L’austerité protestante, un cliché?

Adolph Tidemand, 1852
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Les haugéens
Adolph Tidemand, 1852

L’austerité protestante, un cliché?

Propos recueillis par Nicolas Meyer, La «Vie protestante», Berne-Jura-Neuchâtel
17 août 2015
Interview
Le protestantisme bénéficie de son lot d’idées reçues. Des appréciations qui trouvent leur origine dans la Réforme. En effet, afin de revenir «aux sources» du message de l’Evangile, les réformateurs n’ont pas manqué de faire preuve de rigueur et parfois même d’un certain zèle empreint de sérieux et de discipline. A l’époque où Calvin mène sa réforme spirituelle et sociale à Genève, une morale chrétienne est droitement appliquée et les mœurs sont étroitement surveillées.

Bien qu’actuellement moins austère, cette morale a influencé l’ensemble de notre société. Pasteur à Grandval (BE) et dans le Par8 (région de Tramelan et Moutier), Marc Seiler décode cet héritage parfois lourd à porter.

Marc Seiler, on dit souvent du protestantisme qu’il est austère, qu’en pensez-vous?

Puisqu’on le dit, c’est bien entendu qu’il y a un fond de vérité dans cette affirmation. Etymologiquement, «austère» signifie: qui rend la langue sèche, ce qui est très peu le cas pour les pasteurs qui se croient toujours très écoutés. C’est devenu un synonyme de sévère ou de rude. Mais est-ce que cela tient à la nature de la foi protestante ou plutôt au fait que ce sont les peuples du nord de l’Europe qui y ont adhéré massivement, transmettant à notre manière de vivre notre foi un peu de la rudesse de leur climat.

Que représente à vos yeux la rigueur protestante?

Elle est pour moi une grande qualité quand elle s’applique à notre vie intellectuelle, mais elle est un redoutable défaut quand elle s’applique à notre vie morale. La rigueur intellectuelle est la marque de fabrique de nos Eglises, mais quand elle devient un comportement, elle bascule dans le jugement.

Peut-on dire que le protestant est plus fourmi que cigale?

Sans aucun doute! Les cigales ne se trouvent que dans les pays méridionaux, là où tout est plus facile à l’extérieur, là où le soleil ne fait pas défaut. La fourmi doit s’appliquer à s’adapter pour découvrir le bonheur, quand celui-ci n’a rien d’évident.

Le protestant a-t-il de la peine à se faire plaisir?

C’est évident! Nous ne sommes pas encore sortis de cette horrible règle morale: pour que ce soit vrai, il faut que ça fasse mal!

La société suisse romande est-elle à vos yeux marquée aujourd’hui par les valeurs protestantes?

Malheureusement oui. Comment ne peut-on pas se rendre compte que les cantons catholiques sont plus festifs, plus conviviaux et plus accueillants? C’est en partie lié à leur histoire confessionnelle. En supprimant par souci de «pureté» les fêtes qui réjouissaient les villages avant la Réforme, nos réformateurs et leurs dignes successeurs ont miné la vie sociale et communautaire dans les cantons qui leur ont fait confiance. Donc le constat se doit d’être sévère aujourd’hui, si nous voulons changer en profondeur l’image que nous projetons à l’extérieur.

Que jugez-vous bon dans le protestantisme?

Bien entendu, la principale qualité de la foi protestante, c’est de devoir toujours s’interroger, de toujours tremper notre réalité dans l’incertitude du salut et donc de pousser à toujours mieux faire pour pouvoir mieux être. Cette espèce d’angoisse est un puissant moteur pour grandir dans tous les domaines. Elle explique le succès et le génie intellectuels, techniques et artistiques de nombre de protestants au cours des siècles. Personnellement ce moteur est fondamental pour me rappeler que le bonheur n’est pas un état mais bien un mouvement de l’Esprit.