Un «génocide» chrétien?

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Un «génocide» chrétien?

Monde
Selon un rapport commandé par le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, la persécution des chrétiens, dans certaines régions du monde, tendrait au génocide. En outre, les chrétiens seraient la communauté religieuse «la plus ciblée» par la persécution.

«Dans certaines régions, le niveau et la nature des persécutions sont sur le point de répondre à la définition internationale du génocide, adoptée par l’ONU.» Telles sont les premières conclusions du rapport commandé par le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères Jeremy Hunt, livrées début mai.

«Il est important de noter que l'accent mis sur la persécution des chrétiens ne doit pas se faire au détriment des autres minorités, mais plutôt les aider et les soutenir», peut-on lire dans le préambule. «Les recherches indiquent cependant constamment que les chrétiens sont la communauté religieuse la plus ciblée et que les actes de violence et autres actes d'intimidation contre les chrétiens sont de plus en plus répandus.»

Les chrétiens constitueraient ainsi 80% des personnes persécutées pour des motifs religieux. Selon le rapport, 144 pays pratiqueraient différentes formes de persécution envers les chrétiens toutes persécutions confondues, de la restriction de pratiques religieuses à la perpétration de tueries, en passant par la surveillance policière, la torture, la violence communautaire, la négation de droits, etc. Les femmes se révèlent également être les plus persécutées, étant «doublement handicapées dans plusieurs pays du Moyen-Orient, parce qu’elles sont des femmes et parce qu’elles sont chrétiennes».

Dirigé par l’évêque anglican Philip Mounstephen, le rapport va jusqu’à estimer que le christianisme risqué d’être «éradiqué» de certaines régions du Moyen-Orient, étant donné que la principale conséquence des «actes génocidaires contre les chrétiens est l’exode». En Palestine, par exemple, les chrétiens représentent moins de 1,5% de la population, alors qu’en Irak, ils sont passés de 1,5 million avant 2003 à 120 000 et en Syrie de 1,7 million en 2011 à moins de 450 000 au dernier recensement. 

Une croyance à éradiquer

Des discriminations en Asie du sud-est et en Afrique subsaharienne sont également relevées par le document, celles-ci étant souvent le fait d’un autoritarisme d’État. En outre, poursuit le rapport, «l’éradication des chrétiens et d’autres minorités par l’épée est apparu comme l’objectif spécifique et déclaré de certains groupes extrémistes en Syrie, en Irak, en Égypte, au nord-est du Nigeria et aux Philippines».

En conclusion, note le directeur de l’enquête, «les preuves montrent non seulement l’étendue géographique de la persécution antichrétienne, mais aussi sa sévérité croissante».

Ce constat inquiétant a d’ailleurs conduit plusieurs parlementaires britanniques à déclarer que les groupes confessionnels en question avaient subi des génocides selon la définition adoptée par l'ONU qui stipule qu'un génocide est un acte «commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux».

Trop de politiquement correct

A la publication de ces premières conclusions, le ministre Jeremy Hunt s’est alors longuement exprimé sur la question dans la presse britannique «En occident, le politiquement correct a endormi les consciences. Un fond d'inquiétude injustifié à traiter et s'engager dans ce domaine remonte au contrecoup de notre héritage colonialiste», analyse-t-il. «Ce que nous avons oublié dans ce climat de rectitude politique, c'est que les chrétiens qui sont persécutés aujourd'hui n'ont rien à voir avec les colons d'autrefois, ils sont de fait parmi les plus pauvres de la planète.»

S’appuyant sur les statistiques du rapport, le ministre Affaires des étrangères a également mis en avant que des populations entières de chrétiens historiquement établis dans certaines régions du globe sont en train de disparaître en raison de ces persécutions. «Au Moyen-Orient, la population des chrétiens était d'environ 20%, maintenant elle est de 5%», détaille-t-il en guise d'exemple.

Philippe Fonjallaz, le directeur de  Portes Ouvertes Suisse, n’a d’ailleurs pas manqué de réagir face à la publication de ce rapport: «Depuis l'avènement de Daech au Moyen-Orient, les massacres répétés au Nigéria et les nombreux autres attentats commis contre des chrétiens dans plusieurs parties du monde, et encore tout récemment au Sri Lanka et au Burkina Faso, il me semble que les médias et la société ont mieux pris conscience que la persécution contre les chrétiens n'a rien d'un fait isolé, mais que c'est un phénomène d'une ampleur dramatique.»

Les derniers chiffres de l'ONG corroborent en effet le fait que la persécution prend de l'ampleur au niveau mondial. L'année dernière, leur index mondial de persécution faisait mention de 215 millions de chrétiens persécutés pour leur foi. En 2019, ce chiffre a été revu et augmenté à 245 millions. «C'est un chrétien sur neuf dans le monde. En Asie, les statistiques sont encore plus choquantes: un chrétien sur trois risque d'y être persécuté», peut-on y lire.

Une discrimination mise à l'écart

Philippe Fonjallaz ajoute: «Portes Ouvertes n'a pas attendu un tel rapport pour l'affirmer:  de nombreux pays refusent à leurs citoyens le droit humain fondamental à la liberté de religion ou de conviction malgré leur adhésion à la Déclaration universelle des droits de l'homme des Nations Unies. Notre gouvernement en Suisse devrait en faire une priorité dans ses relations diplomatiques et reconnaître que les discriminations liées à la foi et à la religion sont aussi importantes que celles liées au sexe, à l'appartenance ethnique ou raciale. Chacun, quelle que soit sa religion, devrait être libre de la pratiquer sans crainte. »

Le secrétaire d’État aux affaires étrangères du Royaume-Uni, avait passé commande ce rapport en décembre 2018, après l’émoi suscité par les menaces de mort reçues par Asia Bibi, qui venait d’être acquittée pour blasphème au Pakistan. Le but était d’établir l’ampleur de la persécution dont sont victimes les chrétiens à l’échelle mondiale. Le rapport final sera publié au cours de l’été. Il précisera comment le ministère des Affaires étrangères pourrait faire davantage pour alerter l’opinion publique.