Rencontre: Noël Pedreira

© P. Bohrer
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Noël Pedreira est aumônier, il travaille pour l'armée suisse.
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Rencontre: Noël Pedreira

Armée suisse
Rencontre avec Noël Pedreira, 43 ans, marié, trois enfants. De confession catholique, il est le remplaçant du chef de l’aumônerie de l’armée suisse, responsable des secteurs recrutement et formation et care — aumônerie d’urgence.

Votre qualité principale? 

On me renvoie parfois l’image d’une personne à même d’écouter sans juger, de rejoindre son vis-à-vis là où il en est sur son chemin de vie, dans le respect inconditionnel de ce qu’il est… 

Les Églises et l’armée font-elles bon ménage? 

Nous tentons de poser les bases d’un partenariat renouvelé et approfondi avec les Églises catholique-romaine, réformée et catholique-chrétienne. A l’avenir, d’autres Églises et communautés religieuses pourraient rejoindre ce partenariat, si elles partagent nos principes. 

Ont-elles leur place à l’armée? 

Oui, à condition qu’elles saisissent les enjeux d’une armée qui est à l’image de la société suisse: largement sécularisée et déconnectée des institutions religieuses. C’est la crédibilité des aumôniers qui fait leur force, et non leur éventuelle étiquette de pasteur ou de prêtre… D’ailleurs, de plus en plus de membres de notre service ne sont plus des ecclésiastiques!

Que faites-vous concrètement?

En 2020, une grande partie de mes efforts se concentrent sur le recrutement et la formation des futurs aumôniers militaires. En novembre prochain, une trentaine de personnes – un record – devraient prendre part à notre stage de formation. Celui-ci se vivra avec les futurs membres du service psychopédagogique et du service social de l’armée. Sur la question de l’orientation sexuelle, l’armée semble ouverte.

C’est pourtant une institution rigide, non?

J’ai plutôt l’impression que l’armée dispose d’un coup d’avance sur la société… Si une personne est jugée physiquement et psychiquement apte pour accomplir sa mission, l’armée mettra tout en oeuvre pour que son intégration se déroule dans les meilleures conditions possible.

Comment cette ouverture est-elle perçue?

Cette ouverture suscite davantage d’étonnement à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’armée! Les décideurs et décideuses de l’armée que je croise régulièrement sont entièrement acquis•e•s à cette cause .

Quelles réflexions cela a-t-il suscité?

Il s’agissait de faire davantage connaître cette extraordinaire capacité d’intégration propre à l’armée et de signifier que oui, cette institution prend au sérieux la diversité de la société suisse et qu’elle la considère même comme une chance. D’où la création du service spécialisé Diversity Armée suisse.

Les Églises pourraient-elles s’en inspirer?

A votre avis? L’armée n’a pas hésité à confier de larges responsabilités au fils de migrants espagnols que je suis… En aurait-il été de même au sein de ma propre Église? 

L’aumônerie de l’armée recrute 

Le stage de formation pour les futurs membres de l’aumônerie de l’armée se déroule tous les deux ans. Longtemps réservée aux seuls ecclésiastiques des Églises historiques, une telle formation est désormais accessible à une plus large diversité de personnes. Enracinement spirituel, ouverture à l’autre, partage du quotidien des militaires et capacité d’écoute sont au coeur de l’engagement des aumôniers de l’armée. Infos: www.armee.ch/aumonerie.