
« Trouver des solutions qui conviennent au plus grand nombre »
Passer de 88 paroisses à 25 ou 30 communautés paroissiales d’ici au 1er janvier 2029, c’est le coeur d’Église29, processus de transformation de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV). «Aide à la décision» et «fil rouge» praticopratique, un guide de 26 pages leur a été fourni. Laurent Curchod, qui a notamment accompagné la fusion des communes vaudoises, est aussi à leur écoute.
Les finances sont reconnues comme un enjeu important, mais rien n’est mentionné quant aux réticences potentielles de paroisses aux ressources très différentes…
LAURENT CURCHOD: Dans une fusion, il y a un transfert des actifs, passifs, droits et obligations à la nouvelle paroisse. Et comme pour les communes, il existe des disparités financières entre les paroisses et il y aura très probablement des questions à ce sujet. Toutefois, une fusion de paroisses n’est pas qu’une démarche financière et administrative. Elle doit se conduire dans un esprit chrétien.
La nouvelle structure est là pour transmettre l’Evangile; l’argent ne doit pas être une barrière. On ne fusionne pas des sociétés communales… mais des communautés de foi.
De la même manière, la question des fusions de paroisses aux couleurs théologiques différentes n’est pas posée…
Au sein de l’EERV, et plus généralement dans le protestantisme, il y a une diversité dans la pratique de la foi. Église29 concerne toutes les paroisses et il faudra trouver des solutions qui conviennent au plus grand nombre.
Le document mentionne des sources d’économie envisageables. Lesquelles?
Je ne pense pas ce processus du point de vue des économies. À mon sens, l’intérêt principal est d’avoir une capacité financière accrue pour la nouvelle communauté, permettant de développer davantage de projets. Mais il faudra peut-être rémunérer ou défrayer d’autres fonctions au sein de la nouvelle paroisse, comme les trésoriers, ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui…
Le texte souhaite la participation des paroissiens. Au-delà d’un vote certes très symbolique sur le nom d’une future entité, comment impliquer tout le monde?
Il y aura des groupes de travail dans chaque paroisse et il sera important d’y intégrer non seulement les membres des conseils paroissiaux ou les personnes très impliquées dans l’Église, mais aussi des paroissiens «ordinaires» désireux de participer. Comme pour les fusions de communes, toutes les matières ne nécessitent pas des connaissances techniques. Certaines questions, plus émotionnelles, peuvent être abordées par des non-spécialistes. On ne pourra rien imposer, mais je pense qu’il est fondamental que ce ne soit pas réservé à un nombre trop restreint de personnes issues principalement des conseils paroissiaux.
Des églises seront forcément moins utilisées. Existe-t-il une stratégie pour la réaffectation?
C’est un vrai sujet. Dans un processus de fusion, il faut réfléchir aux lieux de culte et de rassemblement en général. L’objectif n’est pas de faire table rase du passé en supprimant les lieux de culte peu utilisés, mais il faudra nécessairement définir des priorités, mener une réflexion concernant les lieux de culte principaux et secondaires. À noter aussi que pour la réaffectation d’un lieu de culte inutilisé, la discussion passe nécessairement par les communes, à qui appartient la quasitotalité des lieux de culte dans le canton de
Vaud. Les conséquences des fusions de paroisses concerneront aussi les communes, le lien avec elles est donc fondamental dans ce processus.
Le texte signale à plusieurs reprises la possibilité de régimes d’exception. Concrètement, quelles marges de manoeuvre existe-t-il sur l’ensemble du processus et comment procéder en cas de conflit?
Respecter les gens et les opinions divergentes lorsque l’on accompagne une fusion est absolument fondamental: l’ensemble des avis compte. Concrètement, je crois qu’il y a toujours une marge de manoeuvre. Celle-ci peut passer, par exemple, par la prise en compte d’une exception demandée par une ou plusieurs paroisses. Nous sommes là pour trouver des solutions qui apaisent les gens. Par ailleurs, une fusion, ce n’est pas qu’une addition de différentes paroisses, mais c’est aussi la création d’une nouvelle paroisse, d’une nouvelle entité qui développera d’autres projets. Pour apaiser les craintes, il faut de l’information, de la communication, du respect pour la diversité des avis, et un sens clair à la démarche, un processus lisible.
Enfin, certaines choses sont appelées à être modifiées, y compris une fois la nouvelle paroisse née: le processus est donc évolutif. Ce qui est définitif, c’est qu’il n’y aura plus qu’une seule communauté, mais pour le reste, je crois qu’il faut aussi laisser le temps à certaines choses de prendre corps.



