
Le pardon comme décision libératrice

Alain Schwaar
Diacre à la retraite, anciennement juriste, assistant social et missionnaire.
Le pardon concerne-t-il la victime, l’auteur ou les deux?» s’interroge Alain Schwaar à la lecture d’un précédent article de cette série. L’invitation à pardonner ne doit pas devenir source de culpabilisation de la victime (voir notre édition de juin). Certes, mais pour lui, il n’en demeure pas moins que le pardon est «une démarche de victime principalement, voire exclusivement»
Le Chaux-de-Fonnier a d’abord été juriste, puis envoyé de DM au Mozambique, assistant social, puis directeur-adjoint à l’Office des mineurs, diacre et enfin, après une formation en thérapie sociale, animateur de séminaires avec sa femme en Haïti. Lors de ce parcours orienté vers les relations humaines, il a été profondément marqué par une lecture, Le Livre du pardon de Desmond et Mpho Tutu. Père et fille l’ont écrit à la suite du meurtre d’une amie de cette dernière. «Je crois que ce que cette approche a de spécifique, c’est que même si l’auteur de l’offense ne sait pas que la victime l’a pardonné, cela n’a pas d’importance», résume Alain Schwaar.
«Entrer dans le cycle de la vengeance est assez naturel, mais cela conduit à souffrir, physiquement comme mentalement, des effets corrosifs de l’attachement à la colère et au ressentiment. Pour s’en libérer, il faut le décider. Il s’agit bien là d’une décision pour entrer dans le cycle du pardon.»
Les étapes du pardon
Ce n’est malgré tout pas si simple. «Il y a des étapes à suivre», explique Alain Schwaar. «Cela implique du temps et un grand engagement. D’abord, raconter l’histoire, puis nommer la blessure, accorder le pardon, et enfin renouveler ou rompre la relation.» La parole joue donc un rôle essentiel. «Il faut parler avec quelqu’un, c’est un moyen sûr de bien être au clair sur ce qui s’est passé. Ensuite, nommer la blessure, ce que seule la victime peut faire.
On ne pardonne pas ‹ quelque chose ›, par principe. Il est nécessaire d’être conscient de ce qui nous a blessés, et de qui», insiste Alain Schwaar. «Ces étapes sont nécessaires pour en arriver à la décision de pardonner. Accorder le pardon, c’est reconnaître notre humanité partagée. Dans le sens de l’ubuntu africain, la conscience de faire partie d’un tout, et donc que nous partageons avec l’offenseur une même humanité.» Cette étape permet de comprendre que l’on peut pardonner, et pourtant choisir de rompre la relation.
L’humanité partagée
Alain Schwaar a découvert l’ubuntu dans sa vie professionnelle: «En Afrique et en Haïti, j’ai appris cette démarche qui consiste à la fois à admettre la violence que l’on a en soi, mais aussi que moi comme l’autre pouvons être porteurs de violence sans en être conscients. Chacune, chacun, dans une humanité partagée, a parfois des envies de bien faire et des envies de mal faire.» Cette révélation a marqué sa théologie. «J’aime cette traduction de, sauf erreur, Martin Buber, qui ne dit pas ‹ Aime ton prochain comme toi-même ›, mais ‹ Aime ton prochain, il est comme toi-même ›. L’idée est qu’il ne s’agit pas d’aimer malgré tout, mais de se reconnaître en l’autre, et reconnaître l’autre en nous.
Et si je poursuis la réflexion, je me prends à dire: pardonne-nous nos offenses, de la même manière (comme) nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.»
Pour aller plus loin
Alain Schwaar recommande la lecture du livre du pardon, de Desmond et Mpho Tutu, traduit de l’anglais par Michel Klepper, Editions Guy Trédaniel, 2015.

