«Lorsque j’exécutais quelqu’un, j’apprenais la valeur de la vie»

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Jerry Givens, ancien bourreau, lutte pour l'abolition de la peine de mort
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«Lorsque j’exécutais quelqu’un, j’apprenais la valeur de la vie»

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17 avril 2019
Jerry Givens a conduit des exécutions pendant dix-sept ans pour l’État de Virginie. Aujourd’hui il s’engage contre la peine de mort. Rencontre avec un ancien bourreau.

De 1982 à 1999, Jerry Givens a été le bourreau officiel de l’État de Virginie. Durant cette période, il a procédé à 62 exécutions: 25 par injection létale et 37 sur chaise électrique. Le 1er mars 2019, il prenait part au Congrès contre la peine de mort qui se déroulait à Bruxelles. Cet Américain âge aujourd’hui de 66 ans s’est doublement converti. Non seulement au christianisme, mais aussi à la conviction qu’il fallait s’engager pleinement pour abolir la peine de mort.

Que s’est-il donc passé, dans sa tête et dans son cœur? «En 1993, un homme que j’aurais dû exécuter quelques jours plus tard a été déclaré innocent. J’ai alors commencé à douter du système et de ma tâche.» Le bourreau continue pourtant son travail pendant six ans.

En 1999, jugé pour son implication dans une affaire de drogue, il écope de quatre ans de prison ferme. Une peine complètement disproportionnée à ses yeux, qui renforce encore sa méfiance envers ce système judiciaire qu’il avait défendu si longtemps.

«Dieu m’envoie aujourd’hui en mission, comme ici à ce Congrès», déclare-t-il. «Avant, je voyais mon travail comme une sorte d’accompagnateur. Je devais faire en sorte que le condamné sache exactement ce qui l’attendait.» Aujourd’hui l’homme est un fer de lance du mouvement abolitionniste, «il sait de quoi il parle et peut convaincre des personnes que les associations ne peuvent toucher», exprime Katleen De Beukeleer, chargée de communication d’ATAC-Suisse (lire l’encadré), qui l’a rencontré à Bruxelles.

Un dur apprentissage

Le fait que des innocents aient été condamnés et exécutés est au cœur de sa résistance contre la peine de mort. «Jésus a été exécuté alors qu’il était innocent. Cela prouve que des personnes non coupables peuvent être tuées» avait-il formulé à nos confrères de «La Croix», l’an dernier.  Mais s’il pouvait être sûr que les condamnés à mort étaient vraiment coupables? Cela changerait-il quelque chose à ses yeux? «Évidemment. Violer et tuer en sachant qu’on risque la peine de mort pour cela, c’est un suicide. C’est le condamné à mort qui a tout fait pour se retrouver dans le couloir de la mort. Pas moi. J’étais là pour aider.»

Difficile visiblement pour l’homme de faire la paix avec son passé de bourreau. Il s’en défend, expliquant alors que lorsqu’il a pris cet emploi, le couloir de la mort était vide. «J’aime les gens comme ils sont. Je ne peux pas aller dormir si j’ai de la haine pour quelqu’un», assure-t-il. Il a pourtant accepté ce travail et exécuté pendant dix-sept ans? «Oui, oui... Je crois qu’il y avait une raison à ce que j’atterrisse là-bas.» Laquelle? «Dieu seul le sait... En tout cas, Dieu m’a béni, car lorsque j’exécutais quelqu’un, j’apprenais la valeur de la vie, car cela aurait pu m’arriver à moi aussi.»

Mais aujourd’hui Jerry Givens en est convaincu: «La punition ne revient pas aux hommes, mais à Dieu. Prendre la vie de quelqu’un, c’est s’arroger le pouvoir de Dieu. » L’ancien bourreau multiplie aujourd’hui les conférences et les interviews pour partager son expérience, convaincre surtout, d’arrêter là le massacre – de notre propre humanité.

Katleen De Beukeleer, ACAT-Suisse /Anne-Sylvie Sprenger, Protestinfo

Nestlé, bientôt sur le banc des accusés?

Pour sa campagne du Vendredi saint, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT-Suisse) lance une pétition demandant à Nestlé de s’engager contre la peine de mort. Puisque de nos jours les entreprises veulent se targuer d’une responsabilité sociale et que le groupe veveysan ne cesse de prôner «la création de valeur ajoutée» comme philosophie d’entreprise, ACAT-Suisse a décidé de prendre ce géant de l’alimentaire au pied de la lettre en le poussant à plaider en faveur de l’abolition de la peine de mort.

Concrètement? L’organisation demande à Nestlé d’user de son influence sur les décideurs aux États-Unis, et plus particulièrement en Virginie, où l’entreprise a son siège américain. Le soutien du groupe pourrait alors jouer un rôle capital et favoriser le revirement d’opinion nécessaire à l’abolition définitive de la peine de mort dans cet État. L’an dernier, Washington a été le 20e État américain à abolir ce châtiment, qui perdue cependant dans trente autres États actuellement...

https://act.campax.org/petitions/nestle-prenez-position-contre-la-peine-de-mort