Le vin fait partie de leur liturgie

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Virgile Rochat, Corinne Baumann et François Paccaud, pasteurs
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Le vin fait partie de leur liturgie

Témoignages de trois pasteurs et de leur rapport au vin.

Filigrane d’une Pâque juive

Virgile Rochat, pasteur dans la région Lausanne-Épalinges

Certains instants imprègnent l’esprit durablement. Exemple: un repas de célébration de la Pâque juive. Virgile Rochat a vécu cette expérience initiatique à son adolescence, au sein d’un groupe de jeunes.

«Dans la nef d’une église romane, le pasteur avait dressé une table. Au cours du repas, avec le pain, le vin et les herbes amères – représentation de la servitude –, les coupes ont été remplies à quatre reprises, selon le rituel. La dernière est dévolue au jour où le Christ reviendra. Ce vin conduit à la joie. Des sourires illuminent les visages. On ne boit pas pour s’enivrer, mais pour la convivialité.» Devenu pasteur, il a aussi proposé cette expérience à ses paroissiens. Le ministre souligne que le pain et le vin – que nous Te présentons – sont les fruits de la terre et du travail des humains. «J’aime cette prière. L’humain est pris en compte. Il y a de la sueur qui s’y est mélangée. Synonyme de joie – Le vin réjouit le cœur de l’homme –, ce breuvage est aussi thérapeutique: ‹Ne continue pas à boire que de l’eau, mais bois un peu de vin à cause de ton estomac› – Paul à Timothée. J’apprécie ces allusions bibliques qui reflètent la joie et la santé.» 

L'apéro plutôt que la sainte cène

Corinne Baumann, pasteur à Sonvillier, dans le Jura Bernois

«La vie est trop courte pour y boire du mauvais vin.» Corinne Baumann se réfère volontiers à cette citation de Friedrich Dürrenmatt. «Le vin fait partie des petits plaisirs de la vie. Il nous rappelle sa brièveté et sa beauté.» Aux yeux de la ministre, pain et vin sont cependant indissociables.

«Boire un verre de vin et manger un morceau de pain est synonyme de partage, d’échange, de rires. La rencontre entre personnes est une aspiration universelle. Un repas modeste et spontané peut devenir une fête. Les premiers chrétiens l’ont bien compris, puisqu’ils ont instauré le rite de la sainte cène. Une communion d’humains se sachant fragiles, mortels, qui permet à chacun de se sentir accepté tel qu’il est. Dommage que ce rite soit devenu sacré à tel point que les gens tirent souvent une tête d’enterrement lors de la communion, qui plus est dans un silence presque total. C’est pourquoi je préfère terminer certains cultes par un apéritif, qui m’apparaît plus proche du sens premier de la communion.»

L'humanité en bouteille

François Paccaud, pasteur dans la région Morges-Aubonne

«Le vin parle de la complexité, de la richesse et des êtres. Je ne connais pas de boisson qui ait une aussi grande richesse d’arômes, de goûts, au point qu’on en fait de la littérature et de la poésie.» François Paccaud a été l’un des instigateurs de la Cuvée de la Réforme lors du Jubilé de 2017.

«En lien avec la Réforme, le vin parle de cette époque bouillonnante, agitée de ferments, d’agents de changements, de transformation de la société. Le moût subit une mutation qui, après un stade mousseux, explosif, donne un produit stable. La vinification peut dès lors illustrer cette période de l’histoire puisque, cinq siècles après, les valeurs de la Réforme perdurent», note François Paccaud. Il ajoute: «C’est peut-être aussi une parabole de transformation. Au travers de nos crises de vie, on peut être transformé par un agent extérieur qui est l’Esprit saint, peut-être l’amour de Dieu, et qui va pacifier notre existence, nous permettre d’exhaler toute sa richesse.»

La consommation en chiffres

La consommation d'alcool en chiffres