
A Caux, 80 ans d’engagement pour la réconciliation
‘Réarmement moral’. C’est le nom désormais un brin désuet sous lequel on connaissait le mouvement. S’il est rebaptisé ‘Initiatives et changement’ en 2001, sa mission, elle, reste : « réarmer » la paix par la spiritualité et inspirer une bonne gouvernance, ainsi qu’une économie juste et durable. Cette année, le mouvement fête huit décennies d’implantation à Caux, dans les hauteurs de Montreux. C’est là qu’Andrew Stallybrass s’en est approché. C’était en 1967. Depuis lors, ce double-national britannique et suisse n’a cessé d’œuvrer au sein de l’ONG. Il a géré ses conférences annuelles, il a accompagné des projets, il a dirigé la maison d’édition du mouvement, il est aujourd’hui membre de son conseil de Fondation… A Caux, ce prédicateur laïc de l’Église protestante de Genève – maintenant actif dans la paroisse vaudoise de Montreux – dit avoir « trouvé un sens à mon engagement chrétien : la recherche d’une base commune pour bâtir la société de demain ».
Mais pourquoi le ‘Réarmement moral’ acquiert-il, en 1946, le Caux Palace, alors fermé à sa clientèle de villégiature depuis la guerre ? Le mouvement avait été fondé huit ans plus tôt par un pasteur luthérien américain, Frank Buchman. « Cette localisation a deux avantages, plaide Andrew Stallybrass : la Suisse est un pays neutre et le gouvernement fédéral a beaucoup soutenu le mouvement dans ses démarches diplomatiques de pacification à l’international. »
Incubateur de vocations
Des élites de tous bords convergent en masse au Caux Palace durant la Guerre froide, pour assister à ses conférences annuelles ou à d’autres rencontres, portées essentiellement par des bénévoles. Mais plutôt qu’un lieu d’activisme, Caux se comprend surtout comme un « lieu d’éveil » pour les personnes : « Les changements au niveau mondial prennent des décennies, voire plus, commente notre guide. Mais chaque personne peut être actrice de l’amélioration du monde, à sa manière et à sa place. Et chacune doit trouver sa voie pour cela. A travers les échanges que Caux permet, ‘Initiatives et changement’ voudrait donc être un incubateur de vocations. »
Celui qui s’active à Caux depuis des décennies est intarissable sur les histoires personnelles qui ont émaillé les rencontres dans ce lieu : celle de cet ancien parlementaire australien qui, en 1953, découvre dans ce havre de paix la nécessité de s’engager pour redonner dignité aux aborigènes de son pays ; ou la rencontre entre la mère d’un jeune Sud-Africain tué durant l’apartheid et un milicien libanais, qui mesure le poids de ses méfaits au contact de cette dernière, mais découvre qu’il peut « repartir en homme libre ». « C’est l’essentiel de ce qu’on vit dans cet endroit : non pas des discours, mais permettre à des âmes de se rencontrer pour pouvoir repartir libres. »
Rencontrer l’étincelle chez l’autre
Car, dès l’origine, le mouvement comportait une dimension spirituelle. « Le fondateur croyait à la présence de l’Esprit dans le cœur de chaque individu. Il cherchait à rencontrer cette étincelle. Mais sans aucune intention missionnaire : notre devoir est d’aimer, non pas de convertir l’autre à soi ! » Et cette attitude, reprend Andrew Stallybrass, comporte un versant pratique : « C’est la justice commune qu’il faut rechercher pour esquisser des solutions globales. On ne peut jamais les trouver en s’efforçant de venir à bout de nos ennemis ! »
Ce qui n’a pas empêché la Fondation de Caux de recevoir des critiques récurrentes : on lui a en particulier reproché son conservatisme politique et son combat anticommuniste durant la seconde moitié du 20e siècle. Des jugements pas toujours infondés, reconnaît Andrew Stallybrass, qui tempère pourtant : « On a toujours du mal avec les mouvements qu’on ne peut pas étiqueter et classer. » Et d’ajouter qu’aux USA le mouvement a parfois plutôt été considéré comme « socialisant », voire « communisant » en raison de sa critique du libéralisme économique…
Dans le contexte actuel, ‘Initiatives et changement’ garde sa pertinence, croit Andrew Stallybrass : « Mais nous n’avons pas à défendre ‘notre’ projet ; il s’agit toujours de favoriser l’éveil de vocations, de responsabiliser les personnes, pour qu’elles deviennent actrices du devenir du monde. »
Un été au Caux Palace
Une saison complète d’événements rythme l’été des 80 ans de la Fondation de Caux. Les festivités commencent par une célébration du solstice, le 21 juin, réunissant des voix issues de traditions spirituelles, humanistes et citoyennes ainsi que des moments de chant, de contemplation et de partage. Autre temps fort, les jours suivants, le Caux Forum, du 22 au 26 juin, consacré au thème « Réimaginer la (les) démocratie(s) ». Une journée de découverte du Caux Forum, consacrée au développement intérieur, se tiendra le 13 juillet. Juste deux mois après, à l’occasion des journées du patrimoines, le Caux-Palace ouvrira ses portes au public.
Programme complet et informations : https://www.iofc.ch/fr/nos-evenements



