
« On aime quand les temples sont là, même ceux que l’on n’utilise pas ! »
Vous avez étudié différentes manières d’utiliser des temples protestants. Lesquelles ont le plus de succès?
LAURENT JACOBY: J’en ai étudié quatre. L’intensification d’usage, la réaffectation, la vente et, enfin, la plus radicale, la démolition.
En règle générale, en matière de modification, moins on transforme, mieux c’est. Pour des raisons économiques, symboliques, mais aussi de marketing. Cela crée une vraie richesse de garder l’esprit d’origine, que l’on observe par exemple dans des chapelles devenues logements, ou dans le cas de la boîte de nuit Paradiso à Amsterdam, construite dans un ancien bâtiment de l’Église libre. Finalement, les avis se rejoignaient beaucoup chez les différentes personnes que j’ai interrogées.
On priorise la continuité d’un usage pour un maximum de la population par rapport à une vente ou une démolition. Et même le pasteur était très enthousiaste à propos de la discothèque à Amsterdam. Mais c’est peut-être encore un peu tôt pour une telle initiative en Suisse. Cependant, j’ai axé ma recherche sur un environnement urbain; les opinions n’auraient peut-être pas été les mêmes à la campagne.
Parmi ces temples urbains, vous parlez beaucoup de la Croix d’Ouchy, en cours de métamorphose. En quoi cet endroit est-il représentatif de cette réflexion?
Actuellement, on y célèbre environ un culte par mois et l’abside est utilisée par le parascolaire. Au tout début des réflexions de réaffectation, il a été question de le détruire. Il y a eu une levée de boucliers contre cette idée, alors même qu’il était sous-utilisé. C’est tabou. Les temples, on aime quand ils sont là, même si leur usage est en déclin. Finalement, il y a eu un appel d’offres et c’est un bureau lausannois qui travaillera dessus. Le temple ne sera pas énormément modifié et regroupera plusieurs ludothèques de la Ville de Lausanne.
En étudiant la réaffectation de ces églises, vous vous êtes penché sur la notion du sacré dans les temples protestants. Qu’avezvous observé?
La notion de sacré est ambiguë et difficile à déterminer dans la foi protestante. Par nature, le temple protestant est désacralisé, même si à l’origine il s’agissait d’un temple catholique qui a été transformé après la Réforme. Mais dans l’imaginaire collectif, par son esprit d’origine et par sa symbolique, une sorte de sacré reste, qui se rapproche du patrimoine. D’ailleurs, tous sont protégés en tant que bâtiments historiques! Mais cette zone grise du sacré complique les discussions. Les communes, qui sont propriétaires de ces bâtiments dans le canton de Vaud, pourraient en faire ce qu’elles veulent, mais cela ne ferait pas forcément plaisir à tout le monde.
Pourquoi avez-vous eu envie de vous pencher sur ce thème?
Ce qui m’intéresse beaucoup, en architecture, c’est la notion de readaptative reuse, c’est-à-dire l’intensification d’usage des espaces construits. C’est une question de durabilité. Il existe déjà beaucoup de documentations sur les réaffectations d’usines ou de friches, mais en ce qui concerne les bâtiments religieux, le sujet est plus complexe et sort des sentiers battus.



