L'art de la filiation

© Xavier Voirol
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Didier Nkebereza
© Xavier Voirol

L'art de la filiation

Interview
Le metteur en scène genevois Didier Nkebereza reprend la tête de la salle de spectacle des Terreaux à Lausanne. Il lève le voile sur sa première saison.

Quelle est la particularité de cette première saison?

DIDIER NKEBEREZA Le nombre de femmes au programme! La pièce «Pour l’amour de Simone», par exemple, nous plonge dans les lettres d’amour de Simone de Beauvoir et «Wild West Women» raconte l’histoire de trois femmes en quête de liberté. Les femmes sont sur les planches et à la mise en scène. En tant que fils de féministe, cette thématique me touche. Je n’ai pas fait l’impasse non plus sur la liberté d’expression, chère à la tradition protestante et qui me tient à cœur. Ainsi, des personnalités polémiques comme Me Bonnant ou moins consensuelles comme le théologien Pierre Gisel trouvent leur place. La scène sert à donner la parole à tout le monde. Les sujets d’actualité de la migration ou de l’écologie sont aussi mis en avant. La mission des Terreaux est aussi de répondre à l’actualité, comment la religion se positionne sur des questions du quotidien. Mais, pour moi, ces thématiques ne sont pas actuelles ou à la mode, elles sont vitales.

Sont-elles aussi vitales que la littérature?

Au programme, on trouve des auteurs tels que Chessex, Voltaire, Cendrars ou encore Vian. C’est un engagement politique et esthétique de ma part. Je ne crois pas à un théâtre sans auteur. Le théâtre ne doit pas être victime de la mode. Les grands auteurs doivent sans cesse être réinterrogés, au même titre que les textes de la Bible. C’est en interrogeant nos origines que la modernité a du sens.

La spiritualité a donc toujours sa place aux Terreaux?

L’idée d’allier culture et spiritualité, c’est ce qui m’a plu dans ce lieu. Si le Conseil de fondation des Terreaux m’a donné carte blanche, je ne m’inscris ni dans une volonté de rupture ni de révolution, mais bien de filiation. L’art est au service du public et de son plaisir. Pour concocter cette saison, je suis donc allé rencontrer les gens sur le terrain et j’ai adopté ce qu’ils plébiscitaient. Ainsi, le public assistera à La nouvelle revue de Lausanne.

Un pari osé?

Une opportunité extraordinaire de soutenir un projet réussi, mené par des jeunes. On renoue avec la tradition de la revue paroissiale. Si la religion a parfois eu un problème avec le rire, il y a toujours eu une demande de la part des croyants. Il y a peut-être quelque chose qu’on ne retrouve pas au culte. Et depuis quinze ans, les spectacles d’humour cartonnent aux Terreaux.

A l’automne, ces découvertes se feront non plus à l’Espace, mais au Centre culturel des Terreaux, pourquoi?

Plus qu’une coquetterie de directeur qui pose sa patte, c’est surtout pour dire que j’ai envie de rassembler, car un centre est justement un lieu qui rassemble. J’aime le théâtre classique, qui doit plaire à la cour comme à la ville.

Demandez le programme 

Programme complet et billetterie en ligne (billets individuels et abonnements) dès le 15 septembre sur www.terreaux.org