
Dialogue entre les générations sur la manière dont les paroles de Jésus "Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde" sont reçues par un pasteur retraité et par un groupe de jeunes. Quelles interpellations ces deux générations peuvent-elles s'adresser mutuellement à partir de l'Évangile du jour ?
Prédication
M = Michel Durussel, pasteur
E = Eline André, membre du groupe de jeunes de Lausanne
M : Chère Éline, beaucoup d'enfants et de familles se réjouissent d'arriver aux vacances d'été. J'ai envie de te demander : et toi ? Comment te sens-tu en arrivant à ce temps de décompression ?
E : Ça va… le monde est très stressant, c'est difficile de faire du sens avec tout ce qui se passe. On entend souvent qu’on est chanceuses et chanceux d’être jeune aujourd'hui. On a tout ce que l’on souhaite, tout ce dont on a besoin… et c'est vrai, en partie. Mais… Tout va vite. Tout est demandant, tout est incertain, le réchauffement climatique, les guerres, la montée de certaines puissances, les armes nucléaires, la perspective de la chaleur qui va nous assaillir, du manque d'eau. C’est stressant. Il se passe tellement de choses dans le monde que parfois je me demande ce que fait Dieu. Comment peut-il laisser faire ? Et qu’attend-t-il de nous, en tant que chrétiens et chrétiennes ? Et puis je me dis aussi, qu’on ne devrait pas être comme ça, à déprimer, que ça devrait aller. Nous sommes jeunes, on a toute la vie devant nous, mais, tout au fond, il y a ce sentiment d’être sans ressources.
M : Je comprends tout à fait ce que tu dis. Je crois que c'est normal de ressentir de la fatigue quand on est jeune, et d'autant plus avec cette chaleur. Je ne suis pas non plus étonné de ce sentiment de trop -plein dans notre société hyperactive et surinformée. Et puis, tu sais, les questions que tu te poses, je me les pose également ; moi aussi, je me sens submergé par des actualités démoralisantes. Quand je regarde le monde dans lequel on vit, je trouve que notre génération vous lègue des défis immenses et qu'elle n'a pas été très brillante dans la transmission d'une espérance vivante. Tout cela peut peser lourd, mais je connais une façon de s'alléger : c'est de déposer ce qui nous charge devant Dieu dans la prière. On peut essayer de le faire à deux voix. Qu'est-ce que tu en penses ?
E : Oui, très bien. Tu aimerais commencer ?
M : Honneur aux plus jeunes. Tu m'as l'air d'avoir plein d'idées. Je te laisse volontiers la priorité et je conclurai. Ça te va ?
E : Oui, avec plaisir. Alors, je vous invite à la prière.
Seigneur Dieu, je me présente devant toi, avec l’Assemblée proche et plus lointaine. Toutes ces questions nous assaillent, et peuvent nous faire ressentir une peur de l’avenir et de l’inconnu. Cette impuissance fait surface et ces nouvelles oppressantes nous accablent. Nous pouvons nous sentir démunies, coupables, anxieuses. Aide-nous à ouvrir nos cœurs à ta parole, à ralentir et prendre le temps de te louer, ensemble. Le doute et la peur me font vaciller. Oui, Dieu, je suis porteuse de ces sentiments, comme beaucoup de jeunes et moins jeunes aussi, et nous avons besoin de pouvoir sentir que tu es là, que tu nous acceptes avec nos faiblesses et notre sentiment d’impuissance, que ton amour inconditionnel nous porte et nous élève. Seigneur, je place ma confiance en toi. Amen.
Je te laisse la parole maintenant.
M : Ô Dieu, les préoccupations d'Éline me touchent et je partage ses interrogations. Comme elle, je trouve bon de pouvoir te les confier comme à un Père qui est à l'écoute de ses enfants. Ce matin, j'aimerais te confesser nos difficultés en Église à témoigner de ton amour et de ton espérance au cœur de ce monde. J'ai souvent l'impression que nous sommes de tristes témoins de ta Bonne Nouvelle dans une société qui doit relever des défis si sérieux. Nous avons de la peine à vivre et à faire vivre la joie, la solidarité, la justice, le respect et la bienveillance dont l'Évangile est porteur. Suivre le chemin de Jésus est difficile et nous cherchons plus souvent à éviter ce qui nuit à notre confort et à nos vies bien rangées qu'à nous engager à sa suite pour la dignité de tous les humains créés à ton image et pour la sauvegarde de ta création. Nous avons besoin de sentir - j'ai besoin de sentir - en moi - la lumière de ton Christ pour accueillir ton amour. Amen
M : Comme parole de grâce qui nous remet en marche, je vous propose d'entendre un texte tiré du prophète Esaïe.
- Lecture d'Esaïe 40,27-31
E : Il est puissant ce texte, il me parle. Dieu n’abandonne pas, Il est là, avec nous. Il ne manque jamais de force. La faiblesse est justement son milieu de prédilection. Il est pour nous un soutien, invisible, mais bien présent, il redonne de la force à celui et à celle qui en manque. Ce rire dans la journée ? C’était Lui ! Cet arc-en-ciel après une énorme tempête ? Toujours Lui ! Cette tendresse partagée ? Encore Lui.
M : Oui, comme le dit Esaïe, Dieu a une intelligence, une sagesse qui dépasse ce que l’on peut comprendre. Il est au-delà de nos facultés de compréhension. Mais, dans de petits gestes, dans de petites attentions, de petits événements ou dans certaines rencontres, il nous fait signe, on peut le percevoir, savoir qu’il est là.
E : Mais le monde est tellement grand, il y a tant de problèmes qui nous dépassent, on a les infos de la planète entière à la minute, comme tu les dis, on est submergé. Devant tous ces défis, je culpabilise. Je me dis, je devrais faire des choses, mais tout est trop grand. Je me sens tellement impuissante. Je ne sais pas par où commencer. Je ne sais pas vers qui me tourner. En fait, je ne sais pas comment faire…
M : C'est effectivement vertigineux d'avoir le monde entier et ses problèmes sous les yeux, à portée de clics. Alors, tu sais, je crois qu'il vaut mieux, que c'est plus sain aussi de revenir au niveau de ce qui est possible, à ce que nous pouvons faire autour de nous, dans le local, dans la communauté, dans les liens du présent. Les réseaux sociaux maintiennent l’autre à distance, ils incitent à se parler par message plutôt que face à face. Et on oublie les personnes qui se tiennent autour de nous, dans notre entourage, dans notre immeuble, dans la rue, dans le parc, dans notre ville ou notre village. Tiens, pour nous apporter un éclairage de l'Évangile, je te propose d'écouter des paroles que Jésus a adressées aux foules qui s'étaient rassemblées autour de lui.
- Lecture de Matthieu 5,14-16
E : C'est impressionnant d’écouter ce passage. Jésus ne dit pas : vous devriez... il faudrait... ce serait bien... faites des efforts pour être la lumière du monde. Il dit : Vous êtes la lumière du monde. Du monde, tu te rends compte ? C'est fou !
M : Oui il dit bien la lumière du monde, mais tout part d’une petite lumière qui éclaire ceux qui sont dans la maison, cela fait une quantité de petites lumières que nous pouvons faire briller pour notre entourage. Par notre tendresse, par le bien que nous pouvons faire, elles rayonnent autour de nous et se propagent bien au-delà de nous.
E : C’est-à-dire qu'en revenant à la proximité, à celles et ceux qui nous sont proches, en revenant au local, on peut avoir une emprise sur le monde, que la vie reprend du sens. En faisant du bien autour de nous, nous créons comme une onde de bienfaisance qui va petit à petit passer plus loin. Mais, ce texte ne nous met-il pas une pression énorme ? Nous demandant de toujours bien faire, d’être irréprochables ?
M : Je te rassure, nous n’avons pas besoin d’être parfaites et parfaits, ce n'est pas ce que Dieu nous demande. Cette lumière, elle ne vient pas de nous, de nos efforts pour briller, elle est le fruit de sa grâce. C'est lui qui nous donne de briller parce que nous pouvons nous reconnaître aimés.e.s de lui. Par Jésus, nous savons jusqu'où cet amour est allé, jusqu'au don de sa vie sur la croix. Il nous incite à mettre notre confiance en lui, comme le disait déjà le prophète Esaïe. Cette confiance, elle nous permet de briller de cet amour, pas seulement individuellement, mais aussi en communauté, entre frères et sœurs porteurs ensemble de cet amour et de cette lumière. Notre joie, nos cœurs qui battent, sont pour lui suffisants. Faire le bien, c’est être attentif à celles et ceux qui nous sont proches sans pour autant faire l'autruche et oublier les problèmes du monde. Mais en nous concentrant sur ce qui est à notre portée, nous pouvons discerner des signes qu’Il reste fidèle, qu'il ne nous abandonne pas.
E : Oui, c'est vrai. Jésus ne parlait pas à ses disciples en story Insta. Il était dans le contact direct, de proximité. Ses guérisons, ses gestes de libération, il ne les faisait pas à distance. Et il a ensuite envoyé ses disciples poursuivre sa mission, pour porter la Bonne Nouvelle au monde entier, mais toujours de proche en proche.
M : Jusqu'ici ce matin à Chailly et par les ondes qui nous rendent proches les uns des autres.
E : Alors Dieu ne nous abandonne pas. Il place sa confiance et ses forces en nous, pour que, chacune et chacun, à la force de la lumière qu'il fait briller en nous, nous fassions le bien et propagions cette onde de bienveillance.
M : Et que nous puissions nous réjouir ensemble. Amen



