
Une association israélienne inscrite au Guiness Book
Normalement, quand une personne décide de donner un rein, elle le fait pour un proche. Mais parfois, son geste est complètement désintéressé, c’est-à-dire qu’elle destine son rein au premier patient qui en a besoin. Et Israël bat des records en la matière, avec une inscription au Guiness Book au mois de janvier, pour avoir atteint la barre des 2 000 dons de rein altruistes depuis 2006, date du début des activités de Matnat Chaim, une association qui promeut activement ce type de don au sein des communautés juives. Le cap des 1 000 dons altruistes avait été franchi au printemps 2021.
Avec 120 à 180 dons de rein altruistes par année, Israël bat vraisemblablement la majorité, voire la totalité des pays du monde en termes de nombre de dons par tête d’habitants. En comparaison, on ne compte qu’un ou deux dons par année en Suisse, pays de taille équivalente. Comptant près de 350 millions d’habitants, les États-Unis arrivent à 350 dons annuels en moyenne.
Un déclic
Mais le nombre de transplantations rénales est longtemps resté faible en Israël. En 2009, le pays enregistre une hausse de 174 % des dons de rein vivants. Ce phénomène est imputable, en bonne partie, à l’action de l’association Matnat Chaim qui a été fondée suite à la rencontre entre un rabbin et un jeune homme de 19 ans qui souffraient tous deux d’une grave maladie rénale.
Rav Avraham Yeshayahu Heber a obtenu une greffe et s’est démené pour que ce soit aussi le cas de son ami, mais ce dernier est décédé d’un arrêt cardiaque, quelques jours avant la transplantation. Rav Heber a alors décidé de créer Matnat Chaim en se fixant pour mission d’informer, de conseiller et d’accompagner les donneurs.
« L’altruisme est inscrit dans les gènes de Matnat Chaim, puisque ce nom signifie cadeau de vie », explique Ralf Jox, professeur d’éthique médicale à la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne. Un seul mail au siège administratif de l’association, à Jérusalem-Ouest, a suffi pour obtenir quatre témoignages de donneurs altruistes, dont celui de la directrice adjointe, qui a précisé avoir senti une « connexion profonde avec Dieu » au cours de cette expérience. « Si Dieu nous a donné deux reins, c’est pour que nous puissions en donner un », dit-elle avec le recul.
Promotion active
Le succès de cette association peut s’expliquer en premier lieu par sa politique de communication. Elle s’offre une visibilité dans tous les médias (presse, radio, télévision, réseaux sociaux), en ciblant son effort de sensibilisation et de vulgarisation sur les citoyens israéliens les plus réceptifs, c’est-à-dire les communautés juives orthodoxes et ultraorthodoxes. « Près de 90 % des donneurs altruistes qui passent par l’association sont ce qu’on appelle des juifs orthodoxes », affirme un donneur altruiste interrogé par téléphone.
Le don de rein est assimilé à une mitsvah, un acte de bonté humaine. D’ailleurs, plusieurs donneurs altruistes font allusion à un passage du Talmud de Babylone (Tractate Sanhedrin, p. 37a), qui dit que « celui qui sauve une vie est comme s’il avait sauvé le monde entier ».
Point de discorde
De plus, Matnat Chaim autorise les candidats à émettre des préférences quant au receveur – par exemple un enfant, une mère de famille nombreuse ou une personne appartenant à la même communauté religieuse. L’envie de donner augmenterait lorsque cette possibilité leur est offerte. Toutefois, dans un reportage diffusé sur la chaîne israélienne Channel 2, le ministère de la Santé a déclaré que cette politique pouvait conduire à des situations de discrimination, soulignant qu’au moins la moitié des donneurs de Matnat Chaim demandaient que les receveurs soient juifs.
Pour l’association, les dons intracommunautaires se justifient par le fait qu’ils ne sont pas très différents des dons intrafamiliaux : « Partout dans le monde, on autorise les dons de rein intrafamiliaux. Nous avons simplement fait un petit pas de plus en élargissant le concept de la famille à la communauté. »





