
Le théâtre, entre culture et Église

Youngjun Ko Doctorant à l’Unige et étudiant au Cours Florent
Existe-t-il vraiment une forme de théâtre que l’on peut appeler «théâtre chrétien»? Cette question est au coeur de la thèse en théologie pratique que Youngjun Ko mène à l’Université de Genève.
C’est depuis Paris que le jeune Coréen poursuit sa recherche. Parallèlement, il suit le Cours Florent, une formation d’acteur renommée qu’il terminera en juin, après trois ans. «Après, je vais participer au festival off à Avignon. J’ai écrit deux pièces chrétiennes que je vais présenter avec quelques camarades», explique-t-il.
La Femme sans âge, dans laquelle il rend hommage aux mères et à «leur force silencieuse», sera montrée du 4 au 12 juillet et No dating, qui interroge «la difficulté d’aimer dans un monde saturé de connexions», pourra être vue du 14 au 25 juillet.
La force émotionnelle du théâtre
Si après un master en pédagogie du français à l’Université de Changwon, une formation pastorale (Master of Divinity) au Korea Theological Seminary et un master en théologie, Youngjun Ko s’est lancé dans une thèse à l’Université de Genève, c’est que cet art fait écho à ses expériences de vie. «Quand j’étais lycéen, j’ai découvert la foi chrétienne grâce à une comédie musicale organisée dans une église. Cette expérience a profondément marqué ma vie. Plus tard, pendant mes études de littérature française, j’ai participé à des festivals universitaires et j’ai découvert la force émotionnelle du théâtre.»
Youngjun Ko a ensuite été pendant dix ans pasteur-assistant dans une Église en Corée du Sud. S’il présidait parfois la célébration, l’essentiel de son ministère a été consacré à l’enseignement biblique et cathéchétique auprès des enfants et des adolescents. «C’est à cette époque que j’ai commencé à utiliser le théâtre comme un moyen d’éducation de la Bible», relate le chercheur.
Un langage universel
Le travail qu’il entreprend ainsi que l’expérience vécue en France l’amènent à élargir la vision qu’il a des arts de la scène en église. «Je pense que le théâtre peut devenir un langage univer sel capable de toucher des personnes croyantes et non croyantes», explique-t-il. «Je m’intéresse particulièrement à la manière dont le théâtre peut transmettre des valeurs humaines et spirituelles à des personnes qui ne connaissent pas forcément le langage religieux ou biblique», ajoute-t-il. «A travers cette recherche, je réfléchis au rôle du théâtre chrétien non seulement dans les Églises, mais aussi dans la société contemporaine.» Un élément qui lui tient à coeur: «En Corée, les pièces chrétiennes sont souvent jouées dans les églises. En France, la société est plus laïque. Cette différence culturelle m’aide beaucoup à réfléchir à une autre manière de créer des oeuvres», déclare-t-il, tenant à ce que le théâtre chrétien ne trouve pas seulement sa place dans les églises, mais aussi dans les théâtres séculiers.
Des valeurs à partager
Ainsi, les créations de Youngjun Ko ne se limitent pas aux saynètes de Noël. «Pour moi, le théâtre biblique n’est pas seulement un théâtre qui raconte directement des histoires de la Bible. C’est aussi un théâtre inspiré par des valeurs humaines et spirituelles comme l’amour, le pardon, l’espérance et la dignité humaine», explique-t-il. «A travers mes créations, j’essaie de parler de thèmes humains universels comme la solitude, la famille, l’espérance et la recherche du bonheur.»
Il reste toutefois clair sur ses objectifs artistiques: «Ma motivation pour apprendre le théâtre, c’est d’en faire un moyen pour dynamiser la communauté chrétienne en Corée.» Selon une enquête Gallup Korea publiée en 2025, environ 60 % des Sud-Coréens se déclarent sans religon, tandis que 18 % se disent protestants, 16 % bouddhistes et 6 % catholiques. Le bouddhisme reste cependant la religion ayant la plus grande influence sur la société.
La thèse en bref
• Titre de travail: «Le théâtre chrétien dans les Églises et la société contemporaine en Corée».



