Comment pasteurs et prêtres préparent-ils leur copie pour Noël?

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Alors que leurs rangs sont souvent bien clairsemés tout au long de l’année, les Églises continuent de faire le plein au soir du 24 décembre.
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Comment pasteurs et prêtres préparent-ils leur copie pour Noël?

24 décembre 2019
À la campagne ou à la ville, dans une cathédrale ou une toute petite paroisse, comment les hommes et femmes d’Église abordent-ils cette célébration si particulière, qui réunit pour l’occasion fidèles et visiteurs d’un soir. Enquête aux quatre coins de la Suisse romande.

Alors que leurs rangs sont souvent bien clairsemés tout au long de l’année, les Églises continuent de faire le plein au soir du 24 décembre. A la cathédrale de Genève, ce ne sont pas moins de 1000 personnes qui sont attendues, contre une petite centaine aux cultes du dimanche. Même son de cloche dans les petites paroisses, à l’instar par exemple de l’église de Môtier-Vully (FR), habituée à une trentaine de paroissiens en temps ordinaire et qui se prépare à accueillir plus de 100 personnes pour Noël. Autant dire que l’enjeu, ce soir-là, est considérable pour les Églises.

«Comme en famille, nous aussi on se met en quatre pour que la fête soit belle et les invités heureux», confie le pasteur Emmanuel Rolland, qui présidera le culte à la Cathédrale de Genève. Une attention toute particulière est alors donnée, de part et d’autre, sur la forme autant que sur le fond. «De nombreuses familles ne viendront qu’à ce culte de toute l’année, il faut donc prendre soin de ce rendez-vous», exprime à son tour Martin Nouis, pasteur de la paroisse réformée de Môtier-Vully.

La célébration rendue ce soir-là relève de fait d’une véritable gageure. Celle-ci doit aussi bien s’adresser aux fidèles assidus qu’aux visiteurs d’un soir. Qui plus est, la venue de ces derniers peut être motivée par des raisons aussi diverses qu’un vague sentiment religieux ravivé en cette période de fêtes, un attachement pur et simple aux traditions ou encore la contrainte d’accompagner un parent pratiquant. Comment dès lors répondre à des attentes si différentes?

Tels que nous sommes

«Il faut accueillir tout le monde. Même ceux qui ne viennent que pour faire plaisir à leurs proches», lâche immédiatement le prêtre Robert Truong, de la paroisse genevoise de Soral-Laconnex. «En Église, tout le monde a sa place.»  Et ses propres attentes. «Les personnes qui nous rejoignent pour cette célébration expriment un grand besoin d’entendre des paroles réconfortantes. Elles viennent vraiment rechercher une atmosphère de l’ordre du cocooning», pose Yvan Bourquin, pasteur dans la paroisse réformée de Porrentruy (JU).

 «Tout n’est pas gai à Noël. Il faut tenir compte aussi de ceux qui se trouvent dans une situation douloureuse», souligne la pasteure Hélène Küng, de la paroisse du Coude-du-Rhône Martigny-Saxon (VS). «Ils peuvent souffrir d’un deuil récent, d’une grande solitude qui se retrouve exacerbée pendant cette période de l’année, ou encore du stress dû à tout ce qu’impliquent – pratiquement et émotionnellement – ces Fêtes de fin d’année.» Pour Yvena Garraud Thomas, pasteure de la paroisse de la Côte (NE), le principal défi, ce soir-là, «c’est que Noël opère sa magie par la bienveillance, la douceur et la joie. Les gens doivent se sentir apaisés, réconciliés, rejoints.»

Ces hommes et femmes de foi ne s’agacent-ils pas de la présence exceptionnelle de ces abonnés absents le reste de l’année? «Il faut déjà se réjouir qu’ils viennent une fois!», rétorque l’abbé Paul Frochaux, qui célébrera la Messe de Minuit à la cathédrale de Fribourg. Et le prêtre Robert Truong d’ajouter: «Au contraire. C’est l’occasion de leur montrer le visage de ce Dieu qui nous aime tels que nous sommes. Pas un Dieu qui distribue des bonbons aux gentils et punit les méchants.»

Des «tubes» incontournables

Si chacun doit se sentir accueilli, la participation de cette audience inusuelle n’en a pas moins des répercussions sur la célébration. «Ce soir-là, à part quelques strophes bien connues, je ne peux pas compter sur une assemblée de chanteurs!» s’amuse Yvan Bourquin. Pour accompagner son message, Line Dépraz, pasteure à la cathédrale de Lausanne, n’a d’ailleurs «choisi que des "tubes" au niveau des chants. C’est important que les visiteurs puissent s’y retrouver et participer, qu’ils aient eux aussi la possibilité de chanter à pleine voix».

«Les gens attendent du traditionnel», assure Ludovic Papaux, pasteur dans la paroisse de Châtel-Saint-Denis (FR). «Parfois Voici Noël est la seule chose qu’ils connaissent de la foi chrétienne. Si on ne le leur met pas, on passe à côté de quelque chose.» «Certaines personnes ne viennent que pour entendre les récits de la naissance de Jésus», rapporte pour sa part Hélène Küng.

«Il ne faut surtout pas chercher l’originalité à Noël», confirme le pasteur genevois Emmanuel Rolland. «Plus qu’un culte, la célébration de Noël est un point d’ancrage», signifie également Martin Nouis. Et d’expliquer: «Au moment où le monde peut effrayer par la vitesse de son évolution, en proposant une permanence des rituels là où elle le peut, l’Église transmet le message que Dieu reste accessible, et donne l’adresse où on peut le rencontrer le jour où l’on en aura besoin.»

Un mystère inépuisable

Mais précisément, quel sens les chrétiens donnent-ils à la naissance de cet «enfant emmailloté et couché dans une crèche», comme le rapporte le texte biblique? À la venue de ce «divin enfant» qui dort «entre le bœuf et l’âne gris», selon deux des plus anciens chants de Noël? «Dieu est avec nous, c’est ça le message fort qu’on essaie d’amener», formule Robert Truong. «Dieu est descendu jusqu’à nous. Pas pour nous laisser dans la mouise, mais pour nous en sortir», poursuit l’abbé Paul Frochaux. C’est cela, ce que les chrétiens appellent «l’espérance de Noël».

Le but de leur prédication ce jour-là?  «Qu’il en reste quelque chose, une ressource sur laquelle ils pourront tabler», résume Hélène Küng: «Aujourd’hui il y a encore des lieux désespérés où on se dit que Dieu ne va jamais venir, et  pourtant, il vient nous y rejoindre.» Nous? «Noël, c’est l’histoire d’une rencontre entre Dieu et l’humanité, mais aussi entre Dieu et chacun de nous», rappelle Line Dépraz. «Marie et Joseph ont accepté d’entrer dans une histoire dont ils se seraient certainement bien passés, à cause de tous les risques qu’elle comprenait pour leur vie. Pourtant ils ont choisi de faire confiance. Étymologiquement, la foi, c’est une histoire de confiance, donc de relation.»