
Un chrétien face à la colonisation
«Lève les mains pour que le soldat voie que l’on est inoffensifs!» Arriver jusqu’à la famille Nassar n’est pas de tout repos. Cernée de cinq colonies, «la tente des nations», nom de leur exploitation agricole, n’est désormais accessible aux Palestiniens que par une seule route. Daoud Nassar nous reçoit avec un sourire qui ne laisse rien deviner de la menace qui plane sur les siens. Établie sur cette terre depuis plus d’un siècle, sa famille fait aujourd’hui face à l’appétit d’expansion israélien.
Betar Illit, la plus grande colonie alentour, compte déjà à elle seule plus de 70'000 habitants. Assiégés, les Nassar ont décidé de faire appel après que les autorités israéliennes ont déclaré leur domaine propriété de l’État d’Israël. Alors que les Palestiniens de Cisjordanie occupée sont soumis à la législation militaire israélienne et non civile, Daoud Nassar est lucide quant aux minces chances d’obtenir gain de cause. Mais contester les décisions judiciaires lui permet de «gagner du temps», explique-t-il.
Bras de fer juridique
Empire ottoman, mandat britannique et maintenant colonisation israélienne… Entouré de sa mère, de sa sœur, de son frère et de son fils, Daoud Nassar dégage la sérénité de ceux qui en ont vu d’autres, fût-ce par procuration via les récits de ses aïeux. «Le bras de fer juridique court depuis 1991. On a même saisi la Cour suprême. Personne n’a encore pu nous déloger de notre terre. Quand ils viennent arracher nos arbres, on en plante le double derrière.»
Daoud Nassar, la voix chaude des Levantins, poursuit: «Un de nos principes est de refuser la haine et la violence. Mais nous sommes humains, bien sûr que parfois c’est difficile de ne pas les haïr. Quand c’est trop dur, le travail de la terre devient salutaire, il permet de se décharger des mauvaises ondes». Profondément chrétien, le luthérien Daoud Nassar dit aussi puiser sa force dans sa foi. «Parfois, j’ai de la pitié pour les colons. Comment peuvent-ils agir de la sorte? Hier, j’ai vu une vidéo d’un d’entre eux battant à mort un chien. J’espère que les colons finiront par ouvrir leurs yeux, eux qui disent agir selon les textes sacrés.»
Drones et caméras
Ouvrir les yeux, les colons le font à leur façon. Ils ont installé des caméras aux abords de l’exploitation et font parfois aussi voler des drones au-dessus des têtes de leurs voisins palestiniens pendant que deux soldats israéliens stationnent à l’entrée immédiate de la ferme. Face à l’encerclement qui devient étranglement, Daoud Nasser, qui a suivi des études de théologie, de tourisme et de commerce en Autriche, en Allemagne et en Palestine, a fait fusionner ses trois centres d’intérêt en ouvrant son domaine à des volontaires étrangers.
Toute l’année, une communauté de bénévoles composée de chrétiens, de pacifistes ou d’écologistes – Israéliens compris – se relaie. Ce jour-là, huit étrangers sont présents aux côtés des Nassar. Béatrice Foster, septuagénaire britannique occupée à préparer le déjeuner, a pris ses quartiers pour trois mois: «J’ai entendu parler de cet endroit via l’Église méthodiste qui soutient la famille Nassar. C’est un endroit où je me sens très proche de Dieu.»
Elle espère que sa présence et celles des autres volontaires empêchera, voire retardera, les assauts des colons. Elle aussi sait et sent que l’étau se resserre irrémédiablement. «Parfois, les colons viennent vers nous avec un sourire et ils nous soufflent: ‹Ne vous fatiguez pas trop à cultiver cette terre. Bientôt, elle sera à nous.»





