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L’humanitude portée à l’écran

 
1 min de lecture
Sorti dans les salles de cinéma le 12 août, le film « Soudain » met en scène une approche des soins et de l’accompagnement fondée sur le respect : l’humanitude. En quoi consiste-t-elle exactement ? Explications.

Réalisé par Ryūsuke Hamaguchi, le film « Soudain » suit la directrice d'un établissement pour personnes âgées, incarnée par Virginie Effira, qui tente d’introduire le concept de l’humanitude dans son équipe. Elle rencontre une metteuse en scène japonaise malade d'un cancer, avec qui elle aura de profondes discussions sur la vie et la fin de vie.

Mais en quoi consiste cette méthode ? « C’est une approche des soins et de l’accompagnement fondée sur le respect de la dignité, de la liberté et de l’autonomie de chaque personne », résume Mireille Bochud, directrice du seul cabinet de conseil agréé à diffuser les formations Humanitude® en Suisse. Aujourd’hui, son cabinet peut se prévaloir d’avoir formé plus de 50'000 professionnels de la santé en vingt ans et compte environ 80 établissements partenaires.

Précautions utiles

Plus précisément, la méthode vise la création d’un lien d’humanité avec les patients via le regard, la parole, le toucher et la stimulation de la verticalité (c’est-à-dire la bipédie). Ses concepteurs, les Français Yves Gineste et Rosette Marescotti, ont ainsi élaboré quelque 150 techniques de soin qui tiennent compte des besoins particuliers des individus en tant qu’êtres humains : parler, être regardé et touché avec respect, se tenir debout, etc.

Par exemple, le personnel soignant apprend à s’approcher des patients de face et non par le côté, en se mettant à leur niveau, pour éviter de les regarder d’en haut. Pour les soins qui nécessitent un toucher, il s’agit de solliciter leur autorisation en entrant progressivement en contact avec eux.

Ces exemples peuvent sembler couler de source. Pourtant, il est fréquent que le personnel n’ait pas le temps de prendre ce genre de précautions. Les soins doivent être réalisés le plus efficacement possible, et le contact humain passe au second plan. Dans une étude de terrain réalisée par Yves Gineste, le temps consacré à la communication verbale avec les patients grabataires n’excédait pas deux minutes en 24 heures.

Réactions défensives

À l’opposé, des chercheurs ont établi que lors d’un soin prodigué selon le concept de l’humanitude, il y avait 20 fois plus d’échanges visuels, par exemple. Résultat : les refus de soins et les comportements étiquetés comme agressifs de la part des patients diminuent de 90 %, la consommation de neuroleptiques est divisée par sept et le personnel s’épuise moins à lutter contre les phénomènes de résistance.

Dans le jargon médical, on parle de CAP, pour Comportements d’Agitation Pathologique : cris, insultes, opposition physique... Interprétés comme des réactions agressives par les professionnels ou l’entourage familial, ils sont le plus souvent défensifs. Par exemple, le patient dont les facultés cognitives sont altérées ne parvient plus à reconnaître les soignants, et les actes de soin sont faussement perçus comme menaçants. Typiquement, la saisie « en pince », consistant à le prendre par le bras, en entourant son poignet par une main, suscite de la peur.

Exemples véridiques

Dans la Méthode Gineste-Marescotti, le regard doit permettre de créer une connexion émotionnelle et de faire sentir à la personne qu’elle est reconnue. La parole sert à favoriser une communication claire tout en procurant un sentiment de valeur et de dignité. Le toucher est utilisé pour apporter du réconfort et de la sécurité, ainsi que pour renforcer le lien de confiance. Pour cela, les gestes de soin sont expliqués gentiment, avant et pendant. Enfin, la stimulation de la verticalité vise à prévenir les complications liées à l’immobilité et à maintenir l’autonomie physique : dans la philosophie de l’humanitude, toute personne a le droit de vouloir « vivre et mourir debout ».

Quant aux rituels de soin, ils sont censés offrir des soins prévisibles et confortables, qui respectent les habitudes de vie, comme en témoigne la directrice d’un établissement médico-social neuchâtelois. C’est une histoire vraie. À son arrivée dans l’établissement, un pensionnaire fait des insomnies toutes les nuits. Les soignants discutent avec lui pour savoir pourquoi il est si agité au moment de dormir, et ils apprennent que sa femme est morte dans un incendie survenu au cours d’une nuit. Ils décident de ne pas lui donner de somnifères le soir et de le laisser se reposer la journée. À partir de là, le calme revient dans le home…

Autre exemple : une personne âgée à risque de chute est autorisée à se déplacer librement dans l’établissement, sous la surveillance du personnel. La direction a tout d’abord discuté de la question avec ses enfants, qui ont décidé que la liberté de leur maman était plus importante qu’un sentiment de sécurité procuré par une forme de contention.

Un peu d’histoire

Anciens professeurs d’éducation physique et sportive, Rosette Marescotti et Yves Gineste ont commencé par assurer des cours de manutention des malades dans le cadre de la formation continue, avant de créer, en 1985, un organisme dédié et spécialisé dans les domaines du soin.

Passant d’une approche ergonomique de la manutention des malades à une approche humaniste, ils ont développé une approche verbale et non verbale de la manutention, avec notamment une théorie de l’aide à la marche au moyen de signaux non verbaux.