Les Terreaux confessent Jacques Chessex

©Xavier Voirol
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Le comédien Frédéric Landenberg interprète le pasteur Burg
©Xavier Voirol

Les Terreaux confessent Jacques Chessex

10 octobre 2019
Dix ans, jour pour jour après la mort de Jacques Chessex, le Centre culturel des Terreaux, à Lausanne, a ouvert sa nouvelle saison avec «La confession du Pasteur Burg», en mémoire de l’écrivain vaudois.

Le 9 octobre 2009, l’écrivain vaudois Jacques Chessex s’effondre en pleine conférence publique sur son œuvre «La confession du Pasteur Burg», à Yverdon-les-Bains. Victime d’une crise cardiaque, il décède à l’âge de 75 ans. Dix plus tard, jour pour jour, cette même pièce a fait l’ouverture de la saison 2019-2020 du Centre culturel des Terreaux, à Lausanne, devant une salle comble. Une première pour la capitale vaudoise que l’on doit à Didier Nkebereza, le nouveau directeur des Terreaux. Cet homme de théâtre qui a adapté «La confession du Pasteur Burg» en 2006 pour la scène était lui-même présent lors de la mort de Jacques Chessex.

«J'ai lu ce texte à l'âge de 18 ans et il m'a fait l'effet d'une bombe. J’ai toujours su que j’allais en faire quelque chose», se rappelle Didier Nkebereza qui souffle même être devenu possessif avec cette œuvre. «La confession du Pasteur Burg» raconte l’histoire d’un pasteur vaudois consumé par sa ferme intention de purifier l’âme de ses paroissiens et sa passion pour sa jeune catéchumène Geneviève. «Je suis continuellement attiré par les contradictions entre raison et passion. Avant d’être l’histoire d’un pasteur, c’est le récit d’un amour entravé. De plus, les questions autour du fondamentalisme religieux que soulèvent ce texte sont complètement actuelles», explique le directeur des Terreaux. Seul sur scène, le comédien Frédéric Landenberg s’empare avec intensité de ce personnage torturé. Une seconde représentation aura lieu dimanche 13 octobre, à 17h.

Une œuvre blasphématoire?

Un pari osé pour le Centre culturel des Terreaux, un espace qui dépend de l’Église évangélique réformée vaudoise, alors que la pièce a été jugée blasphématoire lors de sa publication en 1967? «Toute l’œuvre de Chessex est placée sous le regard de Dieu. Cet auteur a placé la Bible au centre de son travail et Dieu au-dessus. Il a complètement sa place aux Terreaux.» D’ailleurs, Didier Nkebereza consacre tout un festival au seul Prix Goncourt suisse. Jusqu’à dimanche 13 octobre, plusieurs événements commémoreront le travail de l’écrivain. Notamment, une plaidoirie entre Me Bonnant et Me Hayat autour de la question: faut-il rebaptiser la rue des Terreaux du nom de Jacques Chessex? «Les Vaudois ont une relation compliquée avec cet auteur, notamment car il dresse leur portrait. Certes, c’était un être excessif. Mais le temps a passé et le personnage va peu à peu disparaître. Seule l’œuvre restera», estime Didier Nkebereza.

Le festival accueillera également, vendredi, la première du film «Jacques Chessex, écrire devant l’éternel» réalisé par le fils cadet de l’auteur. «Nous organisons aussi un café témoignage, dimanche 13 à 19h. Toutes les personnes qui ont connu Jacques Chessex de près ou de loin sont invitées à venir en parler», ajoute le directeur.

Un théâtre qui rassemble

Une première saison qui commence en force à «l’Espace» culturel des Terreaux qui a changé de nom dans la foulée. Désormais, c’est un centre. Une coquetterie de la nouvelle direction? «Plus qu'un espace, un centre rassemble. Et la difficulté de ce lieu est justement de réunir des personnes de différents horizons. De plus, dans l’art de la scène aujourd’hui, une certaine hiérarchisation des lieux place l’espace en dessous du centre», explique le directeur. Le théâtre a également bénéficié de plusieurs rénovations. Redécouverte des vitraux qui avaient été cachés, exit la moquette et création d’un bar. «En 2004, l’ancien directeur Jean Chollet avait dû transformer cette église en théâtre. Moi, j’ai la chance de pouvoir faire réapparaître le côté église de ce petit Montmartre lausannois», se réjouit Didier Nkebereza.

Programme du festival

10 octobre: Chessex et la Bible, une rencontre proposée par Serge Molla, à 19h.

11 octobre: Projection du film «Jacques Chessex, écrire devant l’Éternel», à 20h

12 octobre: Le procès Chessex– plaidoirie sur scène, à 20h

13 octobre: «La confession du pasteur Bourg», à 17h, suivi d’une rencontre avec l’équipe artistique. Et café-témoignage à 19h.