Martin Kopp, l'enthousiaste

Martin Kopp
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© Marc Rollmann
Martin Kopp

Martin Kopp, l'enthousiaste

Énergie
Comme chargé de plaidoyer pour la Fédération luthérienne mondiale, il a aidé différentes organisations religieuses à préparer la COP21 (1). Cela a transformé ce jeune protestant engagé, en militant expérimenté.

Après sa première journée à la COP21, il a failli «vomir… d’épuisement». Gérer son énergie, garder du temps pour se ressourcer et être efficace sur le long terme: c’est l’un des nombreux enseignements que Martin Kopp a retenu de son expérience auprès de la Fédération luthérienne mondiale (FLM).

Sa mission: «Traduire de grands énoncés théologiques en demandes politiques précises», explique-t- il. Ce qui nécessite de «connaître l’état de la science, le processus politique, et surtout de tisser des liens de confiance avec les négociateurs. Les meilleurs chargés de plaidoyer sont ceux qui ont quinze ans de vécu et de relations».

Traduire la Bible en mesures politiques n’est pas une trahison, précise-t-il, plutôt une humble audace. «On ne dit pas ‹la parole de Dieu demande de réduire telles émissions de 55 %›. Mais ‹nous en tant qu’Eglise, dans notre manière de comprendre la parole, demandons une réduction de 55 %», illustre-t-il.

Label inédit

Mais l’essentiel du job s’est joué ailleurs. «Il a fallu créer du lien entre des acteurs religieux internationaux et les institutions et religions françaises, hôtes locaux indispensables pour les événements devant se dérouler durant la COP21 à Paris.» Evidemment, on imagine les différences entre certains qui, comme le Conseil oecuménique des Eglises, travaillent le sujet depuis quarante ans, et d’autres pour qui «… c’est quoi le climat?», mime Martin dans un éclat de rire.

Le «croître» ne doit pas être laissé à l'économie

Il a donc fallu des discussions, des tonnes de pédagogie… On se dit que tout cela a dû avoir raison de la motivation et surtout de la patience du doctorant en théologie ? Pas du tout ! «Les déclarations interreligieuses comportent leurs limites, mais elles ont un poids symbolique considérable. Et puis j’ai vu une dynamique se mettre en place: entre-temps, le label oecuménique ‹ Eglise verte › (2) inédit, a réuni plus de 230 communautés en quelques mois...»

Pas de naïveté cependant: Martin Kopp sait que la parole des religions dans l’espace public est tolérée... selon les sujets. «On veut bien de nous tant que l’on apparaît comme alliés ‹progressistes» Et lorsque les positions sont «fondées et informées». Sur la question du climat, scientifique, les Eglises ont été irréprochables, affirme le jeune homme.

Quelle croissance?

Le militantisme n’a jamais été étranger au jeune homme – son père, le pasteur Pierre Kopp, a été l’un des acteurs-clés du mouvement Comprendre et s’engager, contre la montée du Front national. Et les convictions de Martin Kopp sont solidement ancrées. Le déclic ? Il l’a eu après un tour du monde en 2010 - 2011. En vivant auprès de nombreuses communautés traditionnelles – en Inde, en Amazonie, au Cambodge –, il est revenu convaincu de la nécessité de changer nos modes de vie tournés vers la croissance.

Ce concept, justement, il l’a placé au coeur de sa thèse de doctorat, qu’il vient de soutenir. «J’ai tâché de bâtir les prémices d’une théologie du croître. Je défends l’idée que la croissance peut être une catégorie théologique au même titre que le pardon, le péché, le royaume… La Bible offre un matériau immense, la croissance est un motif constant de la relation entre Dieu et le créé, dont les humains. Le ‹croître› ne doit pas être laissé à l’économie. Le fait de ‹croître› en Dieu est une bonne nouvelle, mais il faut donner du sens à cette notion: croissance oui, mais: de quoi, pour quoi, pour qui, comment, jusqu’où ?»

Changer

Une théorie que le jeune homme essaye désormais de mettre en pratique, en travaillant pour la campagne Living the Change organisée par l’ONG internationale GreenFaith (3). «On s’attelle à une des parties les plus difficiles de l’action climat: se changer soi-même et son mode de vie. On est entourés d’experts, de psychologues, de spécialistes du changement humain.» Le projet l’enthousiasme. A son niveau, il a presque supprimé les voyages personnels en avion, réduit sa consommation de viande et a choisi de ralentir. Son emploi, un temps partiel choisi, lui laisse le temps de présider la commission écologie et justice climatique de la Fédération protestante de France. Et de retrouver, deux fois par semaine, le club de foot auquel il est resté fidèle depuis son enfance. Une passion presque aussi solide que celle qu’il nourrit pour la planète!

 

1) COP21: Conférence mondiale sur le changement climatique, qui s'est tenue en 2015 à Paris. Un accord international sur le climat, applicable à tous les pays, est validé par tous les pays participants, fixant comme objectif une limitation du réchauffement mondial entre 1,5 °C et 2°C d'ici 2100.

2) www.egliseverte.org

3) www.livingthechange.net

Bio express

1987 Naissance.

2008 - 2010 Pasteur suffragant dans l’Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL).

2010 - 2011 Tour du monde.

2013 Délégué à la conférence de l’ONU sur le climat, COP19.

2014 - 2016 Chargé de plaidoyer pour la justice climatique pour la Fédération luthérienne mondiale lors des COP20 et COP21.

2018 Thèse de doctorat Croître en Dieu? La théologie chrétienne interrogée par la décroissance selon Serge Latouche, sous la direction de Frédéric Rognon.

Son défi 

«Faire du plaidoyer, c’est facile. Changer une collectivité, ou une communauté, c’est déjà plus complexe et lent. Mais se changer soi-même, placer ses actes en cohérence avec sa foi, c’est le plus grand défi.»