La Sagesse créatrice, action de Dieu au féminin

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© Laura Fournier

La Sagesse créatrice, action de Dieu au féminin

Pierrette Daviau
25 octobre 2019
Invitation
Le Livre des Proverbes (chap. 8, 22-236) présente la Sagesse à l’origine de la création du monde en partenariat avec Yahvé. Elle évoque elle-même son propre enfantement dès l’origine de la terre. Elle se décrit maître d’oeuvre aux côtés de Yahvé, se réjouissant de fréquenter les enfants des humains.

Dans ce texte du Livre des Proverbes, la Création est attribuée à la Sagesse, image féminine de Dieu. Elle éclate hors du sein de Dieu, lorsque après une éternité entière, elle existe avant les sources jaillissantes, avant les montagnes et les collines, car elle affirme: «quand il affermit les cieux, j’étais là» (Pr 8,27).

La Sagesse, ayant tout créé, demeure en toutes choses pour les contenir, les soutenir et les renouveler. Cette Sagesse créatrice se voit dans les différentes créatures de l’Univers. Sa tâche est d’enseigner le discernement et la responsabilité pour faire grandir le monde dans la justice et la responsabilité pour en faire un jardin où tous les êtres créés, humains, animaux, végétaux et minéraux, pourront vivre dans l’harmonie: «Et moi, je grandissais à ses côtés. Je faisais ses délices jour après jour, jouant devant lui à tout moment, jouant dans l’univers, sur sa terre, et trouvant mes délices avec les enfants des humains» (Pr 8,31-32).

Le pape François, dans Laudato Si , valorise une réunification de la science et de la religion à travers une spiritualité de la création, une écospiritualité, une manière d’interconnexion entre le sacré et tous les vivants. Importance donc de s’ouvrir au mystère. Cette spiritualité écologique invite à utiliser tout notre potentiel humain pour proclamer avec les créatures animées ou inanimées la puissance et la gloire infinie de la Sagesse créatrice. «Car voici que je crée de nouveaux cieux et une nouvelle terre. […] Réjouissez-vous plutôt et soyez dans l’allégresse à cause de ce que je vais créer» (Isaïe 65,17).

«Humains! C’est vous que j’appelle, je crie vers les enfants des humains. […] Toutes les paroles de ma bouche sont justes. En elles, rien de faux ni de tortueux. Procurez-vous ma discipline et non l’argent, le savoir plutôt que l’or pur. Car la Sagesse vaut mieux que les perles. Nul objet n’est aussi désirable.»
(Pr 8, 4-11)

Postérité

Les célébrations écospirituelles ou féministes mobilisent le corps, font appel à des gestuelles signifiantes; elles sollicitent les cinq sens par le chant, l’encens ou les parfums, la lumière des cierges et des visuels adaptés. Elles sollicitent la compassion, l’éveil de la conscience à l’interdépendance avec tout le Cosmos.

Le message pour aujourd’hui

Notre responsabilité envers l’avenir commence aujourd’hui et il nous invite à inventer un vivre-ensemble collectif, à établir des modalités de vie qui permettent à la Planète de survivre pour les générations à venir. Les petits gestes d’économie alternative que nous posons, non seulement pour économiser ou ne pas dépenser, visent à changer nos comportements de sur-consommateurs. Mieux gérer les ressources naturelles et matérielles pour adopter un style plus sobre et plus simple contribue à transformer ce qui entrave la communion. Ecoutons les cris de la Planète, la voix des pauvres et choisissons un style de vie moins énergivore pour préserver notre Terre, notre «maison commune» (pape François).

Pour aller plus loin

«Une spiritualité de la Création est cosmique. Elle est ouverte, elle cherche et elle est curieuse du Cosmos intérieur de chaque homme et de chaque créature comme du Cosmos extérieur, elle cherche l’espace entre les créatures, qui les unit toutes. Plus on approfondit son existence cosmique, plus on prend pleinement conscience de cette vérité que le Cosmos n’est ni intérieur ni extérieur, mais qu’il est un: nous sommes dans le Cosmos et le Cosmos est en nous» (Matthiew Fox, La grâce originelle, Montréal, Bellarmin, p. 83).

L’auteure de cette page

Pierrette Daviau, religieuse, Fille de la Sagesse, est professeure titulaire retraitée de l’université Saint-Paul, Ottawa, spécialiste de théologie féministe et d’écospiritualité.