
«Black Church»: quand le gospelraconte l’histoire afro-américaine
proposent une plongée dans l’histoire spirituelle, culturelle et politique afro-
américaine. Un spectacle à découvrir le samedi 30 mai à la cathédrale Saint-Pierre.
«Ce concert met en lumière des chansons qui racontent les épreuves vécues par les personnes de couleur, ainsi que la musique qui les a réconfortées, a porté leurs messages et exprimé leur colère, leur douleur, leur espoir et leur foi», explique Theresa Thomason. Fille de pasteur, l’artiste américaine a grandi au son des cantiques chantés dans son foyer du New Jersey. Depuis une trentaine d’années, elle met toute sa ferveur dans l’interprétation des musiques spirituelles noires américaines, donnant de nombreux concerts
Le spectacle proposé à l’occasion de la fête de l’Église a déjà fait l’objet d’une tournée il y a trois ans lors de la sortie en français de Black Church – De l’esclavage à Black Lives Matter, de l’historien américain Henry Louis Gates Jr, publié par Labor et Fides. L’ouvrage sera présenté avant le concert par le sociologue des religions Philippe Gonzalez.
Ce livre, dont le spectacle remanié reprend la playlist, retrace plus de cinq siècles d’histoire afro-américaine à travers le prisme du rôle joué par l’Église. «Fondée par les esclaves africains déportés dans le Nouveau Monde, l’Église noire a eu une influence énorme sur la culture. C’est à l’église que les héritiers de cet esclavage ont reçu une éducation: ils y ont appris à lire, à chanter et à devenir ainsi des talents musicaux», note Philippe Gonzalez.
Ferveur, guitares et rapport au corps
Dans ces communautés, des apports musicaux venus d’Afrique se sont mélangés à des éléments du cru, avec une ferveur, un rapport au corps qui va marquer le christianisme de manière transversale. Et la culture aussi. «Aujourd’hui, on ne peut pas penser le rock’n’roll sans le blues et le gospel.» Les premières guitares électriques ont été utilisées dans des cultes afro-américains, avant d’être récupérées plus tard par la culture blanche américaine. «L’histoire noire a été, à bien des égards, volontairement cachée, déformée ou attaquée. L’enseigner à travers la musique permet de la garder vivante et actuelle», ajoute Theresa Thomason. Des spirituals aux cantiques du mouvement pour les droits civiques, puis les grandes pages du gospel contemporain, avec des classiques comme Amazing Grace, Oh Happy Day ou Total Praise, le concert présente un véritable parcours musical.
Survie et résilience
Pour Theresa Thomason, le gospel est «la Bible mise en musique». Il parle de survie, de résilience et d’espérance. Chanter permettait de partager la souffrance, mais aussi de se rassembler et de communier. «Cette musique parle aussi de l’amour pour le Créateur», ajoute l’artiste.
Passionné par l’histoire des métissages musicaux sur le continent américain, le pianiste Samuel Colard participe à cette aventure musicale. Ce musicien de jazz connaît bien ce répertoire. «Les arrangements laissent une large place à l’improvisation, élément essentiel du gospel et de nombreuses musiques afro-américaines, du blues au jazz.»Au-delà de la musique, l’Église noire a aussi joué un rôle historique dans la lutte pour l’égalité. «De nombreux leaders du mouvement des droits civiques se sont formés dans ces communautés, à l’image du pasteur Martin Luther King», rappelle Philippe Gonzalez. Aujourd’hui, l’Église noire évolue face à la sécularisation et à l’émergence de mouvements comme Black Lives Matter, qui en reprend certains éléments tout en s’affranchissant de la question ecclésiale. Pour le sociologue, elle reste une source d’inspiration. «Elle nous montre qu’un christianisme minoritaire peut être très créatif et nous aider à imaginer d’autres manières de faire société, dans la mesure où il est capable de penser depuis les marges.» Le spectacle en donnera un aperçu à travers une expérience sensible.



