
L’œcuménisme, solution au déclin du protestantisme ?
Aux États-Unis, 64 % des protestants des Églises traditionnelles ont plus de cinquante ans et 38 % sont âgés de plus de soixante-cinq ans, selon une étude réalisée par l’institut de recherche et de sondage non partisan Pew Research, à Washington.
Pour cette étude, plus de 35 000 personnes dans l'ensemble des 50 États américains ont été interrogées sur leurs affiliations religieuses, leurs croyances et leurs pratiques, ainsi que sur leurs opinions sociales et politiques et leurs caractéristiques démographiques.
Vieillissement des chrétiens
Rebondissant sur ce sondage sur LinkedIn, le rédacteur chrétien américain David Reid remarque que les personnes qui financent les Églises, siègent aux comités, entretiennent les bâtiments, préservent les traditions et soutiennent les structures confessionnelles ont dans leur grande majorité dépassé la moitié de leur vie. Aux États-Unis comme ailleurs, le protestantisme confessionnel est en fait de plus en plus fortement dépendant d’une population âgée.
Baisse de la fréquentation
À cela s’ajoute le problème bien connu de la baisse de la fréquentation des Églises. Par année, environ 4 000 Églises protestantes américaines ferment leurs portes, selon l’organisation chrétienne Lifeway Research. « Ces chiffres sont souvent présentés comme la preuve d’un déclin religieux », écrit David Reid. Cependant, ils peuvent également mettre en évidence une évolution naissante. C’est-à-dire que le déclin du christianisme pourrait masquer une histoire de transition. En effet, tandis que les petites Églises sont en déclin, les grandes congrégations gagnent des fidèles. Ainsi, la diminution du nombre de chrétiens s’accompagne d’un regroupement dans un nombre réduit de lieux.
Parallèlement, les jeunes chrétiens semblent moins attachés à l’identité confessionnelle que les générations précédentes. Ils peuvent plus facilement décrire les valeurs de leur Église que la doctrine liée à la confession dont elle se réclame. Au demeurant, ils ne s’alignent pas totalement sur la doctrine.
Méga-Églises en vogue
Parmi les Églises qui gagnent du terrain auprès des jeunes, beaucoup sont ce qu’on appelle des méga-Églises ou des Églises attractives, qui cherchent à attirer le plus de monde possible. Quelles que soient leurs convictions théologiques, elles ont tendance à accorder moins d’importance aux étiquettes confessionnelles que les générations d’Églises précédentes.
Ainsi, leurs membres proviennent souvent de traditions diverses et leurs ministères sont conçus pour fonctionner au-delà des frontières confessionnelles. L’essor de ces Églises pourrait donc correspondre à une forme d’œcuménisme, selon David Reid.
Un changement institutionnel
Si les tendances actuelles se poursuivent, le changement le plus significatif au sein du christianisme américain au cours des cinquante prochaines années pourrait ainsi ne pas être d’ordre théologique, prédit-il. « À mesure que les institutions confessionnelles s’affaiblissent et que les jeunes chrétiens se rassemblent dans des Églises où l’identité confessionnelle revêt moins d’importance, les frontières confessionnelles pourraient s’estomper. »
Cela n’implique pas pour autant la disparition des différences théologiques, mais celles-ci pourraient ne plus déboucher sur la formation de congrégations et de confessions distinctes et uniques, comme par le passé.
Et en Suisse ?
Alors que les protestants représentaient encore près de 40 % de la population suisse en 1990, le nombre de membres des Églises évangéliques réformées n’est actuellement plus que de 19 % environ.
Selon l’Office fédéral de la statistique, de moins en moins de personnes se réclament d’une religion et le nombre de pratiquants diminue : la fréquentation des événements et des services religieux, notamment, est bien moins répandue qu’il y a dix ans.
Parallèlement, la lecture régulière de livres, de magazines ou d’articles traitant de spiritualité est devenue plus populaire au cours des dix dernières années (hausse de 13 à 20 %).
Le recul du protestantisme est donc bien documenté en Suisse également. L’Église évangélique réformée de Suisse (EERS) prend ce phénomène très au sérieux, déclare Stephan Jütte, porte-parole. Si elle ne mène pas de campagnes de recrutement pour l’enrayer, elle soutient ses Églises membres dans le développement de nouvelles formes de vie ecclésiale et de présence sociale. Cela comprend entre autres un engagement dans les débats éthiques et sociaux, le développement de nouvelles formes de spiritualité, la valorisation de l’engagement bénévole et le renforcement de la communication numérique, ainsi que la proximité avec les personnes à travers la diaconie, l’accompagnement pastoral, les célébrations liées aux étapes de la vie et les activités de formation.
« En fin de compte, la question centrale n’est pas tant de savoir comment regagner des membres, que de témoigner de manière crédible de l’Évangile et de servir les personnes dans la société », conclut Stephan Jütte.



