9/11 : Tensions entre libertés d'expression et religieuse

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9/11 : Tensions entre libertés d'expression et religieuse

10 septembre 2010
Sur un campus aux Etats-Unis, une théologienne protestante discute avec une de ses élèves musulmanes. Elles évoquent les sentiments anti-musulmans en Suisse, en Europe, aux Etats-Unis, neuf ans après la chute des Twin Towers à New York.

Chronique par Muriel Schmid*

K* (nom connu de la rédaction) est l’une de mes étudiantes à l’Université de l’Utah. Originaire du Tchad, elle a passé son enfance en Egypte avant d’atterrir à Salt Lake City avec sa famille. Comme elle parle couramment le français et l’arabe, elle a logiquement abouti dans notre département de langues et littérature. K. est musulmane et comme de nombreuses étudiantes sur le campus elle porte le hijab ; elle est pratiquante et très active dans sa mosquée.

À la fin du mois de novembre 2009, elle est arrivée dans mon bureau en s’exclamant, « Que s’est-il donc passé en Suisse ? Je ne comprends pas ! Le peuple a voté une loi qui interdit la construction des minarets ; j’imaginais la Suisse différente ! » On a discuté, je lui ai expliqué le fonctionnement de la démocratie directe en Suisse. Nous avons aussi évoqué la France et son débat sur la burqa. L’Europe va-t-elle donc devenir de plus en plus hostile aux communautés musulmanes ?

Matériel brulé dans le Tennesse

L’autre jour, K. est venue me voir pour parler de grammaire française. Après avoir décortiqué les verbes pronominaux, je lui demande si elle a suivi les dernières actualités. CNN, NPR (National Public Radio) et autres médias parlent de la montée de sentiments anti-musulmans dans de nombreux états américains. Nous échangeons quelques mots sur l’histoire la plus récente : outre le débat continu autour de la construction de la mosquée près de Ground Zero, on a brûlé du matériel destiné à la construction d’un centre islamique dans une petite ville du Tennesse, au sud-est de Nashville !

Deux jours plus tard, un autre débat vient faire la une : un pasteur illuminé de Floride annonce qu’il va célébrer la commémoration de 9/11 en brûlant des exemplaires du Coran. L’opinion nationale et internationale est unanime : c’est un acte intolérant et provocateur ! Le 11 août dernier au moment de commencer le Ramadan, les communautés musulmanes de divers états américains faisaient un effort d’ouverture afin de combattre une hostilité croissante à leur égard. Le Ramadan s’est terminé le 9 septembre, l’ouverture ne semble pas avoir eu beaucoup de partisans.

Depuis une semaine environ, je reçois chaque jour un ou deux courriels provenant de divers groupes (entre autres, Interfaith Youth Core et Churches for Middle East Peace) qui cherchent à sensibiliser la population aux dangers que représente cette montée d’intolérance ; il faut s’unir pour lutter efficacement contre la bigoterie, le manque d’information, la démonisation, les malentendus, la violence, etc.

Tension entre liberté d'expression et religieuse


Un problème surgit constamment aux Etats-Unis : alors même qu’on s’efforce de promouvoir la tolérance religieuse, la liberté d’expression demeure sacro-sainte. Cette ambivalence est profondément ancrée dans la culture américaine.

Dans un cours consacré au rapport entre religion et conflit, j’ai demandé à mes étudiants si brûler le Coran représentait un acte de violence religieuse et ils ont tous réagi en disant : « oui, peut-être, mais on ne peut en aucun cas l’interdire ! »

La démocratie américaine a ses travers. L’un d'entre eux se manifeste dans une dichotomie occasionnelle entre légalité et éthique, droit et responsabilité.

Les journalistes et intellectuels du pays citent Thomas Jefferson et sa farouche dénonciation de toute forme d’intolérance religieuse ; mais que pouvait-il bien prévoir de cette complexité identitaire propre à l’Amérique du XXIe siècle ? Sa sagesse a-t-elle encore cours face aux fanatismes de tous bords ?

REPERES :

Muriel Schmid

Apprécie pleinement l’expérience d’une vie partagée entre l’Europe et les États-Unis

Souhaiterait consacrer la moitié de son temps à du bénévolat sous diverses latitudes

Rêve d’être vraiment polyglotte

Trois romans au hasard : Irène Némirovsky, Suite française, Virginia Woolf, To the Light House, Marguerite Duras, Le marin de Gibraltar.

" Le secret le mieux gardé du Mal c'est qu'il est informe : le modeler c'est tomber dans le premier piège qu'il nous tend. " Nicolas Bouvier

  • Née en 1965 à Genève
  • Licence en théologie en 1989
  • Consécration pastorale dans l’Église réformée de Fribourg en 1990
  • Doctorat en théologie en 1998
  • Déménagement officiel aux Etats-Unis en 2004
  • Découverte de la Palestine en 2010
    FAUT PAS CROIRE

    L'émission de la Télévision suisse romande "Faut pas croire" revient sur le projet de mosquée sur le site de Ground Zero: New York: une mosquée en terre sacrée. Première diffusion samedi: 13h10 sur TSR1.