
Le Mur des réformateurs est le Cervin des protestants
Une guide, veste et sac à dos rouges, une palette de la même couleur à la main, précède une vingtaine de personnes.
Elle a un micro-casque à la bonnette rouge également qui la rend bien visible. Les visiteurs l’écoutent plus ou moins attentivement.
Quelques jeunes s’assoient sur un banc et leur attention est plus portée sur leur smartphone que sur le Mur des réformateurs, que le petit groupe longera en une dizaine de minutes en cette fin de matinée d’un vendredi ensoleillé.
Le même rituel se renouvellera deux fois. D’autres groupes, des codes couleurs différents pour les guides. Quelques personnes réunies autour de l’un d’eux qui débite son savoir en anglais, en espagnol ou en français. Pendant ce temps, une partie des touristes s’intéresse plus aux arbres du parc des Bastions parfois, à leur téléphone le plus souvent.
Entre deux groupes, des couples et des personnes esseulées longent le Mur, s’en approchent un peu plus, descendent quelques marches. Certains semblent méditer. «Nous sommes en voyage vers le sud de la France», précisent Marie et Mike, deux pasteurs luthériens allemands. «Nous nous sommes dit que c’était l’occasion de nous arrêter à Genève. Selon Google, le Mur des réformateurs est le ‹ Cervin › des protestants», expliquent-ils après avoir passé une quinzaine de minutes à marcher le long du monument en essayant de déchiffrer chacune des inscriptions. Le couple ne sait pas s’il visitera la cathédrale, le Musée international de la Réforme. Le programme de la journée est un peu improvisé, mais pour des pasteurs, prendre le temps de s’arrêter à Genève était une évidence.
Un temps de méditation bienvenu
Début d’après-midi, il est temps d’aller voir ce qui se passe du côté de la cathédrale. Une dizaine de minutes de marche séparent les deux monuments. Pas de visite de groupe mais un flot incessant de personnes qui entrent et sortent du monument à deux, trois ou quatre. Elles seraient 500 000 chaque année. Une carte en papier dans les mains ou le téléphone vissé à l’oreille, nombreux sont ceux qui cèdent au rituel du portrait, forcément en contre-plongée devant le monument. A l’intérieur règne un silence relatif: les petits groupes font le tour des lieux au rythme des éléments signalés par leur document ou leur audioguide. Quelques personnes s’assoient sur les bancs: un temps de repos ou de méditation bienvenu avant d’escalader les 157 marches qui mènent aux tours et à la magnifique vue sur la ville et le Léman.
Dans l’ADN de Genève
Retour du côté du Mur des réformateurs, construit dès 1909 pour le 400e anniversaire de la naissance de Calvin. Il n’existe pas de chiffre officiel concernant le nombre de visiteurs de ce monument, mais le flux est constant. En milieu d’après-midi, les pelouses du parc accueillent de nombreux étudiants qui pique-niquent ou lisent au soleil. Une visite groupée arrive: un public visiblement plus discipliné, les têtes se tournent toutes en même temps vers le bloc sur lequel figure le nom de Luther. La présentation du guide se termine par un petit moment libre devant le monument.
Certains s’en approchent, d’autres préfèrent prendre un peu de repos sur les bancs. «Nous sommes des descendants de protestants européens», explique Kate, la cinquantaine. «Nous venons d’Amérique et nous avons étudié Knox et Calvin. Aujourd’hui, nous avons visité la cathédrale et le mur», ajoute-t-elle réjouie, alors que le guide rappelle ses troupes pour les emmener vers d’autres découvertes. Accompagné de deux francophones, Anthony, un New-Yorkais au français parfait, raconte que «le mur fait partie de l’ADN de Genève. Il fallait le voir». Un peu plus loin, deux hommes et une femme installent un smartphone sur un trépied: la femme cadre les hommes avec les statues de Farel, Calvin, de Bèze et Knox en arrière-plan. Micros-cravates pincés au col de leur pull, ils se lancent dans une grande interview. Des pasteurs écossais qui préparent une formation pour leur paroisse. On n’en saura pas plus: «Nous sommes très occupés!»



