
« Les personnes à l’assurance-invalidité devraient être syndiquées »
Diffusée à travers le conseil juridique de PMS et des actions de plaidoyer, par des cours aux professionnels et aux usagers, des brochures d’information et d’autres publications spécialisées, l’expertise de Shirin Hatam a été mise au service de la défense des droits des personnes en situation de handicap psychique pendant un quart de siècle. Pour marquer son départ à la retraite, Pro Mente Sana organise une demi-journée d’étude ouverte au public le 11 juin, en présence de la principale intéressée. L’événement réunira des personnes avec qui elle a collaboré – personnes concernées, cliniciens, représentants des sciences humaines et sociales – pour échanger sur des questions en lien avec le handicap psychique.
L’association Pro Mente Sana est bien connue pour ses brochures destinées aux usagers. Vous en avez publié une en collaboration avec les Églises Berne-Jura-Soleure, et cela vous a été reproché au motif que Pro Mente Sana est confessionnellement neutre. Pourquoi avez-vous choisi de collaborer avec une Église ?
Shirin Hatam. C’est vrai que nous sommes confessionnellement neutres, ce qui signifie que nous ne défendons pas de croyances particulières. Mais il y a quelque chose qui nous rapproche de la vision des Églises, c'est que pour elles, la santé mentale ne se limite pas à la définition de l'OMS, qui se réfère à une personne capable de produire, de travailler. La religion ne voit pas la personne malade comme quelqu'un qui est atteint dans sa capacité de production, mais comme une personne qui est comprise dans un tout ; comme nous, elle défend le droit d'exister même si on est improductif au sens économique du terme. Donc nous n’avions aucune raison de ne pas collaborer.
Quel était votre travail à Pro Mente Sana ?
Il y avait plusieurs aspects, la permanence juridique étant la principale. C’est la première source de connaissances de Pro Mente Sana, parce qu’elle permet de faire remonter les préoccupations des usagers. À partir de là, il est possible de déployer des activités d’information – via nos brochures, par exemple – ou des interventions politiques.
Quelles sont les principales demandes des appelants ?
Il y a tout d’abord les demandes urgentes, celles des personnes qui sont enfermées dans un hôpital psychiatrique ou qui sont soumises à un traitement forcé et qui veulent savoir ce qu'elles ont le droit de faire, si elles peuvent partir. Ensuite, il y a toutes sortes d’appels avec des questions autour du travail, du chômage, de l'assurance perte de gain et de l’assurance-invalidité, mais aussi des curatelles, du droit de la famille ou du droit pénal, par exemple… Quand j'ai commencé, je recevais environ 180 par année. Sur la fin, ça allait chercher dans les 750 par année.
À votre avis, comment a évolué la perception sociale des troubles psychiques ?
Ce sont deux questions en une, car il y a la perception des troubles psychiques par la société et la perception qu’en ont les personnes elles-mêmes. Pour ce qui est de la société, on a vu apparaître la Mad Pride, dans la foulée de la Gay Pride. On pourrait en déduire que les personnes concernées ont gagné en fierté, mais je ne suis pas tellement certaine que cela change la vision de la société, ni que ce soit le même combat. Parce que le fait d’appartenir à la communauté LGBTQI+ n'empêche pas d'être un sujet économique productif dans une société libérale. Donc cela ne dérange pas autant que les individus dont la participation à la société ne passe pas par le travail rémunéré et la consommation. En fait, les personnes à l’assurance-invalidité devraient être syndiquées, parce qu’elles ont envie de travailler, mais elles en sont empêchées.
Quels sont les principaux défis qui attendent Pro Mente Sana ?
Le plus évident est d’arriver à assurer sa pérennité, car contrairement à des associations plus populaires, Pro Mente Sana ne peut pas survivre seulement avec des cotisations. Ensuite, l’évolution des moyens de communication va pousser l’association à s’adapter à des formats différents, plus courts, tout en maintenant un message de qualité. C’est une réflexion que Pro Mente Sana a déjà commencé à faire avec l’avènement des réseaux sociaux.
La mission de Pro Mente Sana en bref
De façon résumée, Pro Mente Sana fait de l’information, du conseil et de l’orientation. Notre engagement porte, d’une part, sur la promotion de la santé mentale, et d’autre part la défense des droits et des intérêts des personnes qui présentent des troubles psychiques. Pour cela, l’association propose entre autres des services de conseil juridique et de conseil psychosocial.



