté sur un âne. (…) Il supprimera les chars de combat et les chevaux ; il brisera les arcs de guerre. Il établira la paix parmi les peuples. » (Zacharie 9,9-10).

Et pourtant, cet accueil à Jérusalem ne cesse de me fasciner, année après année. Qu'ont-ils vu à Jérusalem à l'époque ? En quoi avaient-ils confiance ? Qu'espéraient-ils ? Un roi de paix ? Le Messie ? Quelqu'un qui les libérerait de toute oppression ? Dieu, qui entend leurs détresses et leurs craintes et les prend au sérieux ?

« Mettre sa foi en Dieu, c'est être sûr de ce que l'on espère, c'est être convaincu de la réalité de ce que l'on ne voit pas. » 

On peut bien sûr se demander à quel point leurs cris de joie étaient véritables. Se sont-ils simplement laissés emporter par l'enthousiasme des autres ? Cinq jours plus tard, certains d'entre eux crient : « Crucifie-le ! ». Pourtant, je ne veux pas remettre tout de suite en question leur joie et leur foi. Je crois qu’ils étaient sincères lorsqu’ils acclamaient Jésus et le célébraient comme roi ; ils étaient portés par leurs espérances, même s’ils étaient peut-être aussi parmi celles et ceux qui était présents le Vendredi saint et ont crié le contraire. Peut-être que ce comportement montre justement à quel point il est difficile de croire sans pouvoir voir. D’être convaincu d’une réalité que l’on ne voit pas.

Et nous ? 2000 ans plus tard ? Que voyons-nous en cet homme qui est entré à Jérusalem monté sur un âne ? Quels sont nos espoirs et nos attentes ? Comment parvenons-nous à croire sans voir ? À faire confiance en cet homme, en Jésus ?
Peut-être que cela nous est parfois difficile, à nous aussi. Il y a des jours où nos doutes sont tout simplement plus forts que notre confiance. Je voudrais me laisser gagner par la joie des gens ce dimanche des Rameaux à Jérusalem, exprimer ma confiance, ma foi, mes espoirs. À l’époque, il n’y avait pas grand-chose à voir à Jérusalem. Et pourtant, les gens étaient pleins de joie, portés par leurs espérances et convaincu que Dieu entende leurs soucis et leurs craintes.

« Hosanna ! 
Que Dieu bénisse celui 
qui vient au nom du Seigneur ! 
Que Dieu bénisse le roi d'Israël ! » 

Prédication – 2ème partie (Philippe Cavin)
Ce jour-là, Jésus a traversé une foule compacte, euphorique, joyeuse, triomphante. Cette foule était convaincue que leur Sauveur était enfin arrivé. Tous l’attendaient, tous croyaient que la fin de leurs souffrances était venue. Car le messie, l’envoyé de Dieu était enfin là. Les faits qui ont suivi leur ont donnés tort ou, plus exactement : « partiellement tort ». Cette foule de croyant était une foule qui croyait bien… mais pas tout à fait correctement quand même. La foi de la foule était sincère, mais encore incomplète. C’est à partir de cette constatation, que je nous invite à nous remémorer le passage de l’épitre aux Hébreux lu précédemment : 

"Mettre sa foi en Dieu, c'est être sûr de ce que l'on espère, c'est être convaincu de la réalité de ce que l'on ne voit pas". 

Qu’est-ce donc que cette foi qui rassemble une foule ?
La notion même de foi n’est pas simple à définir. Pour nous aider à la comprendre, je désire utiliser l’image de l’air…

L’air est là. Il nous entoure, nous traverse, nous fait vivre. On ne le saisit pas dans la main, et pourtant nul ne doute de sa réalité. Nous ne le voyons pas vraiment, mais nous en éprouvons sans cesse la présence et les effets.

Cette image m’aide à parler de la foi. Non pas parce que la foi serait une simple idée flottante, mais parce qu’elle est aussi de l’ordre d’une réalité invisible et pourtant bien réelle. Ainsi la foi chrétienne n’est pas seulement le pressentiment d’une réalité invisible : elle est confiance en un Dieu vivant, révélé en Jésus-Christ. Cette foi nous porte, nous habite, nous relie, et demeure souvent plus grande que ce que nous pouvons en comprendre. Ce qui semble vide ne l’est pas toujours. Il y a des réalités invisibles qui sont pourtant essentielles. Et la foi est une réalité invisible essentielle. Mais la foi est souvent fragile dans la manière dont nous la vivons : traversée de confiance et de doute, d’élan et de fatigue, d’espérance et de combat.

Nous avons entendu : "Mettre sa foi en Dieu… c’est être sûr de ce que l’on espère…"

Comment mettre sa foi en Dieu, comment lui faire confiance quand on perd espoir ?
Quand, les tragédies humaines, les guerres, le dérèglement climatique, la noirceur de l’humanité assombrissent nos vies et notre futur ?Comment croire en Dieu, lorsque l’on se trouve assailli de sombres pensées, quand on n’arrive plus à joindre les deux bouts, quand la terre entière semble se liguer contre nous et qu’on se retrouve désespérément seul et abandonné ? Comment mettre sa foi en Dieu, quand on n’est pas certain de ce que l’on espère… ne serait-ce que pour soi-même ? Quand on se demande même si l’existence d’un Dieu est plausible ? Comment ? Comment ?

"Mettre sa foi en Dieu… c’est être convaincu de la réalité que l’on ne voit pas…"Nous dit le texte… Être convaincu…Il y a quelque chose au plus profond de nous, qui s’appelle « la conviction ». Offerte à l’humanité par Dieu, elle nous appartient. La conviction nous est propre. C’est une pensée, un avis, une certitude presque indéfinissable qui est constitutif de notre identité. On ne sait pas véritablement de quoi elle est faite… mais elle est là… et habite toute notre identité… 

C’est cette conviction qui nous permet de voir dans notre foi en Dieu une spiritualité qui façonne, alimente notre identité et nos actions.
C’est cette conviction qui nous permet de relire notre histoire dans une perspective de foi.
C’est cette conviction dans le Christ qui nous permet d’avoir une espérance pour notre avenir en dépit des circonstances…
Cela nous échappe… cela nous habite… notre foi est là… fragile… Et c’est avec cette fragilité de foi que la foule s’est assemblée sur le chemin de Jésus pour son entrée triomphale à Jérusalem…Entrée triomphale… 

Quelle est l’accueil triomphal que nous préparons à Jésus pour son entrée dans les Jérusalem de nos vies ?
Quels sont les Hauts-lieux de nos existences qui nous font vibrer, qui nous rassemblent, qui nous habitent ? Quels sont nos rêves, nos aspirations, nos attentes, nos désirs qui dirigent nos existences ? Et si le Christ entrait dans les Jérusalem de nos vies ? Quel accueil lui ferions-nous ? Quel regard porterions-nous sur sa venue ?

  • Attendrions-nous un Christ distributeur de solution ?
  • Un Christ garant de mon confort ?
  • Un Christ qui confirme mes choix ?
  • Un Christ qui me rendrait justice ?
  • Un Christ qui me garantit la réussite ?
  • Un Christ qui me dise ce que je dois faire ?
  • Un Christ qui me guérisse, qui prenne soin de ma personne ?
  • Un Christ qui me protège de l’échec, du rejet ?
  • Un Christ à mon image ?
  • Un Christ répondant instantanément à tous mes besoins ?

Probablement, un peu de tout cela… en vrai… Parce qu’au fond, nous avons plutôt tendance à chercher un Christ qui nous sauve… plutôt que de chercher le Christ qui nous déplace… Le Christ a déplacé des foules. Ils sont venus en masse à sa rencontre. Arrêtant tout ce qu’ils faisaient pour se placer sur sa route. Et Jésus a invité cette foule à déplacer ses attentes à son égard. Il n’allait pas la sauver de l’occupant romain, ni vaincre la mort de la manière qu’elle imaginait.

Nous faisons partie de cette foule qui se rassemble autour du Christ. Dans la fragilité de notre foi, dans la fragilité de notre humanité, il nous rencontre, il passe au milieu de nous et il porte sur nous un regard d’amour. Rencontrer le Christ, c’est accepter de se laisser déplacer. Accepter de changer notre regard sur les circonstances de la vie. 

La foule du dimanche des Rameaux n’avait pas tout compris. Aujourd’hui, nous non plus… n’avons pas tout compris… Et accepter que nous ne comprenions pas tout est déjà un acte de foi courageux qui nous déplace à la suite du Christ. 

Car tous ensemble, croyants d’hier, d’aujourd’hui et de demain nous nous assemblons le long de ce chemin d’espérance qu’emprunte le Christ. 

Amen.