
Reconnaître les fleurs dans le désert
"Pour mon mémoire de master, j’ai étudié la représentation du futur dans la science-fiction. Autant vous dire que c’est négatif!» explique Sophie Maillefer. «Quand on travaille à l’avenir de l’humain, il y a une dimension critique du présent ou du passé. C’est une dénonciation: on imagine le futur comme conséquence du présent. Ce qui est très intéressant, c’est que les auteurs bibliques faisaient exactement la même chose!» «Les futurs bibliques et imaginaires ont en point commun de vouloir susciter un changement», analyse la théologienne. «C’est peut-être ce qui distingue un simple divertissement d’une grande oeuvre: cette capacité à transformer.» Et c’est dans ce mouvement que Sophie Maillefer voit l’espérance: «Elle change le rapport que l’on a au monde aujourd’hui, ici et maintenant. L’espérance ne consiste pas à vendre des promesses pour demain, mais à ouvrir des ‹ possibles › dans la situation actuelle, permettant de rester debout malgré l’adversité.»
Reconnaître les victoires du Christ
«Nos cultures ont été influencées par le christianisme. Mais on a tout gardé du logiciel chrétien, sauf l’espérance!» regrette-t-elle. «Et n’est-ce pas justement le rôle des chrétiens de réaffirmer une espérance, même dans les temps de crise? C’est selon moi l’enjeu spirituel actuel, en tant que communauté d’espérance», résume Sophie Maillefer. «Parfois, l’espérance, c’est simplement retrouver la capacité à reconnaître ce qui est déjà là de la victoire du Christ, de la présence de Dieu sur terre, de ce qui est bon et beau dans ce monde. Cela permet de trouver les forces de se dire: ‹ OK, il y a des choses qui ne sont pas encore là, mais mon travail, c’est de les faire advenir et de conserver l’idée que c’est possible.» «Il ne faut pas être naïf non plus. Il nous arrive de vivre des temps de crise sans recevoir de réponse. Mais même là peut naître l’espérance qu’une autre vie sera possible pour d’autres, qui viendront ensuite. L’espérance alimente aussi cette notion de sens du sacrifice», complète-t-elle. «Croire que la graine plantée peut germer.»
Une espérance communautaire
En tant que pasteure, elle souhaite porter en communauté cette espérance. «Mon travail est de témoigner de là où je vois que l’Esprit saint est à l’oeuvre, de reconnaître là où des fleurs sont présentes dans le désert. Il y en a beaucoup plus que ce que l’on pense», se réjouit-elle. «Pour moi, la foi est ce qui doit nous permettre de tenir debout et de traverser ‹ l’adversité ›. C’est pour cela que la dimension collective est si importante: certaines fois, ce n’est pas possible de voir ces éléments positifs en étant seul, et parfois, c’est nous qui aidons d’autres à les voir.»
«C’est ainsi que l’espérance ne m’apparaît pas comme une thématique chrétienne abstraite, mais comme une pratique concrète nourrissant la vie spirituelle et le travail intérieur.» Pour l’aider dans cette démarche spirituelle, Sophie Maillefer aime s’appuyer sur des ressources d’autres confessions chrétiennes, découvertes durant son travail de mémoire: «Les réformés, et peut-être une grande partie des protestants, ont de la peine à témoigner du fait que de l’humanité, il peut ressortir autre chose que du péché. Les anglicans et les orthodoxes m’ont aidée à trouver une posture plus universaliste et peut-être à réaliser qu’il peut aussi y avoir un bout de ciel sur terre. Nous tombons vite dans le même travers que la science- fiction, qui ne fait que dénoncer les travers de l’humanité.»
Pour aller plus loin
• L’Art de la science-fiction, Marc Atallah, ActuSF, «Les collections de la Maison d’Ailleurs», 2016.
• Les Pouvoirs de l’enchantement, Anne Besson, Vendémiaire, 2021.
• Le Film qui avait tout prédit, Benjamin Patinaud, sur YouTube (Bolchegeek). www.re.fo/predit
Autres ressources: www.reformes.ch.



