Une communauté en construction

© C. Vez
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Pour compléter ce projet de vie communautaire, des ateliers de jardinage ou d’horticulture sont envisagés dans le jardin de la cure.
© C. Vez

Une communauté en construction

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A Echallens, un groupe œcuménique porte le projet d’une maison de la paix dans une cure paroissiale actuellement sans locataire. Un laboratoire d’idées pour le futur.

C’est l’histoire d’une grande bâtisse du XVIIIe siècle: deux étages, un rez-de-chaussée accueillant, six pièces d’habitation, un grand jardin… et pas d’habitants. Dans la cure d’Echallens, située au centre du bourg, seule une pièce est aujourd’hui occupée: le bureau, que se partagent les pasteurs Christian Vez et Cécile Pache. Pour des raisons familiales, aucun de ces deux professionnels actifs dans la région ne peut résider sur place. L’État de Vaud, propriétaire, a donc logiquement cherché à trouver des locataires. C’est de ce vide qu’est né un possible. «Des gens d’Echallens se sont dit qu’il y aurait peut-être quelque chose à imaginer dans ce lieu, lié à la paroisse par son histoire et sa géographie», explique Christian Vez. L’idée d’une «maison de la rencontre et de la paix», où de jeunes adultes vivraient quelque chose «à mi-chemin entre une colocation et une fraternité œcuménique inspirée par la communauté de Taizé», fait alors son apparition. En clair: des locataires seraient bien logés à la cure, mais dans le cadre d’un projet de vie communautaire, qu’ils ou elles participeraient à élaborer. Lequel permettrait que certaines parties communes, comme la cuisine, puissent par moments accueillir des activités ouvertes au public, comme des repas en commun. Et des temps spirituels, à imaginer. 

OEcuménisme bien vivant

Cette idée fleurit sur un terreau déjà riche en expérimentation. A Echallens, l’œcuménisme est bien vivant, vécu de manière forte au sein du groupe CEP, qui réunit catholiques, évangéliques et protestants. L’ouverture est présente aussi: sous la houlette de Christian Vez, le temple accueille d’autres activités et publics que celui du culte dominical: concerts, spectacles, labyrinthe spirituel. Et, depuis douze ans, la fraternité spirituelle et l’interculturalité sont de mise dans les rencontres de Taizé qu’anime à son domicile Claude Amblet, ancien aumônier catholique auprès des migrants. Voilà longtemps qu’un projet de vécu communautaire lui tient à cœur, «c’est un concept qu’on a rêvé et testé, jusqu’alors sans réussite, dans différents endroits», confie cet ancien éducateur. 

Ne pas trop définir

Quels sont les ingrédients qui pourraient, cette fois, couronner la tentative de succès? Une urgence d’abord. «Je crois qu’il faut absolument développer des initiatives nouvelles pour être ensemble, apprendre à se rencontrer, à partager, à dépasser nos querelles et à en rire. La pandémie a montré les limites de nos modes de vie individualistes.» L’autre atout? Un casting bien pensé. «Les personnes intéressées ne devront pas simplement l’être pour bénéficier d’un loyer attractif. L’idéal serait qu’ils ou elles connaissent la spiritualité de Taizé et soient intéressé·e·s à la vivre ou à la découvrir de manière ouverte», pointe Christian Vez. La communauté n’est cependant pas réservée aux seuls chrétiens. Enfin, le tout doit rester ouvert. «Notre souci, c’est de ne pas trop construire cette future communauté: ses futurs membres doivent y apporter leur patte. Notre rôle est plutôt de définir un état d’esprit», souhaite Christian Vez. 

Une petite association regroupant autour de Claude Amblet les personnes soutenant cette idée assurera le suivi du projet, en lien avec les deux pasteurs. Grâce au bouche-à-oreille, plusieurs jeunes Vaudois·e·s ont fait part de leur intérêt. «Cela donne de l’espoir quant au concept», reconnaît Christian Vez. Les cinq colocataires devraient être définis sous peu. Le Canton a donné son accord de principe pour le projet, et accepté d’ajouter une douche dans le bâtiment, pour faciliter la cohabitation. Dès septembre, ce nouveau lieu de vie pourrait donc voir le jour.