
Les Églises moins patriarcales qu’on pourrait le penser
Selon une étude de la Communion mondiale d’Églises réformées (CMER), les femmes se voient trop souvent privées de postes qui représentent une autorité religieuse ou de direction, alors qu’on leur permet d’exercer des fonctions associées à des valeurs comme la bienveillance et le soutien.
Pourtant, des avancées notables ont été faites en la matière au sein des Églises réformées, principalement en Europe. En effet, de plus en plus de femmes accèdent à des postes clés. On peut s’en rendre compte à la lecture des dix-huit témoignages – dont deux sont en français – qui ont été rassemblés par Rita Famos dans cet ouvrage collectif. Interview.
Quel est le message principal du livre ?
La diversité et l’égalité des genres reflètent la richesse et la pluralité des relations humaines, qui sont ancrées dans la pluralité de Dieu : Père, Fils et Saint-Esprit. La Bible le dit : « Dieu créa l'être humain comme une image de lui-même ; il le créa à l'image de Dieu, il les créa homme et femme » (Gen 1, 27). Ainsi, l’accès équitable des femmes et des hommes aux postes de direction n’est pas une option, mais un impératif théologique.
Comment est née l’idée du livre ?
Après mes premières années passées à la présidence de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), j’ai eu envie de rassembler les connaissances et l’expertise de différentes personnes en matière de leadership. Je souhaitais leur donner l’opportunité de raconter elles-mêmes leur parcours et de dire ce qui leur semblait important. L’accent est mis sur le leadership. Beaucoup de contributrices ont été pionnières dans leur contexte, et j’ai l’espoir que le partage de leurs expériences encouragera d’autres femmes à suivre cette voie.
Toutes les contributions ont été écrites par des femmes. Est-ce un choix délibéré ?
Pas vraiment. J’ai demandé à plusieurs hommes de participer, mais ils ont tous décliné. C’est dommage, mais je me réjouis d’avoir pu rassembler dix-huit contributrices.
Dans ce livre, vous expliquez que vous partagez certaines expériences avec elles. Par exemple ?
Comme beaucoup d’entre elles, avant chaque poste de direction que j’ai occupé, je me suis d'abord demandé si j'étais à la hauteur de la tâche. Nous partageons aussi un mode de travail très participatif, qui consiste à laisser les collaborateurs développer pleinement leur potentiel et à pratiquer l'autocritique. Enfin, comme plusieurs contributrices, j'ai pris la direction d'une institution en pleine crise, acceptant de ce fait un risque d'échec considérable.
Vous dites que votre élection à la présidence de l’EERS a suscité un fort écho médiatique et que, stupéfaite, vous vous êtes frotté les yeux en vous demandant si cette attention était due au fait que vous étiez une femme.
Pour moi, il a toujours été naturel, en tant que femme, d'assumer des responsabilités. C'est pourquoi cet écho m'avait autant étonnée. Au fil des années, j'ai compris que cela ne va pas de soi partout, même au sein des Églises protestantes. C’est pourquoi cela ne me surprend plus autant aujourd’hui. D’autre part, je pense que l’Église a souvent une image traditionnellement patriarcale, et cela explique peut-être l’étonnement que suscitent les élections de femmes à des fonctions de direction.
Vous écrivez que la question de l’égalité se cristallise autour de l’exemple de l’accès des femmes au ministère pastoral. Que voulez-vous dire par là ?
À travers l’histoire du ministère féminin, on peut retracer l’évolution des discours et des mentalités sur la place des femmes dans la société. C’est fascinant. Le ministère féminin est impensable sans l’accès aux études universitaires et sans l’acceptation au niveau paroissial. Or cette acceptation a parfois été plus marquée que celle des autorités politiques cantonales. Par exemple, en 1921, le synode de l’Église réformée zurichoise a décidé d’ouvrir le ministère pastoral aux femmes, mais cette décision a été bloquée par le Conseil d’État zurichois…
Qu’en est-il de l’égalité dans l’Église aujourd’hui ?
Beaucoup de chemin a été parcouru. La consécration des femmes au ministère pastoral est aujourd’hui une marque distinctive des Églises protestantes au sein du christianisme. Cependant, les stéréotypes de genre ne s’arrêtent pas à la porte des Églises – y compris des Églises protestantes. Plusieurs contributrices témoignent de l’impact de ces stéréotypes, ainsi que d’attentes et de traitements différents liés à leur genre. Il reste donc du travail à faire.
En tant que première présidente de l’Église évangélique réformée de Suisse, vous faites partie des « premières femmes » qui ont revêtu des fonctions dirigeantes. Pensez-vous que ce sera plus facile pour les femmes qui vous succéderont ?
Ce sera sûrement plus facile, s’il existe des modèles. Mais toutes les personnalités dirigeantes font face à de gros défis quand elles endossent un nouveau rôle.





