Scout un jour, spirituel toujours

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Scout un jour, spirituel toujours

23 décembre 2019
La spiritualité fait partie des fondements du scoutisme. Zoom sur la situation vaudoise, alors qu’un nouveau groupe scout chrétien rejoint l’association du scoutisme vaudois.

Loutre, mangue ou pélican, ils portent un foulard sur les épaules et se serrent la main gauche. Et ça dure depuis un siècle. Si l’on reconnaît facilement les scouts lorsqu’on les croise le week-end, le plus souvent en forêt, on ignore souvent que la relation au spirituel fait partie des buts de ce mouvement qui vise un développement global de la personne.

À la relation à sa personnalité, à son corps, aux autres et à son environnement, le Britannique Robert Baden-Powell y appondait la relation à Dieu, comme cinquième but du mouvement qu’il initiait en 1907. Mais en cent ans, la société a changé et le scoutisme n’a pas échappé à la sécularisation. Aujourd’hui, on parle de relation au spirituel. Celle-ci vise une réflexion sur les valeurs et le sens de la vie chez les jeunes qui se confrontent à leurs croyances, souvent religieuses, dans le respect de celles des autres. Dieu ne fait donc plus partie de l’appellation officielle, mais les groupes chrétiens n’ont pas abandonné leur foulard. En novembre dernier d’ailleurs, le groupe scout Menthue a intégré l’Association du scoutisme vaudois (ASVd), qui compte désormais trente-quatre groupes dont la majorité est laïc.

Chrétiens mais indépendants

«Il est essentiel de faire partie de l’association. Nous ne voulons pas rester à l’écart. La rencontre avec d’autres groupes scouts est un enrichissement», lâche Thierry Baldensperger, aumônier du groupe Menthue et pasteur de l’Église réformée vaudoise (EERV). Le groupe a donc peaufiné ses statuts en vue de son adhésion. «Les groupes doivent être indépendants de toute institution, Église comprise. Ils sont d’abord des scouts. La spiritualité doit être envisagée de façon ouverte, car il n’y a pas qu’une seule et unique vérité», explique Alizée Müller coresponsable cantonale de l’ASVd et fondatrice des Flambeaux de l’Évangile de Grandson. Concrètement? «Les groupes confessionnels doivent jouer la carte de la transparence, leurs statuts sont d’ailleurs relus par le Mouvement scout de Suisse. Pour préparer leur candidature, des rencontres avec les responsables cantonaux et le Bureau de l’ASVd, qui assistent notamment à certaines des activités, sont organisées. Mais au final, la décision revient aux membres de l’association», poursuit-elle.

Le groupe Menthue ne fait donc pas partie de l’EERV, mais revendique son cadre réformé. Il dispose du soutien notamment logistique de plusieurs paroisses, sans compter que bon nombre des responsables du groupe y sont rattachés. Pour l’aumônier fraîchement nommé, responsable du pan spirituel, tout reste à faire. «Je ne suis pas là pour faire un travail de pasteur en paroisse. L’ouverture spirituelle est constitutive du scoutisme, autant qu’elle l’est des réformés. Nous encourageons les jeunes à entamer une réflexion sur leurs valeurs, comme leur responsabilité face à la nature. Et ceci autant en se penchant sur des textes de différentes traditions religieuses que philosophiques. C’est un défi, car si la spiritualité connaît un retour dans notre société, elle ne passe plus uniquement par la porte des Églises, mais par d’autres canaux, comme la méditation par exemple.»

Logée à la même enseigne, la brigade des Flambeaux de l’Évangile, groupe confessionnel de tradition évangélique, est indépendante, mais soutenue par plusieurs Églises, représentées au sein des comités des groupes. Elle compte seize groupes en Suisse romande, dont huit membres de l’ASVd, depuis cinquante-cinq ans.

Jouer la transparence

La brigade revendique son ancrage biblique, un fondement sur lequel elle ne pliera pas. Et ce sont lors des «cercles de feux», temps d’animation spirituelle, qu’est dédié un moment de partage autour de Dieu. Mais pour Joël Hächler, chef de brigade des Flambeaux de l’Évangile, la différence entre les groupes laïcs et confessionnels reste minime. «Notre confession de foi est au cœur de notre façon de faire du scoutisme: vivante et authentique, appuyée sur la Bible, dont nous cherchons à transmettre le message. Mais la priorité reste de faire du scoutisme. Comme dans une famille, chaque membre est différent. Nous respectons ces différences, contrairement à la société qui tente de les gommer via la tendance à la laïcité. Ainsi, si la majorité des Flambeaux sont évangéliques et donc fidèles à la Parole de Dieu, nous avons à cœur de rester membres de l’ASVd, de faire partie d’un groupe et donc du monde. La Bible nous appelle aussi à cela», détaille Joël Hächler. «Et nous encourageons les responsables à fréquenter une Église afin qu’ils reçoivent un apport théologique.»

La transparence est aussi de mise: «Notre foi est affichée sur notre chemise, mais aussi dans notre nom, encore que les gens ne savent plus ce que veut dire le mot "Évangile"», continue-t-il.

Un terrain de spiritualité

Pas de catéchisme ou de prosélytisme, mais une ouverture revendiquée, même si dans les rangs de la brigade des Flambeaux de l’Évangile et du groupe scout Menthue, la majorité des jeunes est acquise à la cause. Et le terrain reste propice à la spiritualité. Passer une journée ensemble dans la nature et rester soudés malgré le froid et la fatigue relève de l’expérience pour les jeunes scouts.

Adhérer à l’ASVd offre également aux responsables la possibilité de suivre des formations Jeunesse et Sport, programme de la Confédération. «Ce partenariat est gage de qualité et de sécurité. C’est la possibilité de travailler toutes ces questions en amont et au sens large, de les tester entre les moniteurs et chefs de groupe et de les débriefer», éclaire Alizée Müller. Les groupes partagent donc les valeurs du scoutisme, telles que le respect, la collaboration et la remise en question, sur lesquels ils travaillent, mais il n’y a pas de spiritualité commune au mouvement. «L’ouverture spirituelle est nécessaire, pour permettre à toutes ses formes d’être intégrées. Il est donc logique qu’on ne parle plus de relation à Dieu», poursuit la responsable cantonale. Quant à la Promesse scoute, qui marque l’engagement du jeune devant ses pairs à la loi et aux valeurs scoutes, elle se fait toujours «sur l’honneur», mais «avec la grâce de Dieu», seulement pour ceux qui le souhaitent.