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[pas de légende]

« Je n’arrive pas à croire en Dieu »

 
1 min de lecture
Foi
Après avoir exercé des responsabilités au sein de l’Église protestante de Genève,
Emmanuel Fuchs est pasteur à la paroisse Rive gauche. Il témoigne de sa foi en
Jésus-Christ.

Trop de gens parlent de Dieu, prétendent savoir qui il est; pire encore, parlent en son nom. Ce qui se cache derrière les quatre lettres du mot DIEU? Je ne le sais pas. Dieu, personne ne l’a jamais vu, jamais entendu. Alors tout discours sur Dieu doit forcément être prudent et restera toujours à des années-lumière de Dieu lui-même.

C’est tout le paradoxe: le Dieu de l’Evangile est à la fois un Dieu qui jamais ne se laissera capturer ou enfermer dans aucun discours, doctrine ou institution, et en même temps, il demeure un Dieu profondément épris de l’humain et qui ne cesse de chercher la relation.
Dieu aurait pu décider de rester enfermé dans sa majesté solitaire. Il a au contraire choisi de se révéler, de venir à notre rencontre.

Aussi, je crois que ce Dieu-là, le Dieu de l’Evangile, est un Dieu qui fait tout à l’envers! Il n’est jamais là où on l’attend; il ne se comporte pas comme on l’attendrait d’un «vrai dieu», c’est-à-dire un Dieu qui réponde à nos attentes; car ce serait quand même normal que Dieu vienne régler toute chose ici-bas, qu’il exauce nos prières, qu’il nous soit utile. La tentation est grande depuis toujours, et personne n’y échappe, de vouloir en quelque sorte «négocier» avec Dieu. Do ut des, je te donne pour que tu me donnes en retour, dans une forme de marchandage. Or cela ne marche pas ainsi. Ce Dieu «utile», qui correspond à notre compréhension spontanée, serait descendu de la croix. Or le Christ est mort sur la croix, mettant à bas toutes nos représentations du divin.

Un Dieu mystérieux
Il nous faut alors, tels des explorateurs, sans cesse repartir à la recherche de ce Dieu mystérieux, en reconnaissant dès le départ que notre quête est un peu vaine, car jamais nous ne pourrons avoir de certitudes, jamais nous ne pourrons mettre la main sur lui. Sitôt que sa présence nous brûle, elle disparaît aussitôt comme ce fut le cas pour les pèlerins d’Emmaüs. Impossible de faire des provisions de la présence de Dieu, d’«avoir la foi» comme on posséderait un trésor. Telle la manne au désert, on ne peut en faire des provisions. Mais un Dieu mystérieux, un Dieu qui toujours nous échappe, n’est pas pour autant un Dieu inaccessible ou inapprochable.

Il vient sans cesse frapper à notre porte (Ap 3, 20). C’est à nous de l’écouter, de discerner les traces fugaces de sa présence. Pour ce faire, il faut commencer par déconstruire toutes les images, toutes les compréhensions que nous nous faisons de Dieu, faire autant que possible de la place à ce «Dieu Autre», différent, surprenant, qui est si follement épris de l’humain qu’il est même capable de m’aimer comme je suis. Cela a été ma plus grande découverte: nul besoin d’essayer d’être quelqu’un d’autre ni de chercher à plaire à Dieu; je ne pourrais jamais y arriver ou mériter son amour en retour. 

Croire, comme l’a écrit le théologien Paul Tillich, c’est «accepter d’être accepté». Et cela peut changer une vie! Je crois, à travers la figure de Jésus-Christ que je découvre dans l’Evangile, en un Dieu d’Amour qui m’accueille et me recueille; un Dieu qui chemine avec moi et me libère de tout ce qui me pèse ou m’aliène, un Dieu qui, toujours devant moi, ouvre un chemin de vie.

Mini-bio
Après des études de théologie aux Universités de Genève et Birmingham (GB), Emmanuel Fuchs a exercé le ministère une année en Angleterre au sein de l’United Reformed Church (URC) avant de rejoindre les paroisses d’Onex puis de Chêne. Il a ensuite exercé conjointement le ministère de président de l’Église protestante de Genève et celui de pasteur à la cathédrale Saint-Pierre. Depuis 2020, il est pasteur dans la nouvelle paroisse Rive gauche.