
La force qui me permet de continuer
Si je devais le dire en une phrase, pour moi, l’espérance, c’est la force de continuer à vivre malgré la souffrance», résume Alice Corbaz. La pasteure vaudoise prépare une thèse. «Ma recherche porte sur les liens entre souffrance et espérance. Comment retrouver ou alimenter l’espérance malgré la souffrance à laquelle l’on n’échappe pas dans la vie», explique-t-elle. «Ou en termes théologiques, comment l’espérance nous met en mouvement, nous permet d’avancer, malgré le péché, compris comme éloignement de Dieu et réalité de la mort.» La chercheuse s’appuie notamment sur le récit de la Passion du Christ, «qui avance vers cet inéluctable de la mort et de la souffrance, avec cette confiance, cette conviction forte que de là au milieu, il y a la vie qui va émerger quand même. Avec du coup, cette idée forte qu’un bien est toujours possible.» Une lecture développée notamment par le théologien et philosophe allemand Ingolf Dalferth et retravaillée par le théologien catholique de Fribourg Emmanuel Durand dans Théologie de l’espérance.
Faire sa part malgré tout
«Cette espérance qu’il y a quelque chose de bon qui peut se passer a des implications éminemment concrètes», insiste Alice Corbaz. «Il ne s’agit pas de se dire ‹ ce n’est pas grave, un jour Dieu reprendra le pouvoir ›, ou ‹ à ma mort, je serai au côté de Dieu ›, mais bien de se lever le matin en se disant qu’aujourd’hui ça peut aller mieux, même si l’on a passé de mauvaises journées avant ou malgré une maladie chronique», illustre la chercheuse. «C’est aussi d’essayer de faire sa petite part, malgré le fait que l’on vive dans une société qui fait tout et n’importe quoi.»
Si cette espérance est ancrée dans le parcours du Christ, elle n’est pas pour autant l’apanage des chrétiens. «Selon moi, le Christ a été l’exemple parfait de cette réalité-là, mais pas le seul. Des exemples, il y en a aujourd’hui comme il y en avait hier et comme il y en aura demain. Et ce n’est pas seulement dans la Bible que l’on trouve de la force pour alimenter cette espérance. Je suis assez partisane du fait que l’on trouve des signes d’Evangile un peu partout. L’enjeu est bien d’y être attentif.» Elle s’inspire de la théologienne allemande Dorothee Sölle. «Elle a beaucoup travaillé sur la question de l’engagement concret, de la théologie politique et sur la théologie de la libération», en lien notamment avec la souffrance, explique la doctorante. «Dorothee Sölle a cette spécificité qu’elle l’a fait à partir d’anecdotes, de poèmes, de récits. Elle a été un peu mise de côté à cause de cela des années 1970 aux années 2000. Mais c’est aussi une façon de faire de la théologie qui est ancrée dans la réalité et je pense que l’on pourrait s’en inspirer», défend Alice Corbaz. «Une telle théologie permet de rejoindre chacune et chacun dans sa réalité.
L’espérance se vit ou se perçoit dans le livre que je lis, le film que je regarde. Elle est alimentée par la discussion que j’ai avec un voisin, la nature que j’observe ou la plante que je vois pousser dans une ruine.» «Ce que j’ai envie de défendre, c’est l’idée que toutes ces choses sont des sources spirituelles et théologiques, alors osons les utiliser, osons en faire quelque chose, pas seulement pour une prédication du dimanche matin, mais pour faire de la théologie, avancer dans la compréhension de Dieu.» «L’une des forces que je trouve aussi dans les écrits de Dorothee Sölle, c’est le courage de dire que tout n’a pas nécessairement un sens. Que certaines souffrances n’en ont pas. Dans un drame, il n’y a pas de raison de chercher un sens spécifique. C’est dans ces moments-là que la solidarité de la communauté prend tout son sens. Parfois, c’est la force des autres qui nous permet de continuer à avancer, de continuer à espérer.»
Pour aller plus loin
• Souffrances, Dorothee Sölle.
• Théologie de l’espérance, Emmanuel Durant.
• Ici-bas, chanson des Cowboys fringants.





