La fin du rêve universaliste d’Israël

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Le drapeau israélien devant la vieille ville de Jérusalem
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La fin du rêve universaliste d’Israël

Israël
L’influence croissante des ultraconservateurs et des nationalistes met en péril les liens de l’État d’Israël avec ses minorités et avec la diaspora.

Malgré un soleil omniprésent, juillet est apparu comme un mois bien sombre pour les Israéliens qui s’opposent aux religieux et aux nationalistes de la coalition formée par le Premier ministre Benjamin Netanyahou. En cause, l’adoption par le Parlement de la 15e loi fondamentale, un texte affirmant qu’Israël «est l’État-nation du peuple juif dans lequel il réalise son droit naturel, culturel, historique et religieux à l’autodétermination», sans un mot sur ce à quoi auraient droit d’autres communautés. Le document dit aussi qu’Israël s’investira dans ses relations avec le monde juif à l’étranger, sans un mot sur la manière dont l’État devrait préserver l’héritage des juifs en Israël même. Enfin, il annonce que l’idiome national est l’hébreu — exit l’arabe, qui se transforme en «langue spéciale».

Dictature de la majorité

En favorisant ainsi ses citoyens juifs, «Israël ne respecte pas tous les critères démocratiques, notamment la défense des minorités et l’égalité entre citoyens. La démocratie est pensée ici comme la dictature de la majorité juive sur la minorité non-juive», déplore Dan Avnon, professeur en science politique à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il craint à l’avenir une «aliénation politique et sociale des chrétiens, des musulmans, des druzes, qui mènera le pays au chaos». Un risque qui a mené des ministres israéliens à remettre publiquement en question le bien-fondé de cette loi à peine était-elle votée. Outrés, des milliers d’Israéliens ont montré leur soutien au 17,5% de leurs compatriotes arabes israéliens en se réunissant fin juillet à Tel-Aviv pour ce qui a été présenté comme «la plus grande leçon d’arabe du monde».

Le miroir populiste

L’avancée du nationalisme religieux israélien navre Dan Avnon, mais ne le surprend pas. Il rappelle que ce courant politique est né dans les années 1990 déjà, en réaction à l’humanisme qui imprégnait Israël sous l’influence de l’ancien premier ministre Itzhak Rabin. «Pendant un temps, les normes internationales, les décisions de justice et le travail des ONG ont fait barrage au nationalisme. Israël se préoccupait de son image dans le monde, mais le monde a changé. Il est toujours plus populiste, ce qui a permis à l’État hébreu d’exprimer son propre populisme avec décontraction», analyse ce spécialiste de philosophie politique juive. Le gel des forces humanistes en Israël a été précipité par des événements comme la Deuxième Intifada, l’arrivée du Hamas à Gaza et du djihadisme en Syrie et en Irak, ajoute-t-il

Une rupture dans le judaïsme

Outre la rupture avec les minorités non-juives, Israël risque aujourd’hui une deuxième scission: celle du judaïsme même. En le définissant et en l’élevant au rang de religion d’État dans sa 15e loi fondamentale, le gouvernement israélien satisfait l’orthodoxie juive qui fait déjà pression dans de nombreux domaines tels que le service militaire des femmes ou le strict respect de la casheroute, les lois alimentaires juives. Mais en agissant ainsi, Benjamin Netanyahou «se coupe de tous les mouvements réformés qui ne se reconnaissent pas dans la manière dont Israël définit le judaïsme», relève le professeur Dan Avnon. Or, ces mouvements sont majoritaires parmi les juifs des États-Unis, du Canada et de l’Australie dont le soutien est essentiel à Israël.