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Le jubilé du 50e anniversaire de la CFQF en présence de Cesla Amarelle, de l’ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss et de la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider.
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Les Eglises réformées, alliées du féminisme ?

 
1 min de lecture
Contrecoup
Deux femmes engagées dans les sphères institutionnelle et religieuse décryptent le rôle des institutions protestantes face au retour de bâton antiféministe en Suisse.

Il y a cinquante ans, la Commission fédérale pour les questions féminines (CFQF) voyait le jour dans une Suisse qui venait tout juste d’accorder le droit de vote aux femmes. Elle place son jubilé sous le signe de l’alarme. Le mot choisi pour nommer la menace: «backlash». Ce «contrecoup», théorisé dès 1991 par la journaliste américaine Susan Faludi, désigne la réaction organisée contre les avancées féministes – qui utilise notamment la religion comme levier.

C’est ce noeud – foi, genre et pouvoir – que deux femmes engagées dans les sphères institutionnelle et religieuse ont accepté de démêler: Cesla Amarelle, juriste et présidente de la CFQF, et Barbara Berger, codirectrice de Femmes protestantes et membre de la même commission fédérale. Leurs voix convergent sur le diagnostic. Sur les remèdes, elles dessinent chacune une partie du chemin.
L’opinion de Cesla Amarelle est sans ambiguïté: «Ce ne sont plus de petits groupes religieux isolés. Ce sont des think tanks, des réseaux bien financés, qui intègrent les partis politiques, parfois les universités. Le phénomène est global et coordonné.» L’offensive ne vise plus seulement le droit à l’avortement, mais l’ensemble du terrain: droits LGBTQIA+, éducation sexuelle, reconnaissance des discriminations de genre. «En Suisse romande, la porosité aux mouvements conservateurs français est particulièrement notable.» Dans ce paysage, la religion joue un rôle ambigu.

Des courants évangéliques conservateurs fournissent une part du carburant idéologique du backlash. Le chercheur Neil Datta va plus loin: il voit dans les hiérarchies religieuses – catholiques, orthodoxes, mais aussi dans certaines communautés protestantes traditionalistes et évangéliques – la structure idéologique du mouvement antigenre. Les Églises institutionnelles affichent des positions bien différentes. «Elles sont en principe des alliées», reconnaît Cesla Amarelle.

Barbara Berger dresse un bilan nuancé. D’un côté, une tradition réformée favorable à l’égalité: le pastorat féminin, la condamnation des thérapies de conversion pour les personnes LGBTQIA+. De l’autre, des institutions traversées par des questions de pouvoir. «Même dans un cadre progressiste, ces structures peuvent être très lentes à bouger», dit-elle, évoquant les dossiers des abus sexuels. Son souhait: que les Églises réformées se distancient plus clairement des milieux évangéliques conservateurs.

Face à cette lenteur, Femmes protestantes a choisi d’agir. Son projet Team Maria porte une théologie féministe sur Instagram et TikTok. Feminist Christmas propose une relecture des récits de la Nativité à travers le prisme du travail de care (soins à la personne) et du corps des femmes. Des initiatives qui illustrent une conviction partagée: la résistance au backlash doit aussi être narrative et culturelle.

Des femmes qui ne se taisent plus
Sur les leviers politiques, Cesla Amarelle et Barbara Berger se rejoignent: l’austérité budgétaire frappe systématiquement les politiques en faveur des femmes, foyers d’accueil, crèches, la prévention des violences. Avec seulement deux femmes au Conseil fédéral, les images parlent d’elles-mêmes. «L’égalité n’est pas un luxe, dit Barbara Berger. C’est un indicateur de la santé d’un pays.» Toutes deux placent leurs espoirs dans une nouvelle génération de féministes, qui nomme immédiatement ce que la leur n’osait pas identifier.

Pour aller plus loin
La CFQF a publié «Backlash et contre-stratégies» dans sa revue Questions au féminin (avril 2026), analysant le backlash antiféministe comme contre-mouvement mondial, examinant ses répercussions dans la politique, les médias et la société. Elle propose des pistes concrètes pour renforcer l’égalité (www. ekf.admin. ch/fr).