L’idéologie raciste du Kach s’invite dans la course électorale israélienne

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Jerusalem
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L’idéologie raciste du Kach s’invite dans la course électorale israélienne

21 février 2019
Par un jeu d’alliances politiques, l’extrême droite raciste a gagné, mercredi, son ticket dans la course au Parlement israélien. Un revirement spectaculaire pour Force juive, qui se revendique l’héritière d’un parti interdit par Israël en 1994 au titre des lois antiterroristes: le Kach.

Trente et un ans après son exclusion du Parlement en 1988, l’extrême droite raciste israélienne, incarnée par le parti Force juive, s’est alliée mercredi au parti de la droite religieuse sioniste: Foyer juif. Une avancée qu’elle doit au jeu des alliances politiques. Le Premier ministre Netanyahou cherche à renforcer la droite religieuse en vue des élections du 9 avril. Or en 2015, Force juive a obtenu 2,9 % des intentions de vote. Si cela ne lui a pas permis d’entrer à la Knesset, le minimum requis étant de 3,25 %, cela l’a rendu assez important pour que le Premier ministre israélien convainque le chef de Foyer juif d’accepter un rapprochement. Non sans peine. Il a fallu que «Bibi» lui promette les ministères de l’Éducation et du Logement ainsi que deux sièges dans le Cabinet de sécurité pour qu’il consente.

Lutter contre les relations avec des non-juifs

C’est que Force juive porte un projet de société qui l’a, jusqu’à aujourd’hui, mis aux marges de la société israélienne. Le parti revendique l’héritage idéologique de Meïr Kahane, un rabbin extrémiste fondateur en 1968 de la Ligue de Défense Juive, cette mouvance d’autodéfense interdite dans de nombreux pays. Son idée? Toute atteinte portée à l’intégrité physique ou psychique d’un juif représentant une désacralisation du nom de Dieu, il convient d’y réagir de manière radicale. Dès le début des années 1970, Meïr Kahane prône la suprématie juive et la séparation radicale d’avec les non-juifs — aujourd’hui, ceux qui se réclament de lui sont souvent affiliés à des groupes comme Lehava et Helma qui luttent contre les relations entre juifs et non-juifs. Les «Arabes» sont sa cible favorite. Dans des vidéos, on le voit se vanter de les avoir compris — en d’autres termes, prôner la force à leur égard, ou leur domination. «Je ne déteste pas les Arabes; j’aime les Juifs. Et je me sens si terriblement désolé pour eux tandis qu’ils errent aveuglement et si follement loin du chemin de compréhension de qui ils sont, d’où ils viennent et d’où ils vont», disait-il dans la conclusion de son livre, «Questions inconfortables pour des juifs qui vivent confortablement».

Un agitateur aux marges de la société

La réaction de la classe politique à son arrivée en Israël en 1971 le décevra profondément. Le mouvement du Goush Emounim («Bloc de la foi»), celui des religieux sionistes pro-colonisation, le rejette. Les leaders israéliens perçoivent ses adeptes comme une bande de voyous et le rabbin Kahane, comme un agitateur politique aux marges de la société. Kahane vomit la démocratie alors que pour les sionistes religieux, elle est compatible avec la loi juive. Pour lui bien qu’il croie en le Grand Israël, la question de la colonisation est secondaire alors qu’elle est primordiale pour le Goush Emounim.

De la parole aux actes

Utilisant à ses fins la démocratie qu’il déteste, Meïr Kahane obtient un siège au Parlement dans les années 1980 avant de s’en faire exclure au nom d’une loi antiraciste votée par les députés scandalisés par son extrémisme. Son assassinat en 1990 à New York par le membre d’un groupe égyptien lié à la mouvance islamiste ne met pas fin à son idéologie raciste. En 1994, Baruch Goldstein, un médecin israélo-américain, passe des paroles aux actes et assassine 29 Palestiniens en prière dans le Caveau des Patriarches de Hébron. C’est de cette vision du monde que se revendiquent aujourd’hui les leaders de Force juive. Ils s’opposent à toute forme d’État palestinien et à toute relation ou négociation avec l’Autorité palestinienne, appelant à l’annexion de toute la Cisjordanie et à l’annulation des Accords d’Oslo. Les membres de ce parti exigent également la souveraineté israélienne sur le mont du Temple à Jérusalem — lieu où est construite la mosquée Al Aqsa, troisième lieu saint de l’islam.

Le choc de la mort d’Ori

Dans une société toujours plus à droite, les thèses de cette mouvance radicale ont connu un nouveau succès ces dernières semaines après l’assassinat sordide d’Ori Ansbacher. La mort de cette jeune femme de 19 ans, violée et massacrée par un Palestinien de Hébron se revendiquant du Hamas, a provoqué un choc et une colère sur lesquels a surfé Force juive dont les messages appelant au rétablissement de la peine de mort ont été abondamment repris sur les réseaux sociaux.

«Dans la joie»

La montée de l’antisémitisme en Europe et particulièrement en France, alors que de nombreux fans de Force juive sont d’origine française, alimente aussi les crispations, et pas seulement à l’encontre des antisémites. Sur Facebook, un leader de Force juive commentait ainsi l’agression du philosophe français juif Alain Finkielkraut à Paris: «Les souteneurs (…) de la création d’un État arabe d’invasion de notre terre (…) s’ils se font insulter par des pro-palos en France, ils n’ont que ce qu’ils méritent». Dans un autre post sur son compte Facebook, l’homme ajoutait à l’adresse des juifs victimes d’antisémitisme: «Surtout, pensez à faire vos valoches pour Israël sans trop tarder. À bientôt ici dans la joie et on en rigolera».