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Par G.Garitan — Travail personnel, CC BY-SA 4.0
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Ludovic-Mohamed Zahed
Par G.Garitan — Travail personnel, CC BY-SA 4.0

« Le Prophète accueillait des personnes LGBT »

 
3 min de lecture
Interview
Ludovic-Mohamed Zahed est considéré comme la première personnalité musulmane française à avoir publiquement assumé son homosexualité. Il est surtout le fondateur de la première mosquée inclusive en France. Le 8 septembre, il sera l’invité de l’Antenne LGBTI Genève – le bureau cantonal de l’Église protestante de Genève pour les questions LGBTIQ+ – pour un grand entretien public.

Quel est votre parcours ?

J’ai grandi en grande partie en Algérie, pays que j'ai définitivement quitté à l'âge de 17 ans pour venir m’installer à Marseille. J’ai commencé par effectuer des études de théologie pour devenir imam, puis des études de psychologie et de sociologie au niveau doctoral, et j'ai publié plusieurs livres. Actuellement, je dirige depuis dix ans l’Institut Calem (la Confédération des associations LGBT+, euro-africaines et musulmanes, NDLR), à Marseille. Nous faisons de la recherche, de l’édition et de la formation sur les identités queers, musulmanes et intersectionnelles. Calem, c’est aussi, en arabe, la parole. C’est le fait de s'exprimer et de visibiliser nos identités. D'ailleurs, l'Institut héberge une mosquée inclusive, où tout le monde est le bienvenu pour célébrer nos activités spirituelles.

Quel est votre rapport à Dieu et à la foi ?

Ce rapport est aujourd'hui très apaisé, très émancipateur, mais cela n’a pas toujours été le cas. À l'adolescence, c'était fantastique : je découvrais la spiritualité et j'étais émerveillé par tout ce que j'étudiais en matière de religion et de pratiques religieuses. Mais ensuite, j’ai découvert que la plupart des gens considéraient que cette voie était incompatible avec ce que j’étais, et cela m'a posé passablement de problèmes. J’ai dû réformer ma représentation de mon rapport avec le religieux et le divin. À présent, je vis des moments spirituels merveilleux grâce à ma pratique religieuse.

D'après vous, y a-t-il une religion plus ouverte que les autres aux questions LGBTQ ?

Toutes les religions sont ouvertes à la question de la diversité des genres et des sexualités ; cela dépend des contextes culturels et politiques. Dès les premiers temps et dans toutes les religions, vous avez des périodes très inclusives, où les femmes sont respectées, où les autres religions sont accueillies comme des religions sœurs, où les minorités sexuelles ou de genre sont célébrées comme une manifestation de la puissance divine dans la poésie et la littérature, etc. Et à certaines périodes, quand la culture qui produit notre représentation du religieux se sclérose et se radicalise du fait de la misère, de la souffrance ou de la peur, la religion devient excluante. En fait, soit la religion est utilisée comme un outil de cohésion sociale – ce qui est son but premier selon moi – soit elle est mise au service de représentations idéologiques fascisantes et patriarcales. Ce n'est jamais stable dans le temps. L’islam ne fait pas exception à la règle. Au tout début de l'islam, le prophète a, nous dit-on, accueilli chez lui des hommes efféminés, des femmes masculines, des personnes queer, des personnes transidentitaires et des personnes intersexes – on ne les appelait pas comme cela à l'époque, mais cela existait et c'était reconnu. Il leur donnait du travail et les défendait en cas de discriminations. Je ne suis pas en train de dire que l’islam est magnifique et que le prophète était parfait ; c’était un être humain. Mais il semblerait que les personnes queer aient toujours fait partie de la tradition musulmane et cela n’a dérangé personne pendant des siècles. Elles détenaient même les clés de certains lieux saints – dont la propre mosquée du prophète à Médine – et veillaient au bon ordre à l’intérieur des lieux. C’est à partir de la fin du XIXe siècle que l’on a inventé des termes comme homosexualité, hétérosexualité, transidentité, etc., pour mettre les gens dans des catégories identitaires.

Si vous aviez un message à faire passer, ce serait lequel ?

Dieu vous aime tels que nous sommes, car il nous a créés ainsi. Dieu ne commet pas d'erreur.

Quelle est la priorité actuelle pour aller vers une plus grande ouverture d'esprit dans la société et dans les Églises ?

Il faut faire de l'éducation. Parce que la misère dont je viens de parler n'est pas seulement économique, elle est aussi intellectuelle. Dans nos sociétés actuelles, nous avons énormément de connaissances à disposition, mais de moins en moins d'expertise. C'est contre-intuitif, car nous n’avons jamais été aussi éduqués – du moins en apparence.