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© Anne Buloz / Réformés
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Une trentaine de délégués se sont réunis, le mercredi 10 juin à la Maison de paroisse de Saint-Aubin, pour la 199e session de l'organe délibérant de l'EREN.
© Anne Buloz / Réformés

Neuchâtel : une pasteure interdite d’exercer

 
4 min de lecture
MINISTÈRE
Pour la première fois de son histoire, l’Église réformée évangélique du canton de Neuchâtel (EREN) a destitué l’une de ses anciennes pasteures pour manquements graves et répétés à la déontologie pastorale. La décision finale a été prise par le Synode.

Le Synode, organe délibérant, a eu la lourde tâche de statuer sur l’avenir au sein de l’EREN de l’une de ses anciennes pasteures, accusée de multiples abus par deux femmes, lors de sa 199session qui a eu lieu le mercredi 10 juin à la Maison de paroisse de Saint-Aubin. Plus de trois heures d’un débat difficile et émotionnel, à huis clos, ont été nécessaires à la trentaine de membres du Synode pour parvenir à la décision inédite de lui retirer l’agrégation d’exercer, prise à une très large majorité. 

Plusieurs pasteurs nous ont partagé leur peine et leur souffrance face à cette situation, d’autant plus délicate qu’il s’agit d’une ancienne collègue. «Nous sommes une petite Église, nous nous connaissons tous! Ce sont des moments difficiles». La mise en cause a, en effet, exercé durant plus de 20 ans au sein de l’EREN, qui l’avait déjà suspendue le 9 avril. Ces dernières années, celle qui est aussi sexologue avait rejoint l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV), qui nous a confirmé son récent licenciement, après l’avoir dans un premier temps également suspendue.

Un glissement vers une emprise spirituelle

L’une des victimes présumées s’est annoncée à l’Antenne de signalement activée par l’EREN en décembre 2025. Ce qui a abouti en février dernier à la création d’une commission d’enquête de quatre personnes, issues de l’Église réformée neuchâteloise, qui a entendu à la fois la pasteure et deux victimes présumées. Ces entretiens ont débouché sur la suspension provisoire de l’ancienne pasteure neuchâteloise par le Conseil synodal. Seul le Synode pouvait lui retirer son droit d’exercer. Une décision prise sans attendre une décision de justice.

«Nous avons pris en compte l’entièreté de la situation, avec deux personnes plaignantes qui vivaient une situation de souffrance pas acceptable. Attendre n’aurait fait que prolonger leurs souffrances, dues aussi au fait de ne pas être reconnues. Les témoignages, les éléments et documents mis à notre disposition attestent clairement, si l’on se réfère au document de référence sur les questions déontologiques de l’Église réformée de Suisse (EERS), à un glissement vers un cas d’emprise spirituelle, d’atteinte sexuelle et de harcèlement», précise Jacques Péter, l’un des sept membres du Conseil synodal, l’organe exécutif de l’EREN.

Plainte pénale déposée

La pasteure, qui conteste tous les faits qui lui sont reprochés, est accusée d’atteinte à la dignité du ministère pastoral conformément à l’article 194a du Règlement général. Le Synode a qualifié son comportement «comme étant en désaccord avec la déontologie pastorale et comme portant atteinte à la dignité du ministère au sein de l’EREN», ce qui l’a conduit à adopter les résolutions qui lui étaient soumises dans le cadre de cette procédure déontologique. L’accusée est parallèlement sous le coup d’une plainte pénale dont les chefs d’inculpation retenus sont l’abus de détresse, le harcèlement et l’atteinte à l’honneur.

Des comptes dans le rouge

Faut-il se réjouir d’un déficit de seulement 200 000 fr.? interroge Jacques Péter, conseiller synodal chargé du dicastère Finances et immobilier de l’EREN en préambule du rapport sur les comptes 2025. Ce déficit modéré est dû à une réévaluation complète du patrimoine immobilier. La situation financière de l’EREN «ne va pas mieux», le nouveau plan comptable «cachant une partie du résultat d’exploitation avec un déficit de plus d’un million de francs», poursuit Jacques Péter. 

Les pertes financières tournent autour du million de francs «depuis 5-6 ans». De quoi susciter «des inquiétudes» chez le référent finances et immobilier. «La situation est bien sûr préoccupante. On se rend compte que même avec le nouveau tableau des postes, avec des charges de personnel à la baisse, on ne réussit pas à atteindre l’équilibre ou même à diminuer notre déficit. L’une des causes en est l’érosion de la contribution ecclésiastique, qui baisse de manière constante, autour de 200 000 fr. par an.»

Mission pas remise en cause

La solution? Attendre! «En décembre, nous présenterons notre future politique immobilière. Nous avons la chance d’avoir un patrimoine immobilier conséquent. Une analyse est en cours afin de savoir comment réussir à augmenter nos rendements immobiliers. Elle permettra d’avoir une vision globale et de ne plus prendre des décisions au coup par coup», explique Jacques Péter, qui assure que, malgré les déficits chroniques, l’EREN «ne souhaite pas remettre en cause sa mission pour la population neuchâteloise».