Spiritualité partout, liberté nulle part

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Camille Andrès
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Spiritualité partout, liberté nulle part

Edito
Une spiritualité sur mesure plutôt qu'un enracinement religieux? Édito de Camille Andrès, en lien avec le dossier du mois sur la spiritualité.

Le XXIe siècle sera celui… du « burnout spirituel », c'est ce qu' a prédit le moine bouddhiste et champion d’apnée Loïc Vuillemin, lors d’une conférence donnée à Nyon en septembre dernier. Bientôt, nous serons angoissés de rater notre séance de yoga énergétique ou de ne pas réussir à méditer dix minutes par jour, comme toutes les rubriques santé et bienêtre des magazines le recommandent aujourd’hui.

Clairement, la spiritualité est devenue une tendance de fond, comme nous le décryptons pour vous dans ce numéro de Réformés. L’hyperrationalité, le poids du libéralisme économique extrême de notre époque, et son corollaire, l’individualisme exacerbé, y sont évidemment pour quelque chose. D’ailleurs, cette culture imprègne aussi la manière dont nous investissons, aujourd’hui, le champ spirituel. Il faut tout, tout de suite, sans effort. Le cheminement d’un moine zen, expliquait Loïc Vuillemin, requiert des années de pratique pour parvenir – peut-être – à un moment extatique d’élévation, de vision, de quiétude.

Aujourd’hui, lui-même reconnaît être arrivé à cet état en quelques entraînements d’apnée… Les «nouveaux chercheurs spirituels» sont en quête d’émotions et d’expériences immédiates. Tout ça pour quoi? «Méditer ne sert strictement à rien», rappelle toujours avec humour notre moine apnéiste. Sur quels critères peut-on affirmer que l’on s’est réalisé spirituellement? Affronter autrement des obstacles, ou ne même plus considérer qu’il puisse y en avoir? On ne mesure pas la liberté intérieure. Mais on peut reconnaître le chemin parcouru pour y parvenir.