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un pasteur qui prépare sa prédication avec une IA, image d'illustration générée par IA

Génération de sermons par l’IA : des résultats inégaux

 
5 min de lecture
Que vaut l’intelligence artificielle pour la génération de sermons ? Deux pasteurs ont accepté de se prêter au jeu pour un test de comparaison entre des prédications écrites de main d’homme et des sermons générés par l’IA. Le résultat est parfois bluffant, parfois inutilisable.

Selon une étude américaine, moins de 50 % des pasteurs se sentent à l’aise avec l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) pour la préparation de leurs prédications. Pourtant, la génération de sermons est précisément l’une des applications possibles de l’IA. Et c’est très simple : il suffit de poser une question ou d’introduire un verset biblique dans le champ de recherche du logiciel pour obtenir un sermon prêt à l’emploi.

Nous avons voulu en avoir le cœur net. Deux pasteurs, Emmanuel Rolland à Genève et Quentin Jeanneret à Moutier, ont accepté de comparer une prédication minutieusement écrite par leurs soins avec le résultat produit par deux logiciels de génération de sermons, en utilisant des mots-clés résumant le sujet traité. Nous avons choisi de faire le test avec easy-peasy.ai et ChatGPT.

Premier constat : sur un même sujet, l’IA produit un sermon différent, qui se recoupe tout de même sur le fond avec l’original. À partir de là, le résultat est tantôt bluffant, tantôt inutilisable.

Résultats du premier test

Intitulée « Où est-il, ton Dieu ? Il est né », la prédication écrite par le pasteur Emmanuel Rolland compare les récits de la naissance de Jésus dans les Évangiles de saint Matthieu et de saint Luc. Contrairement au récit de Luc, riche d’images pastorales comme la crèche et les anges, Matthieu met en scène les mages venus d’Orient. L’arrivée spectaculaire de ces derniers à Jérusalem provoque la surprise lorsqu’ils demandent : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Emmanuel Roland élargit la réflexion à une interrogation plus profonde et universelle : Où est Dieu ? Et il explique que Dieu peut se révéler à nous à travers d’autres personnes.

Le sermon généré par l’IA (en l’occurrence, easy-peasy) part d’emblée sur « cette question qui traverse les siècles et qui, parfois, nous brûle les lèvres dans le secret de nos épreuves ou face aux bruits de fureur de notre monde : Où est Dieu ? » Le texte affirme que Dieu se révèle dans la fragilité d’un enfant qui vient de naître, et que cette naissance dans la pauvreté symbolise un Dieu proche des hommes.

Le résultat est « brillant », selon Emmanuel Rolland. « Je ne m’y attendais pas, mais c’est excellent. Du coup, je me pose plein de questions métaphysiques. Quel rôle peut encore jouer le pasteur dans ces circonstances ? Il devient un interprète, un comédien. Si des gens le félicitent à la fin du culte, à qui s’adressent les compliments ? Et surtout, qu’est-ce qui change chez le pasteur qui utilise l’intelligence artificielle pour préparer ses prédications ? Pour l’auditoire, je pense que cela ne change pas grand-chose. Mais pour le prédicateur, c’est très différent. Le temps qu’il passe sur sa prédication, est-ce du temps perdu, ou est-ce du temps nécessaire pour approfondir des sujets qui méritent de l'être de manière tout à fait personnelle ? Voilà ce que je me demande. »

Résultats du second test

Passons maintenant à la prédication écrite par Quentin Jeanneret à l’occasion de la fête nationale. Le pasteur commence par poser la question : Comment concilier sentiment d’appartenance à la Suisse et le fait d’être chrétien ? Il parle de la 4e strophe de l’hymne qui a été supprimée, probablement parce qu’elle avait une forte connotation nationaliste, et conclut que cela nous offre l’occasion de nous interroger sur notre manière d’habiter ce pays.

Une première version produite par easy-peasy commence de manière poétique : « Qu’est-ce qui fait battre notre cœur lorsque nous contemplons le sommet enneigé du Cervin, lorsque nous entendons le son des cloches dans une vallée alpestre, ou que nous lisons les lignes de notre Constitution qui s’ouvre par ces mots : Au nom de Dieu Tout-Puissant » ? L’intelligence artificielle fait des détours par Calvin et Zwingli pour arriver à une conclusion qui ne coïncide pas avec celle de Quentin Jeanneret : « Que notre attachement à cette belle terre helvétique soit toujours un reflet de notre désir pour la patrie éternelle, où Dieu essuiera toute larme et où toutes les nations marcheront dans sa lumière. »

Dans l’ensemble, c’est très scolaire, avec une introduction, une mise en contexte et une conclusion. La mise en scène est inexistante ; il y a zéro suspense. On pourrait parler d’un texte impersonnel. « Franchement, ce sermon n’est pas utilisable. Il est très structuré, mais il met en opposition le fait d’être attaché à la Suisse et le fait d’être chrétien, ce qui n’est pas mon propos. Il propose surtout une accumulation d’arguments et de références qui ne parleraient pas à grand-monde, à mon avis. Et puis, il faudrait vérifier que ces informations sont correctes. »

La version générée par Chat GPT est plus nuancée et plus fluide, selon Quentin Jeanneret. Elle conclut que le chrétien appartient toujours à un pays, mais jamais totalement ; il doit pouvoir aimer son pays, mais pas aveuglément. « J’ai l'impression que cette version rejoint passablement ce que j’ai mis dans ma prédication, en tout cas ce n’est pas du tout décalé. À mon sens, elle pourrait être utilisée. Si je devais le faire, je modifierais un peu le prompt, c’est-à-dire la demande de départ. J’ajouterais le texte du lectionnaire et puis peut-être une anecdote, en disant à Chat GPT de l’intégrer. Je lui demanderais aussi d’être encore un peu plus fluide. Mais le résultat n’est déjà pas mal. »

Pour Quentin Jeanneret, il existe un risque d’être tenté de céder à la paresse, en misant sur l’intelligence artificielle pour préparer des prédications et ainsi gagner du temps. « Mais je pense que ce serait un mauvais calcul, car le temps libéré serait immédiatement rempli avec d’autres tâches », réfléchit-il.

Intelligence artificielle : qu’en pensent les Églises ?

D’une manière générale, il y a un consensus autour du fait que la responsabilité humaine et morale doit demeurer. Les Églises reconnues s’alignent sur les lignes éthiques établies par le groupe d’experts indépendants en matière d’intelligence artificielle qui a été constitué par la Commission Européenne. Ces principes sont : utilisation de l’IA au service de l’humain et soumise au contrôle humain ; sécurité et robustesse technique des technologiques développées ; respect de la vie privée et souveraineté sur les données ; transparence et traçabilité ; correction des biais (diversité, non-discrimination, équité) ; respect du bien-être social et environnemental ; principe de responsabilité.