«Il faut qu’un débat sur la place du religieux dans l’espace public ait lieu»

©iStock / paulprescott72
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Un témoins de Jéhovah dans les rues de Zagreb
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«Il faut qu’un débat sur la place du religieux dans l’espace public ait lieu»

7 août 2018
Lausanne
Le socialiste Benoît Gaillard interpelle l’exécutif communal sur les limites du «prosélytisme religieux ou sectaire dans l’espace public.» Il reconnaît qu’il ne serait pas opposé à ce que ce phénomène ressenti comme en progression soit limité.

Témoins de Jéhovah distribuant des publications autour d’un présentoir mobile, prêche condamnant l’homosexualité relayé par un système de sonorisation sur la place de la Riponne ou distribution de fascicules scientologue. La ville de Lausanne est-elle le théâtre d’une multiplication des actions de prosélytisme? C’est la question que se pose le socialiste Benoît Gaillard. Pour en avoir le cœur net, il a déposé une interpellation au Conseil communal (organe délibérant). Interview.

Benoit Gaillard, vous avez le sentiment que le prosélytisme progresse à Lausanne?

J’avoue que c’est un sentiment subjectif, même s’il est renforcé par les questions et les remarques que j’entends de la part de nombreuses personnes. C’est pour cela que j’aimerais avoir des informations permettant d’objectiver cela. Mon interpellation pose des questions. Il ne s’agit pas de prendre des mesures dans l’immédiat. Mais il est vrai que ces derniers mois j’ai constaté une présence accrue d’actions de distributions de flyers religieux, et les médias se sont fait les échos de situation qui ont choqué les Lausannois, avec un prêche homophobe en public.

Partager ses convictions n’est-ce pas un droit? Les politiciens en font d’ailleurs régulièrement usage.

La liberté d’expression n’est pas absolue et sans limites! Les discours qui vont à l’encontre des droits humains ou prônent la discrimination méritent d’être encadrés! Par ailleurs, j’ai l’impression que certaines règles non écrites ne sont plus respectées désormais. Par exemple, à quoi ressemblerait la place de la Palud un jour de marché si des militants de chaque stand politique se lançaient dans de grandes harangues? Le stand qui s’est tenu sur la Riponne il y a quelques semaines avec des prêches au micro exposant les principes de la vraie foi est quelque chose qui ne fait pas partie de nos usages. Je voudrais que l’on puisse discuter de façon dépassionnée de ce qui est toléré ou non sur l’espace public. Il y a des chants religieux, par exemple ceux de l’Armée du Salut, dans la rue pendant la période de Noël. Mais voulons-nous entendre toute l’année des discours d’évangélisation? Il est évidemment difficile de poser des limites absolues, mais nous pouvons exprimer que nous attendons des groupes religieux une certaine réserve, celle que leur conseille d’ailleurs le centre intercantonal d’information sur les croyances.

Dans votre interpellation, vous faites quand même directement référence aux dérives sectaires...

Mon but c’est que l’usage accru du domaine public ne soit pas facilité, voire soit même rendu un peu plus difficile pour les organisations pratiquant de l’endoctrinement sectaire. Pour cela, il faudrait débattre des critères à appliquer, et ce n’est évidemment pas simple puisque la Suisse se refuse à catégoriser les sectes. Mais je ne vois rien de choquant à ce qu’une ville refuse l’usage du domaine public à un mouvement ayant déjà fait l’objet de dénonciations ou de plaintes.

Je souhaiterais personnellement un engagement plus fort des cantons ou de la confédération pour examiner les organisations religieuses et dénoncer clairement celles qui sont dangereuses ou de type sectaire. Au minimum, je souhaiterais que les organisations religieuses aient l’obligation de se présenter clairement comme telles. Il doit y avoir une certaine transparence.

Genève avait été désavouée par des tribunaux après avoir refusé les stands à caractère religieux. Ne craignez-vous pas le même traitement?

On reconnaît aux communes une certaine marge d’appréciation. Au final, les tribunaux peuvent toujours trancher. C’est exactement le même cas lorsqu’un permis de construire est demandé: la commune peut faire valoir des critères esthétiques et le cas échéant un tribunal tranche. Le cas de Genève nous apprend qu’interdire les stands religieux, c’est aller trop loin, mais cela ne doit pas empêcher les autorités communales de faire leur travail d’appréciation.

On pourrait même imaginer qu’une commune pose un acte politique. La municipalité de Lausanne lutte contre l’homophobie, le racisme et autres formes de discrimination. Sur cette base, elle pourrait refuser une autorisation de stand à une Église défendant un discours hostile à l’homosexualité. Ce serait une décision basée sur des critères objectifs que le mouvement en question serait libre d’attaquer en justice.