
De l’horlogerie à la théologie
Dans son bureau, une ancienne horloge attend patiemment d’être restaurée. À la fin du mois d’août, Patrick Baud, pasteur répondant de la paroisse de Saint-Gervais, pourra enfin lui consacrer du temps. Car avant de devenir ministre, ce Genevois d’origine vaudoise exerçait le métier d’horloger-rhabilleur, une profession choisie presque par hasard, sous l’influence d’un oncle horloger. «Je suis entré à l’Ecole d’horlogerie en 1976, sans examen. En pleine crise horlogère, plus personne ne voulait exercer ce métier.» Une opportunité pour celui qui se voit volontiers comme un «cancre», qui le mènera chez Patek Philipp. Avec un collègue, il ouvre ensuite un atelier de fabrication et réparation de pièces de haute complication à Bienne. Il collabore avec une grande marque horlogère danoise, consacrant six mois à un an de travail à chaque pièce.
Mais quelques années plus tard, l’appel de la théologie se fait entendre pour celui qui a grandi dans une famille protestante «sur le passeport». Un ami pasteur l’encourage à tenter sa chance à l’université, où il est admis de justesse. Des années durant lesquelles il noue une relation inspirante avec Gabriel Widmer, son professeur de théologie systématique, qui sait faire des ponts entre théologies orientale – orthodoxe russe – et occidentale, de Calvin à Barth. Ce cursus l’amène à voir «la théologie non comme une science aboutie, mais comme une discipline à interroger, en fonction des terreaux et des autres disciplines». Cette conviction orientera sa manière d’exercer le ministère.
Ecouter le monde
«Ce que j’essaie de transmettre à mes paroissiens, ce ne sont pas des réponses toutes faites, mais des outils pour comprendre les questions, une manière de réfléchir, d’appréhender le présent, qui oblige à lire les journaux, à écouter ce qui se passe dans le monde», explique ce pasteur qui est également poète à ses heures et grand amateur de philosophie et de littérature russe. Il est détenteur d’un diplôme d’études approfondies sur le théologien russe Nicolas Berdiaev.
Aumônier et modérateur
Au fil des ans, Patrick Baud a été successivement pasteur en paroisse, aumônier à l’hôpital et modérateur de la Compagnie des pasteurs et des diacres. Autant de manières différentes, à ses yeux, de répondre aux exigences du ministère. «Il y a des moments plus prégnants que d’autres, mais certainement aucune routine dans ce métier où l’on est confronté jour après jour à des êtres humains avec leurs joies et leurs peines, leurs ambitions diverses.»
Depuis 2019, il exerce à temps plein à Saint-Gervais: il y a vécu la pandémie, qui a bousculé la vie cultuelle. Avec l’organiste Diego Innocenzi, il a imaginé de nouvelles formes de présence: méditations poétiques et cultes filmés, célébrations organisées simultanément dans plusieurs lieux. Patrick Baud s’est aussi lancé dans l’écriture de cartes postales: «J’en ai envoyé près d’un millier – comme un clin d’oeil – à des paroissiens et à des personnes que je ne pouvais plus voir.» Depuis, les projets n’ont pas manqué: sanglier grillé à la rentrée pour une centaine de personnes dans la cour de la paroisse ou plus récemment ce calendrier de l’Avent qui propose lectures, musiques, prières et temps de recueillement.
Amoureux de l’art et de la littérature
Avant de partir, Patrick Baud devra encore déménager les colonnes de livres qui se dressent partout dans son bureau. L’art et la littérature ne cessent de nourrir sa réflexion. Les tableaux de Giotto ou de Piero della Francesca sont pour lui autant de fenêtres ouvertes sur le monde, tandis que Dostoïevski est «le plus grand théologien». Il le relit intégralement chaque année. Dans quelques mois, Patrick Baud retrouvera du temps long pour l’écriture, mais aussi pour quelques travaux manuels.





