L’Église protestante de Genève ouvre ses portes aux adeptes d’autres religions

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Les délégués au Consistoire
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L’Église protestante de Genève ouvre ses portes aux adeptes d’autres religions

24 septembre 2018
Désormais, les membres de l’Église protestante de Genève pourront également être affiliés à une autre Église. Réunis en Consistoire les 20 et 21 septembre, les délégués ont modifié le statut des membres de façon plus inclusive.

«Ce résultat est le fruit d’un travail qui a commencé il y a bien longtemps, il permet désormais de faire Église un peu autrement», relève Blaise Menu, modérateur de la Compagnie des pasteurs et de diacres de l’Église protestante de Genève (EPG). Lors du Consistoire qui s’est déroulé les 20 et 21 septembre, au temple de Malagnou, les délégués ont modifié le statut des membres de l’EPG, des changements acceptés à l’unanimité. Ils ont notamment supprimé l’alinéa qui stipulait que pour faire partie de l’EPG, il fallait «ne pas avoir manifesté son appartenance à une autre Église ou communauté religieuse».

«Cette modification permet désormais la double appartenance. Par exemple, une personne catholique qui fréquente également l’EPG pourra être reconnue sans avoir besoin de renoncer à l’une ou l’autre communauté», explique Emmanuel Fuchs qui cite plusieurs cas rencontrés personnellement. «Actuellement, les parcours sont beaucoup moins linéaires», ajoute le président du Conseil du Consistoire. Par contre, les membres devront se reconnaître dans la Déclaration de foi de l’Église, caractéristique du protestantisme. Autres changements: plus besoin d’habiter le canton de Genève pour faire partie de l’EPG et il est possible d’être affiliés à plusieurs paroisses simultanément.

«Nous ne sommes pas une Église de membre en tant que telle», expliquait Emmanuel Fuchs lors des précédents débats sur la question. Mais l’EPG a constaté depuis plusieurs années que leur registre n’était plus nourri par le contrôle des habitants. «Nous devons de plus en plus compter sur nous-mêmes pour implémenter notre registre», avait alors expliqué le président.

Consensus sur les critères de répartition des postes

Lors de cette rencontre, les délégués se sont également mis d’accord sur les critères de répartition des postes. Dans un contexte de diminution de ses recettes, l’EPG a dû réduire le nombre de ses ministres et repensé la distribution des forces. Cette thématique avait suscité de longues discussions lors des précédents consistoires. Désormais, quinze critères répartis en facteurs «inducteurs de charges» et «missions en cours à soutenir» permettront l’attribution des postes. «Nous allons faire les calculs. Idéalement, les changements seront applicables à l’automne 2019, mais je pense que le différentiel sera faible», précise Emmanuel Fuchs.

Le premier soir, jeudi 20 septembre, un huis clos a été demandé. Les délégués ont souhaité discuter d’une éventuelle prise de position de l’EPG sur l’initiative «Le droit suisse au lieu de juges étrangers (initiative pour l’autodétermination)» qui sera soumise au peuple le 25 novembre prochain.

L’administration au Consistoire

Lors de cette session riche en décisions, les consistoriaux se sont penchés sur la représentation au Consistoire. Si les trois propositions concernant les délégations régionales, un juste équilibre entre les régions et les autres ministères ainsi que la possibilité aux ministères pionniers de participer comme observateurs ont été rapidement acceptées, celle sur la participation d’une personne de l’administration, qui avait déjà essuyé des oppositions, a suscité nettement plus de discussions. «Nous avons entendu vos questions et vos remarques. Le Conseil du Consistoire a toutefois maintenu la proposition de la participation d’une personne de l’administration. Elle aurait un poids faible, mais ce serait un signe fort pour des personnes qui s’engagent sans compter au sein de notre Église», a défendu Emmanuel Fuchs.

La région Rhône-Mandement a proposé un amendement qui octroierait qu’une voix consultative au délégué de l’administration. «Le consistoire n’est pas un syndicat ni un lieu où on peut manifester une reconnaissance les uns envers les autres. Les Églises de la Réforme ont eu l’intelligence de se doter d’une séparation des pouvoirs. On entend bien ce désir de reconnaissance, mais peut-être qu’il existe d’autres lieux, d’autres manières de témoigner sa reconnaissance», a affirmé Élisabeth Schenker de la Compagnie des pasteurs et des diacres.

La question du conflit d’intérêts a été mentionnée. «La séparation des pouvoirs est très importante pour le fonctionnement de notre Église», a insisté Hans-Christoph Askani, professeur de théologie systématique. «On ne considère pas que les délégués de la Compagnie des pasteurs et des diacres qui occupent huit sièges ont un conflit d’intérêts. Je ne comprends pas ce débat actuel par rapport à l’administration qui ne représenterait qu’une seule voix», a renchéri Joëlle Walther, coprésidente de l’Assemblée du Consistoire. De son côté, le délégué André Molnar a affirmé qu’il n’y avait aucun conflit d’intérêts. «L’amendement est l’expression du mépris total du travail des autres».

À l’issue des discussions, la proposition initiale qui permet à une personne de l’administration d’être représentée au Consistoire a été acceptée à 22 voix contre 12.